Plus de 30 ans de carrière pour Fishbone et c’est pourtant seulement ce mois-ci que sort le premier DVD live de toute leur carrière. Une incongruité ou presque tant le groupe s’est forgé une légendaire réputation de scène, donnant depuis leurs débuts des tonnes de concerts sans jamais se départir d’une folle énergie et d’un évident plaisir de jouer et de communier avec le public,

la modestie des plus grands.

 
Pour rendre compte de la carrière de Fishbone il convient d’établir un parallèle avec un groupe né à leur suite, avec qui ils ont partagé des années nombre de concerts comme de coupures de presse: les Red Hot Chili Peppers. Il serait facile de gloser sur le destin de ces deux groupes, unis dés leurs débuts ou presque (les aînés Fishbone ayant souvent eu les cadets en première partie) dans une scène musicale qu’ils auront l’un et l’autre largement contribué à créer ou du moins à développer, ce fameux rock fusion dont les Red Hot étaient les fiers destriers en ce qui concerne rock et funk et dont les Fishbone s’étaient déjà faits les maitres à l’époque en explosant toute frontière musicale : ska, rock, pop, merengue, métal, reggae, hardcore, funk, calypso et j’en passe, le tout avec aplomb et grand talent…. Le plus souvent.
 
Oui car après une poignée d’albums sublimes (Truth & Soul en premier lieu, chef d’œuvre absolu de bout en bout) le bordel ambiant que fut toujours le groupe explosa en plein vol après maints turpitudes personnelles (un guitariste qui se fait la malle pour finir dans une secte) et artistiques (le suicide commercial qu’est le disque « Chim Chim’s Badass revenge » après un « Give a monkey a brain » déjà bien bancal mais dans le meilleur sens du terme). Depuis bon an mal an Fishbone sort quelques albums épars (studio ou scène) depuis la fin des années 90 mais cartonne encore et toujours sur n’importe quelle scène du monde entier. Car sur scène et aujourd’hui comme hier, le groupe n’a que peu d’égal dans la veine rock festif et chaloupé, cuivres en avant, guitares en avant, sourires en avant.

Un groupe mené de main de maître par le chanteur/saxophoniste/tromboniste Angelo Moore, mister cool himself, toujours au top vocalement, musicalement et physiquement parlant (le bonhomme ne s’économise pourtant pas sur une scène), un grand monsieur dont la fraicheur mentale et la bonne humeur n’offrent que peu de prises au poids des ans ou à une quelconque amertume quant au devenir du groupe.
 

 

 

La France et Fishbone c’est une belle et longue histoire d’amour. Des centaines de concerts depuis leur première venue dans les années 80, des tournées de plusieurs dates partout sur le territoire et partout le public au rendez-vous. Un phénomène proche de celui touchant un autre grand et vénérable groupe de Californie, les Suicidal Tendencies qui enquillent l’air de rien eux-aussi des longues tournées hexagonales album après album avec toujours le même succès au rendez-vous. Les Suicidal parlons-en puisqu’aujourd’hui c’est leur ancien soliste Rocky George qui, après avoir troqué la casquette pour une coupe afro, officie en tant que guitariste du groupe.
 
La France aime Fishbone et c’est donc sur le label français Ter A Terre que sort ce CD/DVD live du groupe, issu du concert donné au Théâtre Barbey de Bordeaux l’an passé. Si ce n’est pas le premier album live du groupe c’est en tous les cas on l’a vu le premier DVD de leur carrière, il n’était que temps.
 
Alors ce concert ?
 
Et bien comme d’habitude le groupe propose un cocktail savoureux et toujours digeste (sur scène s’entend) de toutes les musiques citées plus-haut. « Unyelding conditioning » débute le show avec ses cuivres chauds et sa basse ronflante avant qu’un « The Suffering » n’enfonce le clou de sa gouleyante mélodie. La guitare n’est pas oubliée avec l’extraordinaire « Sunless Saturday » ou encore la reprise finale du « Freddie’s Dead » de Curtis Mayfield. On y trouve du funk rock bien chaud avec « Party at Ground Zero », du ska festif avec "Date rape" (ce titre!) et surtout « Ma & Pa », leur hommage à Cab Calloway « I like to hide behind my glasses », le merengue ultime qu’est « Everyday sunshine » et quelques autres encore.
 
Le Cd vaut le déplacement mais c’est surtout là le DVD qui séduit avec force. Pensez donc, 6 morceaux supplémentaires en plus d’une captation digne de ce nom (il faut le faire avec 7 musiciens nomades sur une scène) dont le terrifiant « Alcoholic », le truculent « Party with Saddam » ou encore le presque heavy métal « Servitude ». Du bel ouvrage une fois encore.
 
Vous l’aurez compris c’est le mot Fun qui prend ici tout son sens, la maestria tranquille du groupe faisant le reste (des putains de musicos tous autant qu’ils sont). Cette chronique peut se lire aussi comme un grand cri d’amour à l’encontre des Fishbone, ce disque comme un prétexte à célébrer ce groupe qui n’est que du bonheur en barre, une cure d’énergie positive, une vitamine du bonheur comme aurait pu l’écrire Raymond Carver.
  
Un CD rempli jusqu’à la gueule, un DVD qui ne l’est pas moins, un groupe de feu dans la quintessence de son art fusionnel, le tout pour moins de 16 euros en neuf. L’industrie du disque a finalement encore de beaux jours devant elle.

 

"SUNLESS SATURDAY" pris lors de ce concert à Bordeaux

Furieusement groovy, "BONIN’ IN THE BONEYARD"
 

A propos de Bruno Piszorowicz

Laisser un commentaire