Enter Shikari – "Common dreads"

Enter Shikari sort enfin son deuxième album deux années après un « Take to the Skies » inaugural et triomphal (et synthétisant rappelons-nous les EPs précédemment sortis du groupe).
 
Enter Shikari ? Pour les non-initiés c’est une musique ultra-énergique, un groupe qui mélange avec classe et élégance les sonorités modernes du rock (ce post-hardcore machin chose, ces guitares dissonantes filtrées par des ordinateurs, ce chant papier de verre) et de l’électro (ces rythmiques et boucles trippantes à souhait), des chansons parfois heurtées qui flirtent souvent avec l’atmosphérique pour mieux ensuite enfoncer le clou rouillé dans le bois tendre avec des brisures de rythme étourdissantes.
 
Ce premier album trônait en-haut de cette mêlée agitée et énervée en grande partie grâce à une corpulente énergie, massive par son impact mais aussi son endurance car la folle énergie se déployait de bout en bout sans jamais s’essouffler. Sur ce second effort et plutôt que de jouer la carte de l’outrance et de la radicalité (radicalité sur de la radicalité ça aurait donné de l’ultra-radicalité donc, prenez des notes merci) le groupe affine son propos, l’atténue même par moment (davantage de moments de calme, de ballades même) pour un album au final plus mainstream.
 
« Pour l’attendrir il faut lui taper dessus », on se souvient de cette formule et elle prend ici toute sa légitimité pour évoquer ce Common Dreads d’Enter Shikari, ce groupe de jeunes frappadingues issus de la culture des Travellers et à ce titre profondément anglais. Si le tempo s’adoucit par moment, si les interludes rêvassés sont omniprésents, si le vocaliste développe différentes ambiances, le propos n’en reste pas moins tapageur et agressif (ce n’est définitivement pas une musique à mettre entre toutes les oreilles) avec des longues plages (6/7 minutes le plus souvent) extrêmement denses et inspirées, bien loin d’un calibrage méthodique pour faire plaisir à un quelconque média, on reste sur du lourd, du pesant, de la rage affinée et raffinée en quelque sorte.
 
Si le groupe marque à ce point nombre d’esprits qui croisent leur chemin c’est aussi à travers leurs concerts où une boule d’énergie semble passer d’un musique à l’autre de bout en bout, on est bien loin ici des millionnaires (ou pas) tatoués (le plus souvent) qui excitent la galerie entre deux clips pour MTV à coup de grosses guitares qui gonflent maladroitement une mélodie rachitique, la posture n’a pas lieu d’être chez Enter Shikari et cette sincérité force le respect.
 
S’il y a un titre emblématique du groupe, un qui en tire toute la substance pour la résumer en une poignée de minutes, alors c’est « Gap in the fence » qu’il vous faut écouter sans attendre. « Common dreads » c’est peut-être l’un des sons (ultra) rock les plus purs de cette fin de décennie, c’est un disque où l’urgence n’empêche pas l’inspiration, c’est un disque majeur d’un genre trop souvent perçu pour les non-aficionados comme mineur.
 
Exit Shakira et ses poses de chica huilée et gauche, Enter Shikari et son rock abrasif vinaigré.
 
 
 
 

A propos de Aline SMITHEE

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