Enrique Seknadje - Vers la joie

Enrique Seknadje – Vers La Joie

C’est un plaisir tout particulier aujourd’hui d’ouvrir une brèche dans un environnement gris, lourd et pesant pour présenter le récent travail de notre collaborateur et ami Enrique Seknadje, à savoir cet album de huit titres publié il y a déjà plusieurs mois de cela et répondant au nom de Vers La Joie. Oeuvrant aussi bien dans nos pages musicales que celles cinématographiques, Enrique est également un musicien accompli déjà auteur en 2010 d’un album six titres Les Bleus De l’Âme. Le simple intitulé des deux disques nous donne une idée du chemin parcouru par l’auteur, mais aussi le compositeur, avec un premier album peut-être plus froid (enfin, cold) et synthétique que celui-ci, sensiblement plus organique et « chaud ».

Si Les Bleus De l’Âme voyait la participation sur deux titres du mythique partenaire de Bowie Mike Garson, c’est cette fois le toujours précieux Eric Dahan qui apparaît dans les crédits de l’album en ayant composé la musique de l’excellent « Solitaire Élevé ». L’occasion de citer également Philippe Missir qui signe pour sa part celle de « Mon Été A Tes Côtés ». Musicalement parlant, le background musical d’Enrique Seknadje saura séduire les amateurs du rock soigné et dandy des glorieuses 70’s, entre glam précieux et pop sophistiquée, le tout dominé par une voix atypique et segmentante, du genre à vous caresser l’écoute dans le sens du poil ou bien au contraire à vous le faire hérisser, faîtes vos jeux.

Nous concernant, le choix est fait et les huit titres alignés ici s’avèrent d’une très agréable écoute, voire même plusieurs tant la musique d’Enrique sait nous faire découvrir ses riches saveurs au fil du mode « repeat ». C’est ainsi que l’entame ouatée, presque langoureuse, de « Suis Si Déstructuré » nous fait entrer avec douceur dans un univers que la belle luminosité musicale de « L’Obstacle » (tendance valse joyeuse) et « Mon été à tes côtés » (tendance béatitude) éclaire tout particulièrement. Ailleurs, ce sont les beaux arrangements de « Solitaire Elevé » (mention aussi à sa belle mélodie et à son épatant final), ceux soyeux et cajoleurs de « Notre Enfant », ceux plus enlevés et sautillants de la valse glitterisée « Un Chant Joyeux » qui épatent tout particulièrement. Morceaux sensiblement plus rock, « Cette Putain D’Existence » (Bowien, voire Bolanien, glamour et racé en tous les cas) et surtout l’orchestré et lyrique « Force Sauvage » concourent à solidifier l’ensemble. Le tout nous donne un album varié, riche et singulier, de quoi nourrir, je l’espère, votre curiosité.

Lien pour l’album : https://enriqueseknadje.bandcamp.com/album/vers-la-joie

Le facebook “musical” d’Enrique 

Un petit récapitulatif de ses travaux

Enrique Seknadje - Force Sauvage

 

Histoire d’enrichir la présentation, nous avons posé quelques questions à Enrique à propos de son album.

 

Cinq ans séparent tes deux albums, « Les Bleus De L’Âme » était dominé par le titre « À Mon Père », on pourrait dire que celui-ci l’est par « Notre Enfant », est-ce là un bon résumé de cette période ? Celui faisant deviner une dilution de la mélancolie dans un quotidien plus épanouissant ?

Oui, on peut dire ça. Je mets beaucoup de mon ressenti, de ma vie intime, de mon expérience vécue, dans mes chansons, et notamment dans les textes. C’est un choix qui a plusieurs causes : parmi elles, le bien que me fait l’expression, l’extériorisation (en l’occurrence sous un mode artistique) de ce que je porte au fond de moi. Il y a bien là l’idée de thérapie par la musique et par l’écriture poétique, du parcours cathartique.

Dans le cas de « À Mon Père », c’est clair : il s’agissait de dire quelque chose que je n’avais pu penser de son vivant, de lui dire quelque chose dans l’après. L’expression d’une souffrance.

Dans le cas de « Notre Enfant », c’est l’expression au contraire d’une joie immédiate. La volonté de la faire partager à tous, et de parler à mon fils – pour maintenant ou pour plus tard.

Mais dire quelque chose sur ce que j’ai vécu avec mon père et sur ce qu’il a vécu peut « parler » à d’autres, je pense. Et le fait est que beaucoup de gens sont touchés par cette chanson.

D’un autre côté, il semble évident qu’évoquer le bonheur d’avoir un enfant va rencontrer des échos chez l’auditeur. Mais il y a eu aussi quelque chose de thérapeutique dans l’écriture de cette chanson… Il ne faut pas « croire » le contraire ! Quand j’ai su que j’allais devenir père, j’ai traversé une période de crise : la paternité est quelque chose que certains peuvent avoir du mal à assumer dans l’a priori. J’ai été de ceux-là.

En fait, je dois dire que les deux chansons ont pratiquement été écrites à la même période. Une période où ma vie était très bouleversée – même si mon père était mort des années avant que je n’écrive la chanson le concernant. Les deux titres sont très liés. Liés par exemple et peut-être autour de la problématique de la « transmission ».

C’est moi, après, qui ai sélectionné et écrit des chansons plutôt tristes pour le premier album que je voulais mélancolique… et des chansons plutôt positives pour le second que je voulais joyeux. Mais ce choix distinctif n’est pas uniquement artificiel et rhétorique. Il doit probablement correspondre à une évolution dans ma vie. L’évolution vers plus de bonheur, de sérénité.

Tu as écrit et composé seul la quasi-intégralité de l’album. Quelle est la part de ton collaborateur fétiche Léonard Mule dans les arrangements et la production de ces morceaux ?

Léonard est quelqu’un que j’adore, avec qui j’ai un immense plaisir à travailler. Pour « Les Bleus De l’Âme » et « Vers La Joie », j’ai tout écrit, et beaucoup arrangé moi-même les morceaux en amont. Léonard a travaillé aussi, après, sur certains arrangements, pour approfondir, parfois pour modifier légèrement, voire pour alléger. Pour ajuster harmoniquement quand c’était nécessaire. Mais il a cette qualité d’arriver à respecter ma démarche, mon style, même si la musique qu’il écoute ne ressemble pas toujours à la mienne. Et puis, chose extraordinaire pour moi, qui n’aime pas travailler avec trop de gens en même temps, il est non seulement ingénieur du son, mais il est aussi multi-instrumentiste (guitares, basse, claviers).

Raconte-nous comment s’est déroulée la collaboration avec Eric Dahan sur « Solitaire Élevé ». Je crois qu’il s’agit là d’un morceau composé par ses soins il y a bien longtemps de cela.

 Éric est un ami de longue date. Il a beaucoup composé, même s’il a enregistré peu de ses créations musicales. J’ai toujours gardé en mémoire ce morceau parce que je l’aime bien, tout simplement  – mélodiquement parlant – et parce qu’il représente un moment de mon existence qui m’est cher. Éric a accepté de me le confier… Je l’ai réarrangé à ma façon, et j’ai écrit de nouvelles paroles puisqu’Éric écrit en anglais, ce qui n’est pas mon cas… Et parce que j’avais besoin de dire quelque chose de personnel, même si nos univers sont parfois assez proches. Éric a apprécié ma version et j’en suis fort content.

 Un mot sur tes textes, les mots sont très « musicaux », presque percussifs je dirais, comment les travailles-tu, en aval de tes musiques ? Tes sujets d’inspiration semblent très variés également.

Je travaille attentivement sur la forme, ce que d’aucuns appelleraient le « signifiant » : musicalité, rythme, rimes… Même s’il y a des choses qui peuvent parfois aussi venir sous la forme d’un jaillissement non contrôlé. J’aime écrire, dans des domaines très différents d’ailleurs, et j’ai une expérience en ce domaine. Pour la musique, je tente de m’inspirer de la manière anglo-saxonne de faire sonner les mots, de les chanter.

J’essaie de plus en plus de varier mes sujets, de partir un peu moins strictement de l’intime, de mon vécu. De mon point de vue, certains textes sont quand même assez proches les uns des autres par ce qu’ils évoquent, car j’y parle de moi et que je vis avec moi tout le temps ! Mais peut-être fais-je en même temps appel à des aspects contradictoires de ma personnalité.

Mais ce sont aussi les styles musicaux que j’adopte qui sont très variés, je pense ! J’aime ça… Faire des morceaux complètement différents les uns des autres.

Tes projets maintenant ? Un autre album déjà en chantier ?

Oui. Je ne sais pas combien de temps je continuerai à faire de la musique, du chant… Mais un troisième album est en préparation. Mes musiques sont prêtes. C’est « maquetté ». Reste à écrire les paroles. Et peut-être à trouver, pourquoi pas, une ligne directrice malgré les variations évoquées ci-dessus. Avant d’enregistrer…

Et, justement, pour ce troisième opus, nous avons décidé que je les orchestrerai moins en amont et que Léonard interviendra plus nettement et significativement sur l’écriture des arrangements et la production. Nous avons d’ailleurs un titre que nous composons ensemble !

A propos de Bruno Piszorowicz

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