Def Leppard – Hysteria (25 ans déjà)

Quelques faits bruts suffiront sans doute à mettre en de justes perspectives le propos qui va suivre: Hysteria est le quatrième album de la formation britannique Def Leppard, c’est accessoirement la dixième meilleure vente de toute la décade 80 avec plus de vingt millions d’unités vendus (dont une grosse douzaine rien qu’aux Etats-Unis) et l’un des cinquante albums les plus vendus de tous les temps, tous styles confondus. Plus qu’un raz-de-marée donc.
 
En prenant le tracklisting des chansons et sans révéler le patronyme des géniteurs il serait assez biaisé de se leurrer quand au style développé ici par Def Leppard, cette pop metal du meilleur tonneau. Avouez en effet qu’on lorgne davantage du côté du heavy metal avec « Women » (c’est WASP à tous les coups non ?), « Rocket » (thématique guerrière ou bien sexuelle), « Animal » (oui oui j’avais raison c’est le dernier WASP ?), « Armageddon it » sur l’air du « Sulfatez moi ça », « Gods of war (ah tiens finalement Manowar non ?), « Don’t shoot shotgun » (encore la métaphore guerre/sexe à tous les coups), « Hysteria » et « Run Riot » (bonjour les brulots !) ou enfin « Excitable » (WASP on vous dit). Il n’y a guère finalement que les bleuettes textuées « Poor some sugar on me » et « Love and affection » pour trahir le cœur qui bat sous l’armure de metal, tout comme Harry Baur gifle de son gant de soie la statue unissant à jamais les amants des Visiteurs du soir.
 
Hysteria et Def Leppard, le sommet de toute une vie pour les petits gars de Sheffield voire même le sommet définitif pour la frange la plus mélodique du hard rock, un sommet aujourd’hui presque oublié ou du moins rogné à sa part la plus froidement comptable, ce qui ne manque pas de laisser pantois. Voilà le moment de revenir en détail sur le bel objet alors qu’on « célèbre » le 25è anniversaire de sa sortie. Sa genèse d’abord, presque quatre années séparent Hysteria du Pyromania couronné de succès. Rappelez-vous, « Photograph », l’effet MTV, la concurrence avec Thriller de Michael Jackson. Quatre ans. Une éternité même pour l’époque, presque un record. La gestation est certes longue mais il y a quelques circonstances atténuantes, oh trois fois rien, simplement divers contretemps techniques et puis une amputation.
 
Oui, une amputation.
 
Revenons en arrière, le 31 décembre 1984, Sheffield, Angleterre. Rick Allen le batteur du groupe prend sa voiture pour se rendre à une fête familiale, il a 21 ans depuis peu, son groupe est l’un des plus en vue de l’année qui vient de s’écouler, tout roule pour lui mais peut-être un peu trop vite. Le voilà en effet qui perd le contrôle de son véhicule sur le chemin, emplafonne un mur de pierres et se fait éjecté avant que la voiture ne termine sa course dans un champ, le bras gauche du batteur est littéralement arraché dans le choc. Rapidement transporté à l’hôpital on réussit à lui recoudre avant qu’une grave infection le rende finalement infirme à vie. L’amitié n’est pas un vain mot pour ce groupe de potes et Rick Allen reste, après une période bien compréhensible de flottement, le batteur officiel du groupe, même privé d’un de ses bras. Un batteur-manchot franchement c’est une première. Il va ainsi réapprendre à jouer sur une batterie spécialement construite à son intention et où les deux pieds compensent tant bien que mal l’absence. Ladite batterie est certes innovante mais surtout semi-électronique, un détail qui a son importance dans le son futur développé par Def Leppard.
 
 
 
 

Aussi grave soit-il, l’accident de Rick Allen n’est pas le seul argument expliquant la lente maturation d’Hysteria, on rajoutera tout d’abord des problèmes de production avec le refus initial de Mutt Lange de reconduire l’équipe victorieuse de Pyromania puis l’échec patent de la collaboration avec le partenaire habituel de Meat Loaf Jim Steinman, le retour enfin de Mutt Lange peu après l’accident d’Allen et peu avant qu’il ne soit lui-même victime d’un crash auto, heureusement moins lourd en conséquence bien que stoppant un temps le travail du groupe. Fait aggravant, le léopard sourd commence également à se mordre la queue quand certains morceaux plus ou moins en boîte depuis l’année 1984 diffèrent ensuite par trop des plus récents pour ce qui est du son, nécessitant ainsi de reprendre à zéro une large part du travail.

 
Ironie du sort, Def Leppard entame au mois d’août 1986 une petite tournée majoritairement irlandaise puis se frotte à la foule des Monsters of rock, c’est le come-back scénique du groupe mais aussi les premiers concerts pour Rick Allen depuis son accident, la publicité fait dans le concis avec comme slogan un « They’re back ! » quelque peu prématuré sachant qu’il s’écoulera encore un peu plus d’une année avant que le groupe ne sorte ce satané Hysteria ! Car nous y voilà enfin à ce mois d’août 1987 et à la sortie tant attendue de ce qui est à l’époque l’un des disques les plus chers de l’histoire, on parle de plus d’un millions de dollars tout de même, l’un des plus attendus aussi. Hysteria.
 
C’est tout d’abord un disque très long selon les standards de l’époque, plus de soixante minutes, presque un record là-aussi, un disque qui joue pleinement des possibilités offertes par le compact-disc. C’est ensuite et surtout un album qui repousse les limites côté son, la production déjà clinquante de Pyromania est ici optimisée et radicalisée faisant entrer Def Leppard dans l’espace, littéralement, oubliant toute attraction terrestre et toute musique idoine. Un univers un peu froid peut-être, lustré de partout, la batterie expérimentale et électronique de Rick Allen y étant pour quelque chose. Les compositions sont beaucoup plus travaillées qu’auparavant, jusqu’à l’épuisement pourrait-on dire, tordues dans tous les sens avant comme par miracle de repiquer tout droit, quitte bien entendu à perdre en énergie et spontanéité. Elles sont aussi plus longues avec cinq morceaux sur les douze à plus de cinq minutes et présentent au final un collectif britannique à la maturité affolante.
 
« Women » ouvre le bal, un midtempo synthétique au refrain affirmé, « Rocket » suit avec son groove entrainant et son break qui évoque lourdement celui de « Whole lotta love » de Led Zeppelin mais en mode 2.0[1]. Suivent des bijoux presque pop comme « Animal », « Love and affection » ou encore « Hysteria », une vraie curiosité avec ce « Poor some sugar on me » qui reprend initialement les choses là où « Rock of ages » les avait laissées mais à la sauce du moment, plus rap peut-être. On retrouve toujours la patte Def Leppard mais customisée avec « Don’t shoot shotgun » ou encore « Excitable » et son petit coté Rolling Stones, on retrouve la richesse mélodique du groupe à travers l’immense ballade « Love bites »  sans oublier l’épique « Gods of war » et ses ambiance longuement développées en intro/outro ou encore le fiévreux « Run riot », un paquetage diversifié et qui semble donner à toutes les franges du public exactement ce qu’elles recherchent.
 
 
« Animal » sort en premier single au même moment que l’album, c’est le premier simple du groupe à entrer dans le Top 10 anglais tandis que l’album lui se hisse là-bas en tête des ventes. En Amérique le résultat est excellent puisque « Animal » est le premier d’une série de onze singles consécutifs de Def Leppard à entrer dans le Top 40 Us alors que l’album décolle lui-aussi sitôt dans les bacs avec une certification platine en octobre, double platine en novembre puis triple aux premiers jours de janvier 1988 !! Nous ferons simple en disant que sept titres sur les douze de l’album seront édités en single avec le succès évoqué un peu plus haut, certains comme « Love Bites » (premier) ou « Poor some sugar on me » (Top 3) touchant même le podium et concourant à faire de l’année 1988 l’année certes de Guns N’Roses mais aussi celle de Def Leppard[2]. Dans le genre pop metal middle of the road, on peut affirmer sans crainte que le groupe occupe une bonne partie de la route.
 
Qui dit album dit tournée et qui dit succès dit méga tournée, Def Leppard emmène sa scène circulaire et centrale (concept alors novateur) dénuée de décor de fond aux quatre coins du globe sur plus de deux-cents shows (un Bercy et le Printemps de Bourges en France) dont rien de moins que trois tournées aux USA avec Loverboy, Tesla, MSG, Queensryche ou encore L.A Guns en guise de première partie. Hysteria est un sommet, le groupe va mettre presque trois années à en faire le tour, à en voir le bout, à tourner la page, rien ne sera plus comme avant à son issue.

 

 

[1] En mode 2.001 serait plus adéquat tant la musique sonne spatiale.
[2] Rageant pour les Def Lep alors que leurs disques rencontrent un succès hors-norme de se voir toujours voler la vedette par des albums/artistes eux aussi hors-normes ? C’était le cas du Thriller de Michael Jackson pour Pyromania, c’est ici le Appetite for destruction des Guns qui, sans leur enlever l’essentiel de leurs mérites, rogne quelque peu le nom de Def Leppard au moment de tirer les grands traits d’une époque.

 

A propos de Bruno Piszorowicz

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