Blood Red Shoes / White Stripes (autour de "In time to voices")

 White Striped Blood Red Shoes
 
Un groupe de musique moderne, disons rock au sens large, ramené à sa plus simple expression, serait constitué d’une guitare, une batterie et d’au moins une voix. Outre le fait que le bassiste que je suis ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine frustration, cela vous rappelle sûrement quelque chose, non ? Oui, The White Stripes, originaires de Detroit, formaient ce type de duo. La batterie était assurée par Meg White, cette jeune femme aux talents d’instrumentiste limités, mais efficace, un peu à l’image de son illustre "prédécesseuse" Moe Tucker (The Velvet Underground). Son (ex-) époux, Jack White, incontestablement le leader, animait de sa voix et de sa guitare un peu brouillons, les compositions principalement rock et blues.
 
Mais alors que The White Stripes sévissaient sur le versant américain, Blood Red Shoes escalade le versant anglais de la même montagne. Au niveau des instruments, c’est l’inverse : l’homme, le blond Steven Ansell, tient la batterie, avec des compétences pour son instrument bien meilleures que sa consœur de Detroit. La femme, l’envoutante et énigmatique brune Laura-Mary Carter, assure la guitare, dans un jeu certainement plus basique que Mr White, mais bien plus "carré". Ne vous attendez pas à des soli de sa part. La comparaison entre les deux formations s’avère évidente pour les deux premiers albums de Blood Red Shoes par le certain minimalisme et l’énergie dégagés. Le meilleur exemple est à mon avis "I Wish I Was Someone Better", sur Box Of Secrets, premier album sorti en 2008. Le deuxième album, Fire Like This, sorti en 2010 n’apporte pas d’innovations mirobolantes par rapport à son ainé. Les aficionados de la série Twin Peaks de David Lynch (1989) y trouveront une référence directe dans le titre "It Is Happening Again" (les paroles du géant, qui apparait à l’agent du FBI Cooper, l’informant qu’un meurtre est à nouveau perpétré par l’assassin qu’il recherche). Le rapport avec Twin Peaks ne s’arrête pas là puisque le duo a été photographié dans une session complètement inspirée de la série.
 
 
L’évolution de The White Stripes les a conduit un temps vers des territoires et des instruments plus acoustiques (piano, marimbas, congas et autres dans Get Behind Me Satan, 2005). En revanche, Blood Red Shoes s’orientent différemment avec leur nouvel et dernier album In Time To Voices (2012). Les titres, la plupart plus atmosphériques et moins simplistes, sont bien plus léchés point de vue production et arrangements. Les voix des deux complices s’élèvent de façon souvent plus éthérées, notamment pour Laura-Mary. Elle et Steven ne renient pas pour autant l’énergie rythmique, à l’instar de la rapide comète "Je Me Perds" (1 minute 28 secondes). Il y a là un tournant assez évolutif, pas un virage en épingle tout de même, vers le shoegaze britannique des années 90. On rappelle ici l’étymologie du shoegaze, littéralement ceux qui semblent fixer leurs chaussures, en fait obnubilés par leurs pédales d’effets à déclencher aux bons moments. On peut en effet penser à Ride (hormis les deux derniers albums) ou encore à My Bloody Valentine en un peu moins bruyant et les voix (bien) plus en avant. Ce ne sont pourtant pas des regards en arrière que portent Blood Red Shoes, mais bel et bien tournés vers l’avenir du rock, en cherchant et réussissant (à mon avis) à innover malgré le format le plus minimaliste qui soit. C’est une belle prouesse à suivre.

 

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