Les six musiciens de Blitzen Trapper, originaires de l’Oregon, ont mis des années à percer au-delà des frontières de leur état. Et à l’écoute de leur dernier album, Furr, le deuxième à parvenir à nos lointaines oreilles d’Européens après Wild Mountain Nation, on est soudain très en colère contre les ouest-américains d’avoir gardé ce petit bijou de groupe rien que pour eux.

Ensorcelé que l’on est dès les premiers accords de l’album, on se demande très vite s’il n’y a pas un truc. Le groupe semble en effet avoir le don de concocter des potions totalement euphorisantes à partir d’ingrédients pas toujours frais ; ici, une série de riffs que n’auraient pas renié les Lynyrd Skynyrd ; là, un piano sautillant tout droit sorti de l’époque où Elton John n’avait pas encore ses implants (Saturday Nite) ; plus quelques allusions au rock progressif du Genesis de Peter Gabriel (le final en points de suspension de Sleepy Time in the Western World) et au Queen de Bohemian Rhapsody (voir les harmonies vocales bidouillées de Love u).

Mais c’est là que réside tout le talent des sorciers de Salem : le mixage des influences est parfois tellement improbable – comme en témoigne le brillant morceau d’ouverture, sorte de best-of de tous les courants musicaux des années 70 en trois minutes – qu’il en ressort quelque chose de totalement neuf, quoi qu’étrangement familier.

Contrairement à Midlake, qui contenait ce revival seventies dans les frontières américaines, les Blitzen Trappers n’hésitent pas à quitter les clairières californiennes hantées par les hippies pour des horizons plus pop, comme en témoignent les accents glam de War on Machines, quelque part entre Marc Bolan et le David Bowie de Hunky Dory.

C’est d’ailleurs lorsqu’il abandonne ce parti-pris du joyeux fourre-tout que le groupe se montre le moins convaincant. Black river kills, sombre ballade country, aussi envoûtante soit-elle, est de ces morceaux qu’on semble déjà avoir entendu dix fois. Et dans Not your lover anymore, l’hommage à Neil Young est tellement appuyé qu’il en devient caricatural, se résumant à une imitation un peu grotesque du Loner.

Mais le reste de l’album est tellement chaleureux, généreux et bizarre, qu’on pardonne aux Blitzen Trapper d’être parfois des copieurs peu inspirés.

Polymorphe et déroutant, Furr a en fait une qualité remarquable en ces temps où les grands groupes de pop tendent à sortir de la musique en conserve : si rétro soit-il, il est, quant à lui, d’une délicieuse fraîcheur…

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