Coincés quelque part entre Isaac Hayes (période Shaft) et le rock psychédélique entre autres des Pink Floyd (dont ils avaient d’ailleurs déjà repris l‘excellent titre Welcome to The Machine), les petits gars de Beak> réussissent à transformer leur premier essai > sorti en 2009 avec un nouvel album, >>, des plus aboutis.
 
Passons rapidement sur les séances de brainstorming monstrueuses qui ont dû être nécessaires aux membres du groupe pour nous pondre de tels titres d’albums et consacrons-nous à ce que le dernier distille en trouvailles.

 

 
Tout d’abord et pour remettre les choses dans leur contexte, Beak>, c’est le projet ambitieux mené par Geoff Barrow (de Portishead) en hommage au krautrock allemand des années 70 (période Can, Neu !), influence que l’on avait déjà ressentie fortement dans quelques titres du très sombre et exigeant album 3rd de Portishead (les titres We Carry On, Machine Gun notamment), qui témoignait de l’intérêt de Barrow pour ce son noisy qui accroche et cela sans concession aucune.
 
Chez Beak>, les vieux synthés tout miteux sont de sortis et le sale est magnifié : >> est un véritable saut dans le passé qui convoque tout à la fois la cold-wave que le post-rock, le post-punk que la pop. Les voix sont réverbérées au possible, tout se distend, Eno et Fripp ne sont pas loin. Certains évoqueront même Joy Division par endroits, témoignage s’il en est que la liste des références et longue et éclectique. Beak> fait en effet partie de ces groupes qui germent depuis quelques années et qui partent à la recherche d’une histoire musicale qu’on aurait un peu trop vite oubliée sous prétexte de modernité. Aux confins des années 70-80 et à  grands renforts de claviers analogiques et de batteries psychédéliques, Geoff Barrow, Bill Fullet et Matt Williams bâtissent une œuvre mémorable et précise qui tire sa substantifique moelle entre autres de la nostalgie.
 
 
The Goal est à ce titre une entrée en matière des plus évocatrices avec son intro en forme de distorsions.
 
D’autres titres (Yatton, Spinning Top) font la part belle à la répétition de phrases musicales montées en boucle : les batteries se font insistantes, la basse très présente. C’est d’ailleurs ce qui caractérise l’entièreté de l’album tant il semble avoir été pensé et centré sur et pour ces deux instruments.

Il y a quelque chose de très froid et robotique dans cet album, dans le sens noble du terme : les répétitions, la suprématie de la saturation et des basses sans doute. 

Eggdog et Wulfstan II sont les deux vraies pépites de cet album. Wulfstan II est d’ailleurs une reprise de leur titre Wulfstan et autant le dire tout de suite : ce titre est une petite tuerie qui justifie à elle seule l’achat de l’album dont il constitue une très bonne porte d’entrée avec son clavier old-school et sa basse lancinante.

 
Ladie’s Mile enfin s’avère la bande originale parfaite pour un film d’horreur des années 80, cruel autant que fascinant.

L’album se termine avec le très hypnotique Kidney dans lequel la scansion se fait presque tribale.

 
Pour conclure, Beak> réalise un album réussi qui renoue avec des fondamentaux qui font la référence autant que la différence. A découvrir d’urgence.

(Invada Records, 2012)

A propos de Alban Orsini

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