Bat for Lashes « Fur and gold »

Il est des premiers albums qui sonnent comme des (gentils) camouflets envers des artistes installé(e)s et populaires, aussi respectables et attachant(e)s soient-ils(elles). Un peu comme si un jeune du centre de formation du Celta Vigo s’en venait faire un petit pont à Ronaldinho dans un match de championnat si vous voulez (mais le voulez-vous vraiment ?).
En écoutant cet album gageons que l’infortunée Polly Jean Harvey se retournera dans la tombe qu’elle vient fraichement de creuser avec son dernier album, l’éprouvant « White Chalk ».

Il y a en effet une grande proximité d’ambiance entre Bat for lashes, groupe mené par l’époustouflante voix de l’anglaise de Brighton Natasha Khan, et la charismatique native du Dorset du moins pour ce qui concerne le dernier album en date de cette dernière. Rappelons à toute fin utile que l’infortunée PJ a sorti tout récemment un disque dépourvu de toute guitare amplifiée, de toute batterie binaire et autres outils d’habitude utilisés avec férocité, doigté, finesse (rayez la mention inutile au gré des albums) par l’ingénue. Le tout pour un résultat navrant (au dehors de deux chansons et demi).

Avec ce « Fur and gold » nous avons l’impression d’écouter ce qu’aurait été le résultat positif d’un PJ inspirée dans sa volonté de tenter l’expérience du disque apaisé, épuré, mou du genou et vaporeux, tout simplement. Cette série de chansons nous enserre d’un doux écrin nappé de tambourin, de lit tout fraichement aéré de piano, d’une douce harpe mutine, d’une voix enfin magnifique et parfaite pour les harmonies musicales qui l’accompagne, une voix d’ailleurs proche par moment (surtout sur la majorité des refrains en fait) d’une Bjork mais alors d’une Bjork tentant l’expérience de l’Unplugged. Un relatif onirisme ressort de l’album, l’apport (discret) d’une multitude d’instruments (scie musicale, harpe, trombone, violon, trompette) radicalisant cette impression. On pense aussi beaucoup (comme en fait tout disque ou presque « féminin » et majoritairement pourvu en piano, à l’instar de Kate Bush) à une Tori Amos en beaucoup plus sobre musicalement (une pure vue de l’esprit donc).

De jolis échos et réminiscences donc pour ce collectif anglais, de jolis échos surtout à une magnifique voix (on ne le dira jamais assez).

Côté objections ?
Avant toute chose les vêtements volés à Winetou dont se parent Natasha sur la pochette, une sorte de Françoise Hardy lookée par Pierre & Gilles avant un petit show au Buffalo Bill Wildest show de Disneyland Paris. On n’a pas vu mieux depuis la chanteuse de Moon unit (remember « Comanchero »).
D’autre part et surtout, l’ensemble peut paraître un tantinet austère, sombre ou déprimant selon le dégré d’accoutumance à la neurasthénie des auditeurs, soyez prudent donc !

Pour qui aime la douce musique vaporeuse, travaillée, subtile sans être du tout chichiteuse et ampoulée, ce disque, ce groupe, cette voix sont pour vous.

A propos de Bruno Piszorowicz

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