Austra – "Feel It Break"

Curieux objet que ce premier disque. Qui est Austra ? Pochette d‘album énigmatique et surréaliste, elle est définitivement empreinte d’une poésie charmante. Feel It Break sonne comme une fissure qui nous aventure sur un territoire qui semble venir d’une dimension parallèle… Autre ? Austra, es-tu là ? La voici prête à nous embarquer dans un autre monde le temps d’un trip musical bien enivrant.Austra, tout droit venu du Canada, est une formation « queer » mise en avant par l’envoûtant timbre de voix de Katie Stelmanis, coquette petite femme à la blondeur immaculée. Elle est accompagnée par Dorian Wolf et Maya Postepski, respectivement à la basse et à la batterie. A travers leur instrumentalisation, Austra fait ressurgir des mélodies obsédantes qui auraient très bien hanté les discothèques des années quatre-vingt! Sans pour autant jouer sur un air de nostalgie, le groupe développe surtout son univers aux sonorités pop synthétiques comme un rituel incantatoire, aux saveurs sombres et parfois intenses, plongeant progressivement celui qui l’écoute dans une spirale proche de la transe. Une sorte de « dark electro pop » absolument envoûtante. Sans aucun doute référentiel; on pense notamment à Siouxsie Sioux ou encore à l’interprète suédoise Karin Dreijer Andersson, période The Knife; on semble même y retrouver des accords fantastiques évoquant les bandes originales de films composées par John Carpenter lui-même… Mélange intriguant. Au-delà de son approche « vintage », il n’en reste pas moins que cette première série de chansons possède la fraîcheur virginale d’un son qui nous déflore les oreilles.

Abondance de sensations, où la répétition des textes s’accorde aux sons pulsatifs d’un « dancefloor » devenu romantique, la grande messe électronique a ainsi trouvé une nouvelle déesse devant laquelle se prosterner. Dès les premiers accords qui ouvrent l’album, Katie s’immerge dans notre tête, nous prend par la main et invite l’auditeur à pénétrer le propre monde de l‘artiste. Légère au commencement pour devenir rapidement obsédante, la musique autant que la voix de son interprète nous envoûte pour ne plus nous lâcher. Insidieuse musicalité dont on devient rapidement accro. L’album, superbement construit, est une véritable montée de plaisirs qui atteint déjà sa fièvre orgasmique dès le refrain entêtant de « Lose It »; sans conteste le titre phare du disque qui se savoure à répétition et sans aucune lassitude; tout comme le fabuleux « Beat And The Pulse » qui se déguste avec un égal bonheur extatique! La suite du disque, peut être moins définitive à la première écoute, demande un petit peu plus de temps pour qu’on en tombe totalement amoureux et gagne encore plus en saveurs lorsqu’on s’y abandonne totalement. N’attendez donc plus pour jouir comme un fou/folle sur le superbe « The Noise ».

Se prêtant autant à nous offrir avec persistance une bonne dose d’enivrantes émotions qu’à nous filer une irrépressible envie de danser, « Feel It Break » se savoure avec délectation. Un beau disque qui donne envie de gesticuler avec fièvre, qui nous embrase d’un lyrisme à nous faire perdre pied.

A propos de Joël Pfister

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