Arbouretum – "Song of the Pearl"

Song of the Pearl semble avoir été enregistré dans un studio bâti sur les vestiges d’un vieux cimetière indien. Pas pour le côté malédiction séculaire (encore que, comment expliquer autrement qu’après un album pareil, Arbouretum continue à être un secret si bien caché ?), plutôt pour le côté Neil Young et son Crazy Horse.

OK, référence facile et bien réductrice, même si l’introductif False Spring invoque les mêmes forces telluriques que le Cheval Fou au meilleur de sa forme. En fait, cette chanson, ce serait plutôt le Crazy Horse monté par Glenn Mercer et Bill Million des défunts et très regrettés Feelies, ceux de The Good Earth, en particulier, le plus campé les deux pieds dans la terre, en communion avec les éléments (passablement déchaînes, ici).

L’influence du Loner est plus présente sur l’Another Hidden Place qui suit, dans ce dialogue (de peu de mots, on n’est pas chez Joe Satriani) entre les guitares, en contrepoint de la ligne mélodique du chant de Dave Heumann, qui chante toujours comme un vieux chef indien à qui ne resterait plus que la dignité de la défaite, celle de la marque des plus grands.

Arbouretum

Forcément, tout ça nous renvoie à une certaine tradition des années 70 et ce ne sont pas les effets sur la voix et l’ambiance globalement envapée de Down by the Fall Line qui vont nous dissuader d’emprunter cette voie, qui peut aussi faire d’Arbouretum le cousin drogué des Fleet Foxes ou le camarade de jeu des excellents Canadiens de Black Mountain (on pense plus d’une fois à leur magnifique In the Future de l’an dernier).

Song of the Pearl, la chanson, dresse un pont plus inattendu avec l’Angleterre des Tindersticks, qui auraient troqué le whisky pour le bourbon, avec ses guitares ici plus délicates et ses effluves de cordes.
Ce n’était qu’un soleil d’hiver dans l’eau froide et l’album reprend son cours plombé et envoûtant avec Thin DominionInfinite Corridors enfonce le clou, faisant davantage encore rugir les guitares et les larsens, pour un morceau qui, sur scène, doit prendre une dimension toute spéciale (et faire le bonheur des ORL).

On continue au pas de course avec The Midnight Cry, plus que jamais dans une veine Feelies (à propos, on réédite leurs albums, précipitez-vous), avant une reprise finale d’un morceau assez peu connu de Dylan (Tomorrow is a Long Time), pas loin d’être la seule fausse note de l’album, en tout cas la plus discordante, qui voit le chant de Heumann prendre des accents étonnamment "bryan ferryens" (en souvenir du récent "tribute to Dylan" enregistré par l’ex-Roxy Music ?), nettement moins convaincants.
Pas suffisamment discordante en tout cas pour ne pas nous faire attendre le prochain album d’Arbouretum (celui-ci est sorti en mars dernier) avec une certaine excitation…

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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