L’impatience était de mise peu avant la sortie de ce nouvel album de Air et ce n’était évidemment pas l’album réalisé l’an passé par le groupe pour l’actrice Charlotte Gainsbourg qui avait contribué à tempérer l’instant. Pocket Symphony n’est pourtant pas si loin (deux ans) mais c’est avec un réel plaisir qu’on écoute ce « Love 2 », le 6è disque du duo versaillais. Pas de special guest à la Beck, Jarvis Cocker, Neil Hannon & Co cette fois, le propos s’étant resserré sur l’un et l’autre du binôme, on s’en félicitera pour le moins.
 
La ligne de basse du premier morceau rappelle celle de « Talisman », l’ouverture de Moon Safari bien que le reste de l’instrumentation en soit très éloigné, le sentiment général est celui d’une torpeur urbaine et nocturne avec, comme toujours chez Air, la rêvasserie comme matrice d’écoute. Une imposante et pourtant modeste entrée en matière, tout l’art de Air (pas facile à dire ça) en pile trois minutes, nous voilà en terrain de connaissance.
 
Le morceau suivant, « Love », rappelle combien Air est grand quand il propose des plages musicales sophistiquées et mélancoliques, celles développées en grande partie tout du long des early seventies (allez, on rajoutera la seconde moitié des années 60 dans le nourrin), pour en proposer leur propre lecture. Un exercice qui fait leur force et aussi leur singularité dans le paysage musical d’aujourd’hui. Ce "Love" buccolique aurait pu avoir sa place sur la BOF de Virgin Suicides si le film avait été réalisé par David Hamilton.
 
“Be a Bee” ‘est un morceau qui nous renvoie à de délicieux souvenirs, Sexy Boy par exemple avec cette basse mise en avant, même si elle s’accompagne ici d’une guitare westernienne du meilleur cru. Une pièce de choix de toute la carrière du duo versaillais, rien de moins. On notera d’ailleurs en évoquant ce morceau mais aussi « Tropical Disease » dont il sera question plus loin combien le duo est inspiré quand il est question d’ajouter à leur musique un petit mais réjouissant gimmick (hier Alpha Beta Gamma et son sifflement altier, aujourd’hui les deux morceaux précités).
 
Autre réminiscence avec « Night hunter » ou encore « Eat my beat », celle du disque précédent et cette sensation d’être happé dans une bulle sonore, un cocon chatoyant et relaxant.
 
Du côté du chant vous ne serez pas surpris sur nombre de morceaux (mais bien moins que sur les derniers albums, heureuse surprise) d’entendre la voix de Jean-Benoit Dunckel comme sur le légèrement plus enjoué « So lights is her football » par exemple. Certains seront peut-être rebutés par ce maniérisme vocal, on s’y est habitué pourtant au fil des albums sortis sans parler son très bon disque solo d’il y a deux ans sous le nom de Darkel. Le résultat fonctionne ici ou là (« Heaven’s light") mais sur « Sing sang sung » il dérape carrément alors que sur « You can tell it to everybody » il s’avère simplement correct. Un résultat mitigé donc pour ce qui est des morceaux vocalisés (chantés ?).Il est acquis de toute façon que les limites du groupe se trouvent bel et bien sur ce versant là du paysage.
 
« Tropical disease » ose sur l’intro le cuivre noctambule et avec lui toute cette esthétique très 80’s, vous savez cette image d’une ombre de saxophone au premier plan et les lumières nocturnes de la ville au-derrière. Le taxi-piano qui suit cette intro nous emmène dans un beau voyage pour un sommet de l’album, un de ces morceaux qui contribue à rendre la musique de Air si précieuse. Le saxophone du début revient en bout de piste mais ce n’est pas un souci puisqu’il est dans le coffre et non au volant. On en redemande.
 
« African Velvet » nous fait retrouver le goût du premier Ep du duo, il s’avère comme « Au fond du rêve doré » deux très bons titres pour clôturer l’album (une habitude chez Air, souvenez-vous du sublime « Alone in Kyoto » ou de « Caramel prisoner »).
 
Vous l’aurez compris, ce nouvel album du groupe est une presque pleine réussite et il contribue surtout à célébrer la science de l’agencement et du développement musical chez nos deux versaillais. Il est évident que dire cela peut laisser entendre que cet "agencement" sonne froid, fonctionnel et aseptisé aux oreilles des lecteurs.
 
Certes
 
Ce risque est inhérent de toute façon à la musique du groupe mais sachez qu’on en est loin ici et que même si on apprécie la construction méthodique et le travail de ces deux sorciers de studio c’est bel et bien l’émotion spontanée qui nous fait réagir et non un travail analytique clinique.
 
La pure sensation si vous voulez.
 
Et puis après tout qu’importe : les allergiques au son du groupe ne changeront pas d’un iota leur jugement à l’écoute de ce « Love 2 », les fans du groupe en auront pour leurs 47 minutes d’écoute, le disque renouvelle en tous les cas un tantinet l’énergie musicale, là où une évolution linéaire après Pocket Symphony aurait fait craindre une irrémédiable altérité allant jusqu’à la transparence, c’est ici au contraire la chaleur des sons qui réjouit et une joie non feinte et joyeuse de vous dire, à nouveau, que le nouvel album de Air est une superbe réussite.
 

Tant pis pour nous, la (superbe) première vidéo du groupe est pour la chanson la moins intéressante du disque (jolie musique, voix un peu crispante). Enjoy néanmoins.
  

 

A propos de Bruno Piszorowicz

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