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Alain Bashung nous a quittés…
Dossiers/hommages
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Lorsque Gaby, oh Gaby cartonne sur les ondes françaises en 1980, tout concourt à penser que son interprète sera l’archétype du one hit wonder, l’homme d’un seul (méga) tube, comme le sera un an plus tard Patrick Coutin et son J’aime regarder les filles, qui, comme le titre de Bashung, va contribuer à apporter un peu de "rock attitude" dans les hit parades guyluxiens du giscardisme finissant. Gaby, à vrai dire, n’a pas grand-chose de rock dans ses sonorités, assez typiques de l’époque, mariant habilement sons synthétiques naissants et saxophone souvent stupidement honni lorsqu’il aborde les virages de la pop. Ce titre marque surtout les esprits par ses paroles, gentiment absurdes et maniant comme peu le calembour, et le loook général de Bashung, qui a compris que le punk était passé par là (même s’il ne fut en France qu’un épiphénomène commercial, au fond). Le rapprochement avec Gainsbourg était assez évident, lui qui, justement, suivit de près le mouvement punk et post-punk français. La collaboration arrivera vite, mais ne brûlons pas trop les étapes… Car contrairement aux prévisions, donc, l’essai Gaby (en plus de mettre en lumière Roulette russe, l’album l’ayant précédé en 1979 et ses Bijou, bijou et autres Toujours sur la ligne blanche, passés depuis à la postérité) fut magistralement transformé dès 1981 avec Pizza, l’une des bandes-son de l’arrivée de la gauche au pouvoir (juste retour des choses, après tout, pour celui qui fut Robespierre dans la comédie musicale La Révolution française dès 1973… eh oui, les années de galère furent bien longues avant le succès). Gaby fut un méga tube, mais alors que dire de Vertige de l’amour ? Le triomphe de Bashung est bien évidemment aussi celui de son parolier d’élection, Boris Bergman, un vieux de la vieille de la variété rock’n’rollienne (enfin, pas toujours très r’n’r…), biberonné aux sonorités anglo-saxonnes et l’un des rares capables à concilier à l’époque textes en français et sonorités rock ou new wave. Mais l’amour immodéré (et parfois déraisonnable ?) de Bergman pour le calembour (de Normandie) risquait de fixer des limites à l’œuvre de Bashung. C’est alors que Gainsbourg entre directement en scène, avec l’un des albums français les plus durablement influents des 80’s, Play blessures (1982). Son écueil sera paradoxal : l’aura récente de Bashung est alors telle qu’elle suffit à un titre aussi "oblique" que C’est comment qu’on freine ? à cartonner gentiment en radio (rien de commun néanmoins avec Gaby et Vertige). La musique de Bashung (et sa propre image) y gagne probablement alors en complexité et en "légitimité rock" ce qu’elle perd en pouvoir d’attraction marketing. On ne s’en plaindra pas… ![]() Les années perfecto réglementaire de "Roulette russe" Le disque suivant, Figure imposée (1983), confirme cette tendance mais en moins abouti (Gainsbourg n’est plus là…). L’image de Bashung se brouille un peu, sa collaboration pour la chanson "officielle" de SOS Racisme (Tu touches pas à mon pote) n’est pas toujours très bien comprise. Bashung commet alors probablement la facilité de revenir vers Bergman. Passé le Rio Grande renoue avec le succès (L’Arrivée du Tour, en réponse au Tour de France de Kraftwerk quelques années avant ?) mais Bashung semble dangereusement glisser vers le statut d’Henri Salvador post new-wave (le Guyanais incarne alors le sommet de la ringardise musicale, bien loin de sa rédemption de son Jardin d’hiver). Son coup de génie est alors de changer radicalement de cap et de choisir Colin Newman comme architecte du sombrissime Novice, en 1989. Newman est l’un des leaders du magnifique et dramatiquement sous-estimé groupe post-punk anglais Wire et fait de cet album l’astre noir de la discographie de Bashung. Novice marque par ailleurs le début de la collaboration avec un autre parolier d’exception, moins "désinvolte" que Bergman (mais pas forcément moins brillant), Jean Fauque. Novice redonne une crédibilité spectaculaire à Bashung dans les milieux "rock" mais ne touche pas beaucoup le grand public. Pour le premier jackpot commercial depuis Pizza, il faudra attendre deux ans et Osez Joséphine, avec lequel il est enfin à nouveau pleinement raccord avec son époque. Et même un peu en avance avec un joyau absolu comme Madame rêve, qui le fait rentrer dans le cercle assez fermé des "classiques" de la chanson française, que sa première Victoire de la Musique remportée à cette occasion confirme (les trois lauréats précédents s’appelaient Cabrel, Sardou et Bruel, c’est dire le niveau d’académisme du palmarès). ![]() Les années "Ma petite entreprise" La suite est très bien connue. L’un peu mésestimé Chatterton (au-delà de son immense nouveau tube Ma petite entreprise), qui renferme pour moi le plus beau et plus subtil vers de son œuvre ("Les ombres s’échinent à me chercher des noises"), le muticélébré Fantaisie militaire, qui lui confère littéralement un statut d’intouchable (pas volé, au demeurant), l’avant-gardiste L’Imprudence en 2002, et jusqu’à Bleu pétrole, il y a un an, pas vraiment au niveau de ses prédécesseurs mais entouré d’un climat très pesant qui a forcément influé sur sa réception : l’annonce du cancer (du poumon) de Bashung, que celui-ci ne pouvait de toute façon plus guère cacher… Cette dernière année de sa carrière et de sa vie, nous ne pouvons que l’imaginer, de loin. On suppose beaucoup de douleurs, des soirs de concert en forme de calvaire, parfois (toujours ?), probablement. On l’espère aussi la plénitude ressentie face à cet amour incroyable qu’un pays entier (et même au-delà) a pu lui renvoyer durant ces derniers mois. Un amour qu’Alain Bashung leur a rendu au centuple en ayant la force et la dignité incroyable d’honorer pratiquement jusqu’au bout ses engagements scéniques. Au-delà du caractère forcément compassé de l’exercice, il se dégageait une réelle émotion de sa dernière apparition aux dernières Victoires de la Musique, née peut-être de l’étonnement d’être passé du côté des monuments de la chanson française après avoir dû en côtoyer les bas-côtés pendant si longtemps (14 ans entre son premier 45t et son premier vrai succès). ![]() Un certain mimétisme gainsbourien... On se permettra ici d’oublier (pour y revenir plus tard ?) sa carrière d’acteur. Il est vrai qu’elle fut assez loin du niveau de sa carrière musicale, pas forcément par manque de talent, mais plutôt par une succession de choix disons hasardeux… Dire que sa disparition ne sera pas compensée est une banalité, mais aucune autre pensée profonde ne nous vient à l’instant à l’esprit. Sa plus belle chanson (aux paroles si peu radiophoniques) ? Retrouvez d'autres articles sur Alain Bashung : Alain Bashung " Bleu pétrole" Et de trois Victoires (de la musique) pour Alain Bashung !
Commentaires
De : Bornu, sans joie va déguerpis C'est là une bien triste nouvelle. Quand on regarde rapidement sa discographie et qu'on voit tant de magnifiques chansons (gaby oh gaby, vertige de l'amour, ma petite entreprise, osez joséphine, volutes, madame reve, la nuit je mens, rien que pour parler des "succès" publics) c'est à nous d'avoir le vertige. D'autant que jamais sans doute (ou alors dans les sixties, voire sa participation à la comédie musicale "la révolution française" sous la houlette des Martin Circus) il n'avait cherché à tout prix à vendre, sans parler de ses disques sous influence Suicide (le groupe) des 80's) mais rien que Chatterton par exemple et sa country vernie et gonflée à la modernité qui n'a rien d'une collection de titres en rotation lourde de radio Nostalgie. Ce qui frappe aussi, ce qui frappait depuis sans doute Osez Joséphine, c'est sa place forte dans la chanson française, son influence énorme (tant au niveau de la rigueur, de l'exigence que du travail même) au sein d'une multitude de musiciens/chanteurs (la clique Miossec, Dominique A mais aussi Rachid Taha ou Noir Desir) qui le placaient à juste titre en haut, tout en haut de la pyramide. Le disque "fantaisie militaire" est vraiment un chef d'oeuvre, au sens le plus pur du terme, mais des chansons aussi lumineuses que "Volutes" ou aussi sublimes que "Madame rêve" placent Bashung dans le clan des très grands. Il est entré dans l'histoire comme on avait pu le dire au sujet de Mitterrand à sa mort, il est vrai que "La force tranquille" est une expression qui allait bien à Bashung, du moins jusque ces derniers mois :( La version live de "Toujours sur la ligne blanche" qu'on peut écouter sur l'album compilation Climax est absolument terrifiante, sublime, bouleversante et frissonnante, il y trouvait là comme une violence vocale qu'il n'a que rarement utilisé. Sa version du "Tango funèbre" de Brel, tout en émoi inattendu chez lui (du moins depuis les envolées verbeuses des disques des années 80) revient évidemment en tête, un texte plus que jamais d'actualité sans doute dans les jours à venir. De : Bertier Terrible nouvelle en effet, je sais pas pourquoi, ça me fait pas ça quand d'autres artistes que j'aime bien meurent, tiens par exemple quand Carlos est mort, j'ai repris deux fois du Oasis mais là, je suis triste mais triste. Il y avait peut-être tellement d'humanité touchante et sincère chez lui, tellement d'amour de son métier dans sa dernière tournée dont j'aurai eu la chance de voir un concert.. Ce qu'il faut quand-même dire, c'est que cette dernière tournée ne se limitait pas à un hommage pré-posthume mi-voyeur mi-snob d'un public évenementiel, il y avait vraiment plus que ça, Bashung avait fait émergé de ses graves problèmes de santé un nouveau personnage de scène sombre, fragile et émouvant. Une mise en scène qui peut paraitre, à tort je pense, cynique, qui peut susciter un malaise, certainement, mais en dit long sur la passion de ce Monsieur pour son métier. Sa dernière sortie dont il savait probablement parfaitement que c'était la dernière aux Victoires est du même acabit (j'ai dit même acabit, pas macchabé) Sinon pour revenir à l'hommage de Mister K, dans les morceaux magnifiques, il y a aussi bêtement des reprises telles que celle de Night in white satin, celle des Mots bleus, bref, il y a de quoi faire aussi de ce côté-là. De : mr_kenyatta Absolument, sa version des "Mots bleus" n'est pas indigne de l'original, ce qui est en soi une performance considérable ! De : noodles bertier tes jeux de mots sont pourris! ouais je sais c dans l'esprit de ses chansons !! et les reprises, parlons en ! celle de leo cohen sur le dernier est bien foirée ! De : Mais ou est donc bornu car Il est vrai que ces deux reprises sur bleu pétrole étaient au mieux sympathiques au pire bof bof. Cela ne suffit pas toutefois à relativiser son talent pour cet exercice, puisqu'on peut par exemple y rajouter sa version du Sud de Nino Ferrer (sur le disque on dirait Nino) et d'autres encore De : Bertier La version de Suzanne sur Bleu Pétrole est effectivement assez nulle. Mes jeux de mots pourris ou plutôt mon jeu de mot pourri, c'est un hommage à Boris Bergman effectivement. L'apogée de son oeuvre résidant sans doute dans l'inqualifiable "Tu touches pas à mon pote" ("on est jamais à l'abri d'une piqure de meringue", c'est une phrase qui continue à me donner des frissons d'angoisse) De : mr_kenyatta Il faut s'attendre (dans les mois qui viennent ?) à la sortie d'un dernier album posthume, probablement inabouti. Mais ça n'est pas n'importe quel projet puisque Bashung avait enregistré, pour un spectacle du chorégraphe Jean-Claude Gallotta, sa propre version de "L'Homme à tête de chou" de son "maître" Gainsbourg ! L'album n'existe qu'à l'état de maquette mais celle-ci étant, selon Gallotta, "magnifique", nul doute qu'elle devrait être exploitée... Insérer un commentaire : |
