Avec ce prénom partagé, l’auteur et l’illustratrice font presque figure de sœurs siamoises tant l’adéquation de leur travail est parfaite pour cet ouvrage. Petit bijou bizarroïde présenté comme une nouveauté, « Quatre cœurs imparfaits » n’est pourtant pas inédit, du moins pour ce qui est du texte dont une première version avait été publiée dans Télérama en 2006. Cela dit, sa version illustrée telle qu’elle est publiée aujourd’hui donne un joli petit livre broché à la couverture anthracite, dont la lecture procure un sentiment régressif et troublant.

Les lecteurs de « Ce que je sais de Vera Candida » retrouveront cette veine très appréciée de l’écriture de Véronique Ovaldé, son goût pour les récits tragico-mystiques où transparaissent une violence et une sensualité déguisées. Proche de l’univers des contes, c’est une histoire de femmes maudites, chacune étant prisonnière de son étiquette. Il y est question de générations, de transmission, d’amour, de rêve et de malheur. Avec un trait noir, délicat et ciselé, Véronique Dorey met habilement l’accent sur le malaise ou l’ambiguïté, relayant le texte dans ses aspects les plus troubles.

Il fallait bien deux talents solides pour porter ce récit très court et elliptique qui pourra décevoir par sa fin rapide et abrupte. C’est justement ce qui limitera la tentation de classer ce minuscule diamant noir parmi les opportunistes de fin d’année… On aurait tout de même volontiers ajouté quelques dizaines de pages à cette nouvelle illustrée, qui avait pourtant le potentiel d’un véritable roman graphique.

Paru le 07/10/15 aux Editions Thierry Magnier

quatre-coeurs-imparfaits-illustration-veronique-dorey(c) Véronique Dorey

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