La Huitième Vie de Nino Haratischwili est sortie lors de la rentrée littéraire de janvier 2017 et est pour ainsi dire passée complètement inaperçue.

C’est l’histoire de la famille Iachi que l’on va suivre à travers tout le 20ème siècle de Tbilissi (anciennement Tiflis) à Moscou en passant par Berlin et Vienne. Le fondateur de la lignée Iachi est le créateur du meilleur chocolat de Géorgie. Pour faire dans le cliché simpliste et en exagérant vous avez entre les mains le Guerre et Paix du XXème siècle, comme à chaque fois qu’un roman historique Russe atteint les 900 ou 1000 pages. Cependant on ne peut pas parler de roman Russe mais plus exactement de roman Caucasien, entre Mer Noire et Mer Caspienne.

La petite histoire va se mêler à la grande, de la Révolution de 1917, aux purges Staliniennes en passant par la Grande Guerre Patriotique ( la Seconde Guerre Mondiale pour les Russes), à la Déstalinisation… jusqu’à la chute de l’URSS et l’indépendance de la Géorgie. La Famille Iachi va côtoyer un des deux plus célèbres Géorgiens, Lavrenti Béria (qui n’est jamais nommé dans le roman, tout comme l’autre Géorgien célèbre, Staline) l’âme damnée du système de répression du pays. Béria qui envoya à la mort plusieurs millions de Soviétiques et qui le soir partait à la recherche de jeunes filles pour assouvir ses instincts de prédateur sexuel.

Un roman ou l’on voit la vie en URSS de l’intérieur, avec les membres de la Nomenklatura qui profitent du système, les marginaux en marge de la société, les petites gens qui tentent de survivre dans ce maelstrom qui secoua les individus et les familles, sans parler des ravages de l’alcool. Un roman ou la psychologie des personnages est particulièrement travaillée et fouillée. Et à l’auteure saura éviter l’écueil du mélo et du larmoyant.

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Nino Haratischwili( qui contrairement à ce que l’on pourrait croire est une femme), d’une plume fluide, alerte et sans chichi( ce qui ne veut pas dire manque de style) va au fil des pages nous faire aimer cette famille, enfin presque toute la famille( on ne va pas dévoiler toute l’histoire).

Un roman à réserver aux amateurs de grande saga familiale et si en plus vous aimez l’histoire de l’URSS, ce roman est fait pour vous.

Mais si dans votre vie vous ne lisez qu’une saga familiale sur l’URSS, il faut vous tourner vers le chef d’oeuvre de Vassili Axionov, Une saga Moscovite qui raconte la vie de la famille Gradov ( médecin de père en fils) sous le régime Stalinien. Un roman qui a du souffle, du style, l’écriture est sublime et brillante, en résumé une œuvre majeure de la littérature Russe du XXème siècle. L’âme Russe suinte à travers les pages du roman, notamment la résignation. La question n’était pas de savoir si on allait se faire arrêter mais plutôt quand on allait se faire arrêter. Et l’auteur connaît tout particulièrement bien son sujet puisqu’il fut très jeune séparé de ses parents, expédiés au fin fond de l’Extrême-Orient Sibérien dans l’enfer concentrationnaire de la Kolyma.

Sa mère, Evguenia Guinzbourg, en a d’ailleurs tiré une autobiographie bouleversante (en deux tomes, Le Vertige suivi du Ciel de la Kolyma).

LA HUITIÈME VIE de NINO HARATISCHWILI
TRADUIT DE L’ALLEMAND PAR BARBARA FONTAINE ET MONIQUE RIVAL
LITTÉRATURE / FICTION – EDITIONS PIRANHA
PARUTION : 19 JANVIER 2017

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