Lewis Trondheim "Désoeuvré"

J’aime bien la BD. Je ne suis pas un grand connaisseur de cet art mais certains de ses auteurs me suivent dans ma vie de tous les jours. Certains depuis mon enfance : Gotlib, Franquin, Greg, F’Murr et bien sur Hergé. D’autres sont arrivés plus tard comme Frank Miller, Bill Watterson, Mandryka et beaucoup d’autres dont les noms m’échappent au moment où j’écris ces quelques lignes. Plus récemment, il y a environ 3-4 ans j’ai découvert dans la nouvelle génération Lewis Trondheim, rien d’exceptionnel il était déjà très connu à l’époque. J’ai été très rapidement séduit par son style graphique et sa manière d’écrire, me sentant souvent proche de ses préoccupations. Car étant malheureusement un bien piètre lecteur de littérature , et je le regrette énormément (c’est surement d’ailleurs à cause de ça que je n’écris pas très bien, et j’en suis fort désolé au vu de la qualité de l’écriture de mes camarades sur ce site!), il n’est pas rare, qu’en plus du cinéma, ce soit chez certains auteurs de BD que je trouve le meilleur écho à mes questionnements…
Il y a quelques temps j’ai voulu me plonger un peu plus dans l’univers de Lewis Trodheim, mais mon salaire ne me permet pas de couvrir l’œuvre pléthorique du papa de Lapinot, j’ai demandé à un ami, spécialiste en BD, de me dire les ouvrages les plus importants à acheter (hors ceux qui ornent déjà ma modeste BDthèque). Dans les titres qu’il m’indique il y en a un qu’il me conseille particulièrement. Il s’agit de Désoeuvré, un titre dont nous avions déjà parlé ensemble alors que nous étions tous les deux en pleine réflexion sur nos vies professionnelles… Et c’est ce dont parle ce livre.
Lewis Trondheim a décidé à un moment de s’arrêter de faire de la BD de peur de se redire, de se trahir… Il en est sorti ce livre dans lequel il interroge sur « Le problème du vieillissement de l’auteur de bande dessinée ». Au cours des pages (elles ne sont pas numérotées…) qui constituent cette ouvrage on rencontre une grande partie des grands noms de la BD. Certains, amis ou confrères de Trondheim, sont présents « physiquement » (Sfar, Ptiluc, Moebius, David B., Gotlib…), d’autres hantent toutes les pages (Franquin, Hergé…). Trondheim ne réponds pas évidemment à une question aussi complexe, ce n’est pas un critique et ils n’osent pas parler du « déclin » de certains auteurs même si il le sous entend par moment. Par contre il parle beaucoup de dépression, de suicide et de perte d’envie… Tout en séparant bien les époques. Hier les auteurs peu reconnus. Aujourd’hui les auteurs surmédiatisés. Et donc forcément même si les questionnements peuvent se ressembler le chemin qu’ils empruntent n’est pas le même. Et au-delà des artistes de BD, est-ce que tous les artistes finissent par se répéter ? Est-ce qu’un artiste médiatisé a plus de chance de rester dans la même trajectoire de peur de surprendre et donc de perdre un public acquis ?
C’est un ouvrage passionnant, très drôle (qui manie beaucoup l’auto dérision), et qui parle très bien de ce moment où on se demande quel chemin on veut réellement suivre dans notre existence. C’est toujours magique quand un auteur essaye de répondre à une angoisse au départ personnel et qu’il réussit à toucher le lecteur (et ici en l’occurrence ben c’est moi …) dans ses propres questionnements.
Il y a une très belle phrase de Art Spiegelman que rapporte Johan Sfar à Lewis Trondheim « Il dit que ce qui le sauve de la sclérose, c’est qu’il n’a pas la mémoire des livres qu’il a fait avant. Pour chaque nouveau livre, il doit apprendre à dessiner spécifiquement pour ce livre. Il dit que la différence entre nous et lui, c’est que nous on écrit comme on dessine. Lui, il ne dessine jamais hors de ses BD, Nous, on ne réfléchit pas à notre dessin. ». Un très beau livre d’une grande sincérité, que ce soit dans son immodestie ou dans ses angoisses.

Désoeuvré – Lewis Trondheim
Edition L’Association

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