dimanche
De pointillés en clair-oscur, Jon McNaught excelle dans l’art de transcender l’atmosphère d’un lotissement de banlieue. A travers deux personnages désœuvrés observant le quartier depuis le toit d’une maison, il se détourne non sans malice de l’ennui monotone et conformiste vers la contemplation d’un quotidien certes immuable, mais par là propice à la rêverie. « Dimanche » revisite la bande-dessinée sans suivre la mouvance du roman graphique car, onomatopées à l’honneur, l’auteur rend hommage à l’essence-même du genre. Toutefois, par ses cases muettes, son trait doucement mélancolique et son format poche, c’est plutôt du côté des recueils de poésie qu’il faut lui trouver une parenté d’humeur.Le lecteur averti aura vite fait de fredonner l’air de « Little boxes » (Malvina Reynolds – générique de Weeds), inspiré par cette zone résidentielle où toutes les maisons se ressemblent, bordées des mêmes clôtures. Mais il faudra faire silence pour prêter l’oreille aux rumeurs de la vie moderne et aux sonorités naturelles que Jon McNaught met en relief et fait cohabiter dans ces quelques pages. Des bip bip d’un jeu électronique aux cuip cuip des oiseaux, il n’y a qu’un pas, ignorant les vroum des moteurs, les bribes de sitcom qui s’échappent d’une fenêtre ou la rengaine d’un transistor. Jouant avec les ombres du jour qui s’écoule, il propose une certitude : l’immensité du ciel face à l’apesanteur et la finitude du terrain, joliment doublée de l’ambiguïté du dimanche, morose répétition et à la fois parenthèse de calme.

Tout en teintes bleu-gris et saumon, « Dimanche » s’étire vers les nuages dans un éternel recommencement tâchant de réconcilier l’homme avec la nature, qu’il n’aura jamais tout à fait apprivoisée et qu’il devra préserver pour pouvoir la contempler. A cet effet, Jon McNaught y annexe « Quatre guides nature » d’une page chacun, recensant les espèces animales que l’on peut apercevoir en ville, chacune représentée dans des vignettes qui portent l’empreinte humaine.

Charmant et incontournable, « Dimanche » est un petit album à mettre entre les mains de tous ceux qui s’autorisent à rêver, petits et grands.

 

Paru aux Editions Nobrow.

A propos de Sarah DESPOISSE

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