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Et si la mer était bleue : tout ce que l’on attend d’un roman pour jeune lecteur (à partir de 7 ans).

Ce roman est surprenant. Surprenant par la qualité de son écriture et son style. Les phrases sont courtes, avec un emploi important de verbes d’action qui rythme la lecture. Pas de digressions, pas de bavardages, juste des mots choisis et des phrases qui filent, sans aucune lourdeur, ici la langue ne sert pas « à faire joli » mais à dire le réel. Dès la première page, on plonge dans l’histoire de ce garçon qui porte un cartable trop lourd, qui s’arrête, hésite, puis repart. Que fait-il ? Où va-t-il ? A quoi penses-t-il ? Il est rare qu’au bout de dix lignes, le lecteur soit déjà totalement immergée dans la vie d’un personnage, se représentant le milieu qui l’entoure, son apparence, sa matérialité. Alex vit en bord de mer et, pour se rendre à l’école, longe l’océan, il s’arrête pour le regarder puis descend sur la plage et décide de faire l’école buissonnière. A la fin du chapitre, plutôt que de rester avec ce personnage, le lecteur saute dans une autre vie, celle d’une fillette mais également dans un autre espace-temps, un autre réel. Néanmoins, les vies et les mondes de nos 2 personnages semblent liés, si bien qu’on se surprend à se demander où est la réalité et où est le rêve. Les chapitres dialoguent entre eux et nous font ainsi passer d’un imaginaire à l’autre, d’un personnage à l’autre, le garçon et la fille se répondant par rêve interposé. L’utilisation de ce procédé fait la richesse et l’intérêt du livre, on se surprend à jouer à ce jeu et à se dire qu’enfant on aurait adoré passer ainsi d’un monde à l’autre. De plus, l’emploi limité des dialogues permet au lecteur de se concentrer sur les personnages et de lui faire vivre et ressentir très vite la vie intérieure de ces enfants.

Ajoutons que le travail de l’éditeur sur l’objet-livre est remarquable. Le lecteur tient entre ses mains un ouvrage de petit format, très maniable, d’une quarantaine de pages. La police de caractères est parfaitement adaptée aux jeunes lecteurs, la taille des lettres et la mise en page aérée donnent un réel confort de lecture. Ce sont des qualités, et non des moindres, lorsqu’on s’adresse aux enfants qui commencent à lire. On guettera donc avec attention les prochains titres de cette collection intitulée Petite poche.

Percevoir dans un roman si court l’intériorité d’un enfant et sa vie imaginaire, riche et débordante, est rare. Et enthousiasmant. La lecture de ce livre, même pour un adulte, fait pousser un soupir de contentement, le contentement du lecteur avide de mots, d’histoires et de personnages. Avec Et si la mer était bleue, une leçon de littérature nous est donnée, tout simplement.

 

Éditions Thierry Magnier, collection Petite Poche.

A propos de Sabine VERRONNEAU

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