Rome-Brule

Giancarlo De Cataldo, Carlo Bonini – « Rome brûle »

Des siècles après l’incendie de Rome, sous le règne de Néron, Giancarlo De Cataldo et Carlo Bonini reprennent à leur compte l’idée apocalyptique d’un embrasement de la capitale italienne. La suite de Subbura, écrite également à quatre mains et sortie en 2015, n’augure pas une accalmie dans le déchaînement de violence et de criminalité. Le titre annonciateur, Rome brûle, indique plutôt un paroxysme dans l’intensité des luttes pour le contrôle du pouvoir romain.

La condamnation de Samouraï à la fin du précédent roman laissait penser à l’arrivée d’une nouvelle ère sur la ville. Le gérant des affaires, Sebastiano, méthodique et scrupuleux dans la bonne marche des affaires de Samouraï, suivait à la lettre ses consignes. Il faisait respecter son autorité sur toutes les possibles dissidences. Malheureusement pour lui, des événements vont venir troubler le cours des choses.

Dans Subbura, le pouvoir politique apparaît corrompu et largement sous influence de la mafia. Il est l’auxiliaire le plus zélé dans les sphères de décision. Dans ce nouveau roman, les instances politiques et religieuses, à savoir le Vatican, ont l’intention d’enterrer l’ancienne méthode. A travers un gigantesque projet porté par le pape, le Jubilé autour de la miséricorde de Dieu, le maire, Martin Giordano, saisit l’occasion pour purger les coulisses de la municipalité. Il veut mettre un terme à l’influence de la mafia, profitant de sa position pour favoriser ses entreprises et ses intérêts. Pour mener à bien ce projet, il le confie à Adriano Polimeni. Ce dernier est un historique du parti. Depuis des années, il persiste dans ses convictions malgré le brouillage idéologique. « Le parti avait changé de nom, de peau, d’identité. Tout s’était embrouillé. Tout. Aucune chirurgie esthétique ne lui avait été épargnée en matière de politique. Mais, pour quelque étrange raison, son temps n’était jamais venu. » Débarrassé d’ambitions politiques, il porte son projet avec toute l’éthique qui lui sied au corps. Il traîne sa mélancolie dans les quartiers romains restés populaires et en voie de disparition.

De l’autre coté, Fabio, un mafieux ambitieux manifeste son ambition et sa volonté de détrôner les tenants du pouvoir. Il rallie dans sa cause tous les clans pour contrer Sebastiano. Pour la première fois, Sebastiano se trouve acculé. Il doit réagir pour montrer à la fois sa capacité mais également pour montrer son autonomie vis-à-vis de Samourai.

Au cœur de cette lutte, une femme va être l’objet de toutes les convoitises et à l’origine des manigances : Chiara Visone. Attirante, séductrice, son charme opère sur tous les hommes comme un poison inoculé. Au-delà des enjeux matériels, elle va se retrouver à la confluence des désirs.

Rome va s’embraser en réaction aux nouvelles positions de la municipalité. A une crise furtive dans les arcanes de la société romaine va succéder une explosion sociale et politique. Comme Subbura, ce roman flirte avec la réalité. Une curieuse sensation étreint le lecteur. Où est le curseur entre la réalité et la fiction ? Tous les faits semblent, non pas extraordinaires, mais possibles. La fiction est l’antichambre de la déréliction du pouvoir aux mains d’intérêts privés et, pour le coup, mafieux. Rome brûle est, peut-être mieux, structuré que Subbura. L’écriture des deux auteurs maintient un suspense étouffant, mêlé à des rebondissements imprévisibles. Les alliances entre les protagonistes se font et se défont au gré des circonstances.Une nouvelle fois, la collaboration des ces deux auteurs (qui ne sont pas écrivains initialement ; l’un est journaliste, l’autre magistrat) constitue une réussite littéraire. Dans le prolongement de leurs œuvres, ils signent un excellent polar.

Rome brule

Giancarlo De Cataldo et Carlo Bonini

Éditions Metailie.

A propos de Julien CASSEFIERES

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