Christian Oster – "Trois hommes seuls"

 "Marie invite un homme, le narrateur, qu’elle a côtoyé deux ans plus tôt, à venir la voir en Corse. Il part la rejoindre en compagnie de son ami Marc, qu’il connaît depuis trois semaines, et d’un troisième homme, que Marc a invité." Voici résumé succinctement le nouveau roman de Christian Oster, auteur d’une œuvre très personnelle (déjà moins cela dit à la lumière des Editions de Minuit qui l’héberge) dans laquelle l’introspection est comme maladive et le fil de la pensée toujours sinueux et méandreux. C’est le romancier des silences éloquents, des silhouettes de papier qui soudainement deviennent de chair et de (coup de) sang, l’écrivain de l’émotion en mode indirect.

Ce nouveau livre ne détonne en rien dans la droite lignée des précédents, il s’avère néanmoins un peu moins captivant que "Sur la dune", ouvrage publié en 2007. Les personnages chez Oster étonnent toujours par leur incapacité manifeste à évoluer spontanément dans le monde, par les mille questions qu’ils se posent au fil des pages mais aussi par la soudaineté du geste et le caractère implacable des décisions qu’ils finissent néanmoins par prendre, un peu comme si mille précautions étaient à prendre avant d’agir rapidement et efficacement. Les mouvements y sont toujours à angle droit, sans inclinaisons courbées ou digressions fuyantes et les personnages aussi attachants qu’horripilants.

Une atmosphère à rapprocher de celle des premiers livres de Jean-Philippe Toussaint, l’ironie en moins mais le romanesque en plus. Livre peut-être pas emblématique de cette imposante et fascinante œuvre mais un livre qui sait émouvoir sur la fin comme par surprise malgré les tics d’écritures et le sentiment de redite dans "l’intrigue". C’est là tout le talent d’Oster de nous fasciner avec trois fois rien comme toujours, voilà un auteur qui a fait de très grands livres et puis des simplement bons livres dont celui-ci. Un bon client en tous les cas.

A propos de Bruno Piszorowicz

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