Pierrick Starsky & Rica – « Chronique(s) de nulle part »

Pierrick Starsky est un type bien occupé. Il est en effet le fondateur, avec deux autres personnes, de l’hallucinante revue AAARG !, aujourd’hui trimestrielle, demain mensuelle. Prônant une volonté de diffuser largement une « culture à la masse », la revue propose de la bédé souvent déglinguée, des nouvelles, des dossiers, bref une foultitude de bonnes choses, dans une sorte de fanzinat (lieu où l’on trouve souvent les succès mainstream de demain) à l’esprit aussi libre mais à la forme plus léchée. Ainsi, lorsqu’un auteur annonce qu’il ne publiera pas ses planches dans l’un des numéros de la revue, Pierrick Starsky, n’écoutant que son courage, s’accoquine avec le dessinateur Rica et propose le premier épisode de ce qui deviendra Chronique(s) de nulle part.

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image2Publié par les éditions AAARG ! (on n’est jamais mieux servi que par soi-même), Chronique(s) de nulle part colle aux basques d’un ex-taulard en mal de vengeance, d’une joggeuse qui court pour tenter de laver les souillures de son viol, d’un vieux journaliste d’investigation putassière qui commence sérieusement à saturer, d’une jeune femme qui ressemble à Jean Seberg, de plusieurs gamins, d’un flic passablement dégueulasse et d’un clochard très bavard. Les trajectoires de vie de chacun des personnages vont finir par se croiser, s’imbriquer, se percuter. Sur un ton profondément mélancolique, les deux auteurs racontent des morceaux de vie fatiguée, voire brisée, qui finissent par se rejoindre autour d’un acte violent, seule possibilité finalement pour retrouver un peu de sérénité et ainsi, peut-être, reconstruire quelque chose.
Paru initialement en noir et blanc dans la revue AAARG !, Chronique(s) de nulle part a été colorisé par Guillaume Tocco pour sa sortie en album. Le choix des couleurs, dans les tons principalement ocres, fait écho à la tristesse et la souffrance qui traversent l’album et donne une grande cohérence à ce collage de destins, à ce puzzle de vies qui finit par faire sens. On ressort de cet album âpre avec cette vision poisseuse de la vie qu’un Léo Malet a réussi à magnifiquement décrire dans sa trilogie noire, à l’aide d’une écriture sèche que Pierrick Starsky retrouve avec intelligence et finesse, évitant ainsi un pathos destructeur. Chapeau.

Publié le 22/10/2015 aux Editions AAARG !

 

A propos de Marc BOUSQUET

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