Antoine Dole – "A copier 100 fois"

Avec «A copier 100 fois», Antoine Dole signe un livre sensible et aborde une problématique qui avait encore assez peu trouvé sa place dans les rayons «jeunesse» de nos librairies. Ce n’est pas la première fois que l’écrivain élargit ce territoire et bouscule les étiquettes. Son premier roman «Je reviens de mourir» (publié en 2008, déjà aux Editions Sarbacane) avait suscité une vive polémique : roman sombre qui mettait en scène et en question suicide, incommunication et violence sexuelle chez les adolescents, ce livre avait été basculé en section «adulte» dans la plupart des librairies et des bibliothèques quand il n’en avait pas été simplement retiré. Il avait fait l’objet d’une critique incendiaire de la part d’un chroniqueur de la revue Citrouille. On trouvera ICI un rappel des faits, un lien vers l’article en question et la lumineuse réponse que l’éditeur avait publié sur ce site.
 
Certes, le dernier livre d’Antoine Dole, dont il est question dans ces lignes, prête nettement moins le flanc à de tels risques de censure. En abordant la question de l’homosexualité adolescente, des aléas de sa reconnaissance au sein du cadre familial (qui se résume en l’occurrence ici à la figure du père) mais aussi de son auto-reconnaissance, il aborde toutefois un sujet peu traité et que d’aucuns trouveront délicat. Un sujet qui mérite sans doute une certaine attention si l’on considère le regain actuel d’homophobie dans notre société et les réflexions encore à vif sur ce qu’est ou n’est pas – doit ou ne doit pas être une «famille».
Le narrateur de «A copier 100 fois» cherche un chemin vers un père qui ne l’entend pas. Il se fait régulièrement casser la gueule et traiter de «tafiote» par les fiers-à-bras de son collège. Ostracisé et malmené, il ne parvient pas à recourir aux seules armes légitimes qui lui sont paternellement proposées, pour ne pas dire imposées : se défendre, rendre coup pour coup, ne pas se laisser faire.

«Papa m’a dit cent fois d’être un homme, et d’agir comme un homme. Oui mais papa, lequel ? Je veux pas être comme Vincent, n’être fait que de cris, de bruit et de colère. Pourquoi tu m’apprends pas les mots, plutôt ? Les mots qui soulagent, les mots qui apaisent, je voudrais avoir les mots qui soignent, ceux qui ne laissent pas seul.»
Ce récit est simple, vif, à la fois brut et pudique. Ecrit à la première personne, il comprend également de courts dialogues ainsi que des passages en italique qui signalent les apostrophes au père. Une parole le plus souvent silencieuse, qui résonne comme un appel. Antoine Dole nous fait également habilement ressentir la difficulté que le narrateur éprouve à apprivoiser et formuler sa propre homosexualité face à l’identité extérieure que son père (incapable de se décentrer par rapport à sa propre sensibilité et à ses propres schémas) voudrait lui faire endosser.
Au-delà de la question des préférences sexuelles, ce petit livre pose celle, plus large, de la tolérance envers ce qui nous échappe, nous trouble, s’écarte de nos représentations ou ébranle nos valeurs. Et il nous rappelle aussi que la famille, quelle que soit la forme qu’elle prenne, peut parfois devenir une machine à broyer ceux qui devraient pourtant n’y trouver qu’un milieu favorable pour devenir eux-mêmes.
Au final, c’est sans doute au rayon «parents» que le roman d’Antoine Dole mériterait d’être rangé.

Paru le 02/01/13 aux Editions Sarbacane

(blog personnel de l’auteur de cet article : La marche aux pages)

 

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