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Anthony Doerr – "Le mur de mémoire"

Fascinant et passionnant –
Vecteur d’Histoire, précieuse ressource, globalité éphémère ou facteur existentiel, la mémoire est le thème fascinant de ce recueil de nouvelles. Anthony Doerr dit que « c’est à la mémoire que l’on doit tout ce qui nous caractérise ». A partir de là, il tire un traitement du sujet à la fois vaste dans ses sources d’inspiration et très concentré sur le besoin de mémoire de chaque individu venant recouper une nouvelle après l’autre : « nous enterrons notre enfance ça et là. Elle attend, toute notre vie, que nous revenions l’exhumer ».Parfaitement dosée entre le fond et la forme, l’atypique et l’ordinaire, son écriture parvient à toucher rapidement le lecteur sans jouer sur la démultiplication du propos. Les six nouvelles recèlent une finesse propre à chacune et une intensité quasiment semblable. Avec elles, on voyage de l’Afrique du Sud aux Etats-Unis, en Asie, en Allemagne, en Lituanie. Dans chacun de ces pays, un ou plusieurs personnages incarnent ce besoin de mémoire : une femme atteinte de la maladie d’Alzheimer, un chasseur de fossiles, un couple qui essaie d’avoir un enfant, un fils à l’étranger qui écrit à ses parents, une femme qui ne parvient pas à quitter son village, une orpheline qui change de pays, une femme juive en fin de vie…

Il y a une beauté particulière dans ces textes, qui tient du talent de l’auteur à mettre en relief ce qu’on pourrait nommer l’ambiguïté du souvenir : quelque chose de très personnel et de subjectif, mais aussi un enjeu de transmission voire de communication : « toutes les heures, partout sur la planète, des quantités infinies de souvenirs disparaissent, des atlas entiers sont entrainés dans des tombes ». Du lien familial à la société toute entière, la mémoire est présentée comme un bien précieux et un besoin vital, un gage d’humanité. Avec autant de pragmatisme que de poésie, Anthony Doerr intéresse, séduit et passionne : « la voix du sang chuchote à travers les années » / « elle a toujours entendu ça en mars ». Sans jamais frôler la sociologie, il fait preuve d’une maîtrise confirmée de la fiction, qui donne profondément envie d’en lire davantage.

Paru le 30/01/13 aux Editions Albin Michel.

Traduit de l’américain par Valérie Malfoy.

A propos de Sarah DESPOISSE

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