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Sortie de « The Assassin » de Hou Hsiao-Hsien en DVD et Blu-Ray chez Ad Vitam

Plusieurs visions sont nécessaires pour s’imprégner de toute la beauté de The Assassin, nouveau chef d’oeuvre de Hou Hsiao-Hsien et peut-être le plus beau film de 2016 (Voir la critique de Jean-Nicolas, ici) .  Certes les fans du Wu xia pan pur et dur habitués aux Shaw Brothers ont été désappointés par une oeuvre qui fait intervenir l’action plus encore dans son attente que dans sa concrétisation, et dans laquelle l’immobilité donne un sens au geste qui la suit, mais le lettré Hou Hsiao-Hsien parvient à métamorphoser The Assassin en poésie contemplative qui arrête le temps et nous fait ressentir l’intensité d’une regard, la moindre respiration.

Avec The Assassin, le cinéaste crée l’image-calligraphie, qui scrute les paysages et les êtres. Il poursuit sa quête d’un cinéma exigeant qui guette l’offrande de la lumière, ou le murmure du vent.

Outre la beauté du transfert, l’édition propose des bonus intéressants.  Jacques Mandelbaum, dans sa longue préface, ne tarit pas d’éloges sur le génie  de Hou Hsiao-Hsien évoquant combien c’est sa modernité même qui peut le rendre difficile d’accès, comme en témoigne son accueil partagé à Cannes.

Le making of et l’interview du cinéaste constituent quant à eux de parfaits compléments visuels au passionnant journal de bord de Hsieh Haig Meng, « Nuages mouvants » (Edition « L’asiathèque », domaine cinéma). On y comprend mieux la méthode Hou Hsiao-Hsien, ses exigences. Il y explique notamment sa tradition du plan séquence qui ajouté à son refus de faire répéter les acteurs leur permet de s’installer progressivement dans l’action, tandis que la caméra tourne : ainsi, le cinéaste saisit-il au vol les expressions les plus fugitives, ou la prononciation d’une phrase de façon spécifique – y compris dans sa maladresse – immortalisant un instant si difficile à enregistrer. De la même manière, on entrevoit combien son cinéma est un cinéma de l’attente dans sa conception même, lui qui guette au sein du paysage le moment de lumière adéquat, la seconde parfaite où le reflet viendra s’installer au bon endroit. Le perfectionnisme de Hou Hsiao-Hsien aboutit peut-être le plus beau compliment qu’on puisse faire à un cinéaste : celui de saisir au vol le mouvement de la vie dans son essence la plus éphémère. Un livret contient également l’histoire de Nie Yinniang par Pei Xing (IXe siècle), nouvelle ayant inspiré le scénario du film (12 pages). Une édition indispensable, donc pour  mesurer toute l’ampleur de The Assassin.

DVD et blu-ray édités par Ad Vitam. (Sortie le 24 Août).

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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