Dans la foulée de la première saison et de l’édition de plusieurs coffrets d’épisodes inédits l’année passée, Elephant propose depuis le 23 novembre dernier la saison 2 d’Alfred Hitchcock presents, composée de 39 épisodes de 24 minutes.

Hitchcock crée cette série pour CBS en 1955 et elle comprendra cinq saisons ( auxquelles s’ajouteront deux saisons supplémentaires pour NBC ). S’il est ici un peu moins présent derrière la camera, il signe néanmoins les célèbres Le secret de M. Blanchard ou Incident de parcours. Chaque intrigue policière ( bouclée ) est agrémentée de présentations – écrites tout spécialement par le dramaturge et auteur à succès pour la télévision américaine, James Allardice – où le maître du suspense joue brillamment avec son image, ce qui ajoute un petit côté comique des plus jubilatoires que confirme l’épilogue clôturant ces fables noirissimes par une morale sarcastique.

Dans la lignée d’un Twilight Zone ( qui sortira 4 ans plus tard ), le ton est en décalage avec une réalité sociologique cruelle où se débattent des gens ordinaires, propres à susciter l’empathie du spectateur. Chacune de ces histoires, adaptée d’une nouvelle, est un bijou d’écriture, rythmé par les péripéties et au twist souvent inattendu. On y brasse les thématiques chères au réalisateur, comme celles du fuyard traqué (The dangerous people, A little sleep ), du faux coupable ( Jour de pluie ), des cadavres encombrants ( Incident de parcours, Nightmare in 4D ), du voyeurisme ( Le secret de M. Blanchard ) et comme toujours, des crimes machiavéliques en tous genres ( Martha Mason movie star, Vicious circle, The end of indian summer…) visant le plus souvent à atomiser ce couple honni par Hitch, dans le but avoué de faire s’encanailler la sacro-sainte famille américaine suspendue à son poste de télévision.

Les parallèles avec la carrière cinématographique de sir Alfred sont ici évidents, tant les épisodes semblent servir de laboratoires ou de séquences expansées ( voir à ce titre la conférence de Jean-François Rauger à la Cinémathèque en 2011 ) où l’on retrouve l’atmosphère de ses longs-métrages de la période et ce jusqu’à Psychose. Mais à la fois singulière et ambitieuse, la série ne fut pas seulement une véritable révolution dans l’univers télévisuel, tranchant radicalement avec le tout venant de l’époque ( Johnny Staccato, Les aventures de Superman, Zorro, Maverick, Fury…). Elle est aussi un point d’orgue dans la carrière d’un artiste de génie qui, au sommet de sa popularité, s’impose comme un pilier d’un médium auparavant considéré comme l’expression d’une sous-culture industrielle.

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Le livret fourni avec cette édition renseigne sur les fiches techniques et synopsis de tous les épisodes. Après avoir mis le pied à l’étrier à de futurs grands du nouvel Hollywood (Altman, Pollack…) dans la saison 1, il travaille pour cette seconde livraison avec d’honnêtes artisans issus du petit écran ( Robert Stevens, James Neilson, réalisateur du Survivant des monts lointains ) ou encore avec l’acteur passé à la mise en scène Paul Henreid. Comme toujours, le casting mélange lui aussi les seconds couteaux légendaires ( Henry Silva, Claude Rains ) aux jeunes en vogue ( Rip Torn, Corey Allen, Barbara Baxley, Dick York…). Coté bonus, Elephant propose toujours une présentation d’Alain Carrazé et une longue analyse de Jean-Francois Rauger ( auteur de l’excellent L’oeil domestique, Alfred Hiitchcock et la télévision chez Rouge profond ) de l’épisode Le secret de monsieur Blanchard.

Condensant toute la maîtrise et la folie de son auteur, cette deuxième salve de la série Alfred Hitchcock presents s’avère donc indispensable aux fans comme aux néophytes. Juste de quoi attendre les saisons 3 et 4 qui sortiront dans un mois…

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A propos de Aïssa Deghilage

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