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Culturopoing se devait d’être à nouveau partenaire avec les Journées Cinématographiques Dionysiennes, qui se tiendront à Saint-Denis du 3 au 9 février 2016 et qui, pour leur 16e édition n’auront peut être jamais été aussi en phase avec notre époque. A l’heure du chaos, de la revendication de la liberté d’expression à tout prix, du sang versé au nom de spiritualités usurpées, quoi de plus contemporain qu’un festival dont le titre est, CENSURES, en lettres capitales, se détachant sur une affiche au graphisme à la Saul Bass, où la paire de ciseaux marque de sa violence son désir de couper, de bâillonner l’Art. Ce thème apparaît donc comme un engagement indispensable, de faire entendre sa voix, d’ouvrir le dialogue.

La programmation aspire à couvrir toutes les censures, celles du passé et, toutes aussi violentes, celles en vigueur ; celles des pouvoirs dictatoriaux ou des dictatures de l’esprit qui tentent de s’imposer avec des associations aussi navrantes que Promouvoir qui contredisent l’idée même de pensée, sous couvert de morale catholique.

Voyage dans l’histoire et à travers le monde, « Censures » nous permet à la fois de nous ranimer notre mémoire et de prendre conscience de l’état du monde. Nous parcourrons le temps et la terre, prenant à nouveau conscience d’une culture vécue comme un combat, intime ou collectif.

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Un hommage à René Vautier rappelle l’extraordinaire travail de ce cinéaste dont la filmographie engagée confine à l’actes de foi, qu’il traite des mineurs assassinés pendant les grèves de 1948, des affrontements brestois avec la mort d’Edouard Mazé ou de la guerre d’Algérie. Un cinéaste qui paya de sa personne en étant lui-même inculpé, incarcéré … et interdit.

De même, il était inévitable d’évoquer le cinéma soviétique avec notamment la projection de L’Ascension de Larissa Chepitko, Parmi les pierres grises de Kira Mouratova, Il était une fois un merle chanteur et Chantrapas d’Otar Iosseliani ou La Vérification d’Alexeï Guerman.

La perversité de la censure tient à sa diversité : elle touche à la politique comme au sexe ou à la violence, parfois aux trois dans la même oeuvre. L’exploration se poursuivra donc au Japon, où L’Empire des sens n’est jamais sorti en version intégrale, compte-tenu de l’interdiction de représentation des parties génitales à l’écran. Stéphane du Mesnildot présentera donc un Kōji Wakamatsu (Quand l’Embryon part braconner) et Shūji Terayama (L’empereur Tomato-Ketchup).

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Un détour vers le cinéma de Paul Verhoeven nous permettra de revoir La Chair et Le Sang ou Spetters et son terrible portrait de la jeunesse hollandaise tous deux présentés par le fidèle scénariste du réalisateur Gerard Soeteman. Les cinéastes thaïlandais (Blissfully Yours de Sud Sanaeha ) chinois (Platform de Jia Zhangke), philippins (Insiang de Lino Brocka), hongrois (Le témoin de Péter Bascó, Rouge et Blanc de Miklós Jancsó) peuvent également témoigner de l’importance de la censure.

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De l’interdiction des films à l’emprisonnement, il n’y a qu’un pas. Le festival laissera également une place importante au Moyen-Orient avec notamment un état de lieux du cinéma iranien où seront conviées les oeuvres de Jafar Panahi (Ceci n’est pas un film), de Kianoush Ayari (La Maison paternelle) de Sepideh Fars (Red Rose) de Bahman Ghobadidiman (Les Chats persan) Mohammad Rasoulof (Les manuscrits ne brûlent pas).

La France ne sera pas en reste avec les jeunes criminelles nihilistes du fabuleux Ne nous délivrez pas du Mal  – entre roman noir et brûlot politique – de Joël Séria, ou la Guerre d’Algérie vue par Godard (Le petit Soldat). Jean Claude Brisseau viendra présenter aux côtés de Fabienne Babe et Jean-François Negret son toujours d’actualité De Bruit et de Fureur. Le cinéma de Jean-Denis Bonan sera également à l’honneur, exhumé après des années de purgatoire (La femme bourreau, Tristesse des anthropophages). Parmi les nombreux invités, Lionel Soukaz ou Yves Boisset dont on projettera Le juge Fayard dit le « Shérif ». On connaît le rapport étroit de Boisset avec la censure, toujours passionné par les sujets qui fâchent que ce soit l’assassinat du juge Renaud, l’affaire Ben Barka ou le racisme ordinaire.

Et comme « Censures » se doit de ne rien censurer, la pornographie aura droit à sa nuit co-présentée par LE spécialiste Christophe Bier et Rurik Salé, dans laquelle nous pourrons voir, Anthologie des scènes interdites de José Bénazeraf qui ausculte justement le rapport entre pornographie censure et politique, suivi par le beau X de Serge Korber L’Essayeuse, puis, entre nanar et ovni fascinant Maléfices porno d’Eric de Winter avant de terminer par le terrible porno passionnel gay New York City Inferno de Jacques Scandélari.

Après la soirée adultes, ce sera presque l’heure du goûter des enfants avec une sélection de Betty Boop bien plus subversifs que Disney à la même époque.

La censure en France du Port de la Drogue où toutes les allusions au communisme sont « retraduites » en allusion au trafic de drogue, atteint des sommets d’absurdité. Ne perdons pas l’occasion de revoir quelques classiques qui firent scandale à l’époque, comme Freaks de Tod Browning, Un tramway nommé désir d’Elia Kazan. Et que dire de La vie de Brian, sinon que le revoir devrait être obligatoire, en ces temps de religion douteuse.

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Enfin la soirée de clôture présentera en avant-première le remarquable documentaire Jodorowsky’s Dune ou l’histoire de cette incroyable aventure de l’adaptation du roman de James Herbert par le réalisateur de La Montagne sacrée, qui ne vit jamais le jour malgré toute l’énergie et le temps qu’y mit le cinéaste.

Le programme est tellement riche, qu’on en oublie, évidemment, mais eux aussi ! Car malgré l’exhaustivité et l’intelligence de la programmation elle ne peut-être hélas que dépassée face à l’étendue des dégâts, d’une censure qui perdure à l’infinie.

Comme d’habitude de multiples rencontres, débats, tables rondes avec de nombreux invités, avec lesquels vous pourrez parfois venir discuter sous la tente de l’espace de restauration et buvette.

Toute la programmation et les infos pratiques sont disponibles ici

https://www.lecranstdenis.org/dionysiennes/censures/

CINÉMA L’ÉCRAN

PLACE DU CAQUET 93200 SAINT-DENIS

> Voir le plan

Renseignements : 01 49 33 66 88

dionysiennes@lecranstdenis.org

Tarifs
7 € plein tarif

6 € tarif réduit (– 21 ans, étudiants, chômeurs,

handicapés, familles nombreuses, + 60 ans)

4,50 € abonnés
4€ – de 14 ans
3,50€ étudiants
3€ tarif groupes scolaires

Pass festival : 21 
Ciné-goûter : 3,50 €
Nuit du porno interdit: 4,50 le film 
13,50 la nuit

Accès

En métro (20 minutes de Place de Clichy)
Basilique de Saint Denis/ligne 13
Le cinéma est situé à la sortie du métro

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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