carte postale FICA 2016 web

Du 3 au 10 février 2016, le Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul proposera une programmation éclectique de films offrant un large panorama du paysage audiovisuel asiatique. Films d’animation, japanimation, documentaires et fictions, sont au programme de cette 22éme édition. La compétition officielle comporte neuf films représentant huit pays différents : le Bangladesh, la Chine, le Japon, l’Iran, la Corée, le Kazakhstan, les Philippines et la Turquie.

Parmi les programmes proposés, « Corée, littérature et cinéma » permet de découvrir un pays qui, très tôt, possédait un foisonnant répertoire littéraire. Parmi les 16 films proposés, des adaptations de classiques côtoient des mises en scène de scénarios originaux d’auteurs coréens reconnus.

 

Deux soeurs

 

Entre l’Orient et l’Occident fait la part belle aux co-productions entre l’Orient et l’Occident avec, entre autres,  Un barrage contre le pacifique de Rithy Panh, Indochine de Régis Wargnier, Couleur de peau : Miel de Jung et Laurent Boileau, Vengeance de Johnnie To, Une seconde femme de Umut Dag…

Surtout, cette 22éme édition est l’occasion de voir des inédits du cinéaste israélien Eran Riklis lors d’un hommage qui lui est consacré, mais aussi de découvrir des œuvres oubliées du cinéma thaïlandais avec « Les maîtres oubliés du cinéma thaïlandais », programmation riche de plusieurs films jamais montrés hors Thaïlande et invisibles depuis 40 ans.

« Comme cela avait été le cas pour les programmations antérieures dédiées au cinéma cambodgien en 2011, indonésien en 2013 et laotien en 2015, cette programmation thaïe est le fruit de plusieurs années de recherche depuis la France ainsi que sur place », explique Bastian Meiresonne, l’un des conseillers artistiques du festival. « Le principal problème est le manque de ressources. Il n’existe quasiment aucune documentation, aucun écrit, aucune Archive et rien sur Internet pour se documenter de ce qui a pu exister avant les années 1990 en ce qui concerne le cinéma thaï. Très peu de films ont été conservés pour tout un tas de raisons. La principale, en ce qui concerne les classiques, réside dans le fait que 99,9 % des films tournés avant 1970 ont été réalisés en 16 mm, format principal adapté après la Seconde Guerre mondiale pour raisons économiques : pellicule moins chère à développer à l’étranger, moins de logistique pour tourner, son pris à part voire effectué en post-production. Ces pellicules se sont moins bien conservées dans le temps et si l’image nous est parvenue, beaucoup de bobines son ont été perdues. Par conséquent, il est quasi impossible de voir ou de montrer ces films, notamment en festival.

 

Town in mist

 

Troisième difficulté – et non des moindres : les thaïlandais n’ont aucun sens de comment exporter les films, notamment dans un circuit festivalier. Pour pouvoir les montrer en festival, il faut du bon matériel à la base (ce qu’ils n’ont pas), des dialogues pour assurer une bonne traduction, des photos pour illustrer un catalogue. Ils n’ont rien de tout cela, même pour certains films datant des années 2000 ! Ils pensent leur cinéma comme quelque chose de purement commercial, qui se produit dans l’instant, en fonction d’une demande, pour assurer une rentabilité immédiate au niveau local, et non comme quelque chose qui puisse durer sur des années et être montré à l’étranger. 

Donc, la première étape a été de trouver les rares informations sur ce qui a pu exister, ensuite tenter de retrouver la trace de versions encore existantes et qui soient déjà visionnables pour ensuite vérifier la faisabilité de projection en festival.

Il s’agit d’un travail de recherche de plusieurs années, qui a impliqué énormément de gens sans lesquels je n’aurai jamais pu réussir à rassembler ce petit focus. Je dois énormément à l’Archive du Film de Thaïlande et la société de production légendaire Five Star, qui m’ont solidement secondé et assuré la restauration complète des films repérés pour pouvoir les projeter en bonne qualité. 

citizen1

 

Et je passe sur des anecdotes savoureuses de voyages dans tout le pays pour visiter des greniers de salles de cinéma abandonnés et fouiller les combles pour trouver des copies en plus ou moins bonne forme, des rencontres inoubliables avec des anciennes vedettes de cinéma, autrefois adulés et aujourd’hui oubliés, ainsi que des négociations avec la mafia pour récupérer des films dans leurs collections privées. Avoir su remettre la main sur une copie de Citizen 1, remake officieux de Taxi Driver, par Prince Chatrichalerm Yukol, qui était dite avoir disparu depuis plus de vingt ans a été un peu comme Indiana Jones mettant la main sur le Saint Graal, sauf que contrairement à lui, moi, je suis du bon côté de l’écran, dans la vraie vie pour faire profiter les spectateurs festivaliers de ma belle trouvaille.

 

Les larmes du tigre noir

 

S’il y a quelques vrais classiques – comme le plus ancien film thaï encore existant et qui date de 1940, The King of the White Elephant, tourné en anglais avec des milliers de figurants et d’éléphants pour attirer l’opinion internationale sur l’invasion imminente des japonais ; ou de l’incroyable Country Hotel, seul film tourné en 35 mm dans les années 1950. Le gros de la programmation se focalise sur des films tournés en pleine tourmente politique des années 1970, entre ouverture sociale et dictature militaire. Un cinéma plus que jamais d’actualité, non seulement vis-à-vis de la Thaïlande qui est à nouveau en train de plier sous le poids d’une dictature militaire s’instaurant de manière très insidieuse dans une indifférence internationale totale, mais aussi vis-à-vis de la situation mondiale généralisée. Ce qui ne doit rien enlever au désir immédiat de voir les remakes officieux d’un Taxi Driver ou Don Camillo, de découvrir un slasher inspiré du Malentendu de Camus ou une comédie musicale cultissime plagiant à la fois La pute respectueuse de Jean-Paul Sartre, Cabaret de Bob Fosse et le clip Thriller de John Landis pour Michael Jackson. Mais derrière ce rideau de divertissements se cachent des vérités beaucoup plus profondes et c’est ce qui caractérise pour moi un vrai cinéma d’auteur, celui qui allie à la fois le divertissement et un vrai message et/ou point de vue. 

J’espère sincèrement, que les spectateurs prendront autant de plaisir à voir ces films que moi à les défricher, traquer et préparer. » 

Le site du Festival.

A propos de Thomas Roland

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