Concours Spectrum / Culturopoing : Des dvd de « Siti » (Indonésie) et « Exit » (Taïwan) à gagner

Spécialisées en cinéma asiatique, les jeunes éditions Spectrum proposent ce mois-ci deux magnifiques portraits de femmes.

Siti et Exit : dans leur forme ou leurs thèmes, deux films à la fois différents et proches, tous les deux placés sous le signe de l’épure et frappés du sceau impitoyable de la réalité. Deux jeunes mères, deux destins marqués par les coups du sort et un destin implacable. Deux instantanés du monde moderne à l’arrière-plan social extrêmement fort. Deux solitudes.

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Venu d’Indonésie, plongé dans un somptueux noir et blanc qui rappellerait presque L’île nue de Kaneto Shindo, Siti suit les pas de son héroïne, une jeune femme tentant de survivre dans un village indonésien avec son fils, sa belle-mère et son mari paralysé suite à un accident, et qui, depuis, a perdu l’usage de la parole. Entre les biscuits vendus sur la plage et son métier d’hôtesse dans un bar à karaoké, elle peine à survivre. Jusqu’au soir où son regard rencontre celui d’un policier. Siti voit son esprit dériver vers l’ailleurs. Chez Eddie Cahyono, le désespoir imprègne d’autant insidieusement les images qu’elles restent d’une extrême douceur. Le réalisateur impose à Siti une forme si caressante et mélodieuse qu’elle donne parfois l’illusion d’une échappée possible. Le cinéma si pudique d’Eddie Cahyono cultive l’art du doute et du trompe-l’œil décuplé par son esthétique très photographique. Car au fur et à mesure que le fantasme s’insinue, les traces de beauté s’amenuisent face à la vision du vide. Comme une cousine des héroïnes de Lino Brocka, Siti l’anticonformiste, s’extrait lentement de la vie qui lui est imposée. Être libre peut-être ? Le sort s’acharne contre son héroïne, qui glissant lentement de l’énergie de la rébellion, de la tentation de l’affranchissement au renoncement. Guidé par ses non-dits et sa splendeur elliptique, Siti nous entraîne dans son insondable mélancolie, le rythme des vagues épousant les battements de cœur…

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Si avec Exit, l’esthétique est radicalement différente, portée par un parti pris de réalisme qui laisse peu de place à l’évasion hors du réel, la voix de la détresse y est peut-être plus forte encore. Dans ce premier long métrage du directeur photo taïwanais Chienn Hsiang (Blue Gate Crossing) l’emprise de la grande ville amplifie l’emprise du chagrin. Ling a 46 ans. Elle vit à Tapei et vient de perdre son travail. Sa fille vient de quitter le domicile familial. Elle ne voit plus son mari trop accaparé par son travail en Chine continentale. La solitude et la tristesse l’aspirent de jour en jour. Ce qu’il y a de plus beau dans Exit est probablement la manière dont la fabuleuse Chen Shiang-Chyi s’empare de son bouleversant personnage : celle qui rentrant le soir, tente de recoller son papier peint ; celle qui alors qu’elle rend visite à sa belle- mère à l’hôpital est progressivement prise de fascination pour un blessé ; celle qui rêve de danser ; celle qui pleure. C’est toute cette confrontation entre le calme apparent et le chaos intérieur que capte si bien Exit, grâce à ce parti pris de suivre une héroïne qui n’appartient plus à la jeunesse, de celles que le cinéma ignore trop souvent. Avec une immense discrétion, sans troubler le mutisme de son héroïne, effacée, souvent perdue dans le décor, le cinéaste nous parle du désir en éveil, comme une énergie qui ramène à la vie. Toutes les émotions d’Exit émergent d’un temps sourd, celui de l’attente, celui du vent dans les habits qui sèchent, de l’angoisse du rien. Ici, comme chez Tsai Ming-liang le silence est encore plus bouleversant que les mots. Mais contrairement à la noirceur régulièrement sans issue du réalisateur de La saveur de la pastèque, Chienn Hsiang laisse une petite lueur. Le plus significatif, une scène finale qui rappelle celle de Vive l’amour, mais qui décide de la prolonger vers l’ailleurs. Le cinéaste libère lentement mais sûrement quelques traces d’espoir comme une porte ouverte enfin, ouvrant au champ des possibles : exit… (O.R)

En partenariat avec les éditions Spectrum, nous sommes heureux de vous faire gagner un exemplaire d’un de ses précieux films, si vous répondez aux questions suivantes, avant le 24 octobre, 0h00

 

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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