Valérie Massadia – "Nana"

Léopard du meilleur premier film au dernier festival de Locarno, Nana de Valérie Massadian évoque à travers les yeux d’une petite fille de quatre ans le milieu rural. Un conte mystérieux et bouleversant.

Nana s’ouvre sur un long plan séquence saisissant dans lequel deux hommes saignent un cochon sous le regard curieux d’un groupe d’enfants apparemment accoutumé au rituel. Alors que l’animal s’agite et grouine dans sa chute, une voix fluette demande : « est ce que c’est du sang ou de la peinture papy ? » Ce sont les premiers mots que prononce Nana, une fillette de quatre ans, héroïne du récit. L’immersion dans son quotidien se fait en douceur : promenade complice en forêt avec le grand-père, jeux solitaires à la maison et repas avec la mère. On n’en saura pas plus sur son entourage. La réalisatrice s’attache plus particulièrement au comportement de ses personnages à la manière du documentaire, à défaut de leur psychologie.
Un jour en rentrant de l’école, tout ce petit monde disparaît et la petite fille se retrouve livrée à elle-même dans la maison vide. Comme si de rien n’était, elle vaque à ses occupations et joue à la grande en se faisant à manger en plein salon sitôt relayé en chambre d’enfant désordonnée ou en partant à l’aventure en forêt.


 
Peu à peu, sa solitude amène une tension à l’histoire. La lumière des plans séquences fixes pour la plupart accentuent d’ailleurs ce sentiment et joue énormément au mystère du film.
Et qu’importe que la narration ne tienne qu’à un fil, on s’oublie et se laisse emporter par Nana et son rapport à la vie.
Modèle pour la photographe Nan Goldin, costumière, actrice ou encore directrice artistique sur les films de François Rotger (The Passenger et Story of Jen) et plus récemment chez Despentes, Valérie Massadian a presque touché à tous les métiers du cinéma avant de s’essayer à la réalisation.
Ce portrait singulier d’une enfant laisse entrevoir une belle carrière pleine de promesse à la cinéaste actuellement en pleine préparation d’un nouveau long-métrage.
Valérie Massadian réussit une prouesse en signant un film poétique et pudique à la hauteur d’enfant, dénué de dialogue où tout se joue par la présence de Kelyna Lecomte qui interprète Nana, remarquable par son oubli de la caméra.

Nana de Valérie Massadian avec Kelyna Lecomte, Alain Sabras et Marie Delmas – Epicentre Films
 

A propos de Culturopoing

Laisser un commentaire