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Claire Simon – « Le Concours »

Concours réussi haut la main que ce nouveau film de Claire Simon. Et pourtant le pari était casse-gueule tant le risque d’entrisme était élevé. Or, comme tout  bon film, Le Concours transcende son sujet tout en le traitant de plein fouet.

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Directrice du département réalisation de la FEMIS pendant 10 ans, la réalisatrice a filmé les étapes du mythique concours de cette prestigieuse école à l’accès ultra sélectif : environ 35 candidats retenus sur quelque chose comme 2 000 postulants. Le Concours est un vrai fantasme de « peeping  tom », accomplissant l’exploit d’être toujours captivant et jamais voyeuriste, en ouvrant aux spectateurs les coulisses d’une école génératrice d’envies, d’extrapolation, de détestation et autres variantes des modalités attraction/répulsion. Le documentaire de Claire Simon s’adresse à un éventail large : nul besoin d’être un ancien élève ou refoulé du concours ou du «métier » (dont Simon livre un précipité nuancé : on voit passer tous les corps du métier du cinéma qu’ils soient juges ou jugés) pour savourer cette comédie humaine. Portraitiste à la fois tendre et cruelle, elle nous livre en deux heures (qui filent à toute allure) une galerie de personnalités fortes dont l’implication ne peut que toucher, quel que soit le côté de la barrière : candidat ou juré. Les répliques fusent, hilarantes et font mouche comme cette jurée qui s ‘exclame(parlant d’un candidat pédant jusqu’à l’onanisme) qu’il ne rentre pas à la FEMIS, mais dans la vie ! » ou Tu lui dis « passe-moi le sel », tu en as pour dix minutes minimum !. Ou encore, j’aimerais bien que l’arithmétique se plie à nos désirs et non l’inverse, cri du cœur de l’épatante Christel Dewynter, une des jurées du grand oral final, soit le climax du film lorsque ses collègues et elle doivent faire des calculs drastiques pour ne retenir qu’un quota réduit de futurs élèves et qu’elle défend vaillamment un candidat jugé trop atypique.

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Claire Simon avait été saisie du fait que le concours de la Fémis ne parvienne pas à s’adresser à la réalité de toute la France. Elle développe : « Ce qui est frappant au contraire, c’est combien le système du concours, massivement, implacablement, reproduit du même. Et cela ne fonctionne pas que du point de vue artistique : socialement et dans la diversité des origines, il y a peu de pauvres et peu de couleurs dans la photo finale des reçus. »Montrer le refus du formatage de la part de certains jurés est un des beaux enjeux du film qui a l’honnêteté de montrer la subjectivité des sélectionneurs, la fragilité des choix, le transfert, la projection parfois à l’oeuvre: C’est une profession qui choisit ses héritiers, dit Simon.

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Enfin, outre son rythme trépidant lui conférant un aspect de comédie sociale, Le Concours n’en n’oublie pas pour autant de ménager des moments de grâce d’une inquiétante beauté, tel le splendide instant suspendu où la cinéaste a appréhendé dans une semi-obscurité les candidats en pleine épreuve d’analyse filmique. On n’est alors pas loin de Jacques Tourneur. Même si en premier lieu, évidemment Le Concours réjouit grâce au talent d’anthropologue de Claire Simon et à sa bienveillance teintée de malice. Le film a reçu le prix -bien mérité- du meilleur documentaire cinéma à la Biennale de Venise 2016. Fort à parier que le Concours va faire ses classes.

A propos de Claude Atlas

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