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Gilles Marchand – « Dans la Forêt »

Hasard et coïncidences des sorties, sortent le même jour deux films (L’Indomptée de Caroline Deruas et Dans la Forêt de Gilles Marchand) qui explorent la même métaphore, audacieuse et malheureusement pas à la hauteur de leur ambition.

foret-1Nous n’en dirons pas plus pour ne pas spoiler l’intrigue et le suspense. Hélas ! le suspense n’est pas au rendez-vous de ce troisième film de Gilles Marchand après les très réussis Qui a tué Bambi ? et L’Autre Monde. Ici, contrairement aux deux opus précédents, l’ambiguïté tourne court, la dramaturgie se portant pâle. Blafarde même.
Soit, le jeune Tom, enfant anxieux et intuitif, qui part avec son ainé, Benjamin (plus terrien) en vacances en Suède chez leur père. Taciturne, torturé, celui-ci va brusquement les embarquer dans un périple en forêt au risque de se perdre. Mais qui se perd ? le père ? Ses fils ?…
Réponse : la tension ! A force d’épurer au maximum le récit, de donner plus d’incarnation à des paysages ( certes, filmés avec brio) qu’à ses protagonistes et de mettre les enjeux plutôt dans une bande son sur-signifiante ( réussie au demeurant- entre noise et expérimental), Gilles Marchand ne crée ni la frayeur- le versant horrifique du film ; encore moins l’empathie- l’aspect psychologique étant développé à minima. Ca donne un film bien joué ( mais pas incarné), à la photographie aboutie (magnifiques plans larges du père et du fils ramant, la nature filmée dans toute sa splendeur), mais d’aucuns diront du fantastique low-fi ou si on est d’humeur un peu vache : du fantastique « lyophi » (lyophilisé) comme les repas prodigués par le père à sa progéniture.
Le fantastique se substitue à la psychologie, malheureusement sans que Marchand réussisse à crée une atmosphère captivante, faute d’inventivité alors qu’il savait si bien mêler les écheveaux de différents niveaux de réalité dans L’autre Monde ; ici, le fil est trop ténu pour tenir la route. Il en va de même pour le manque d’épaisseur des personnages et donc, de la crédibilité du récit.

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La (bonne) interprétation de Jérémie Elkaïm n’est pas à remettre en cause. Le souci vient de la linéarité de l’intrigue et donc de son personnage : d’emblée inquiétant, réservant peu (voire, pas) de surprises. Du coup, Dans la Forêt produit une forme d’oxymore : de l’ambivalence lisse. Enfin, plus encore que le protagoniste, le scénario programmatique au possible, est le plus grand écueil du film. En prenant comme héros un garçonnet de 8 ans, médium et tourmenté (qui ressemble à s’y méprendre à l’enfant de Shining) au père dépressif, au bord du burn-out, Marchand opère une relecture édulcorée du chef d’œuvre de Stanley Kubrick. A force de ne pas vouloir générer du sensationnel, il en oublie la racine : le sens.

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Le père a beau dire à son fiston : « une question doit rester dans tous les coins de ta tête », ce film qui se voudrait insidieux, fuit un peu de tous les côtés, faute de rustine scénaristique ; que ça soit du côté du fantastique : on voit venir gros comme devant la trouvaille-métaphore finale, que du côté de l’identification : on reste extérieur tout le long à ce père malade qui aurait pu être bouleversant
On voit l’ombre (pesante) de La Nuit du Chasseur, le fantôme de Délivrance et bien évidemment, le tutorat poids lourd de Shining, alors que les deux autres films du cinéaste avaient le mérite de ne ressembler qu’à eux-mêmes et de renouveler intelligemment le genre fantastique. On espère donc que Marchand s’est provisoirement perdu dans la Forêt.

A propos de Claude Atlas

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