fais moi plaisir

Emmanuel Mouret – "Fais-moi plaisir !"

Notre ami Bruno finissait sa critique (à juste titre) très élogieuse d’Un baiser s’il vous plait en clamant son impatience du prochain film d’Emmanuel Mouret. Eh bien nous y voici et ce film semble marquer une étape de plus dans la volonté de son auteur d’élargir son territoire.
Entendons-nous bien, hein : Mouret ne postule pas pour remplacer Michael Bay à la réalisation des franchises Transformers (ce serait probablement marrant, pourtant) et, outre sa propre présence et celle de son actrice fétiche Frédérique Bel (toujours présente, toujours un peu sacrifiée aussi par le scénario, curieux…) ainsi qu’un clin d’œil de Dany Brillant, on baigne encore une fois dans une certaine tradition du marivaudage à la française et surtout dans ces résolutions plus ou moins morales à la Rohmer. Ici, découvrant que son compagnon (Mouret, donc) est peut-être troublée par une récente rencontre féminine (Judith Godrèche), une jeune femme (Bel) le conjure de coucher avec cette belle inconnue pour couper court à tout fantasme naissant.

Emmanuel Mouret et Frédérique Bel

Emmanuel Mouret et Frédérique Bel

Ce qui est nouveau dans Fais-moi plaisir !, c’est que son réalisateur cherche globalement à larguer les amarres du récit purement réaliste pour rallier les rivages de la fantaisie, lorgnant parfois du côté du slapstick (Harold Lloyd, cité sur l’affiche et dans une des dernières scènes du film), le plus souvent du côté d’un certain fantastique, disons celui des contes de fée. Le fantastique qui fait par exemple mine de croire qu’un billet doux fait immanquablement chavirer de désir toutes les femmes qui le lisent ou qui fait cohabiter, dans un minuscule deux pièces, la servante particulière de la fille du Président de la République avec ses quatre ravissantes jeunes sœurs et un colocataire qu’on a déjà vu quelque part…
Cet élargissement du territoire d’expression cinématographique s’accompagne d’un travail inédit sur les décors, très stylisés, plus encore que dans Un baiser, qui marquait déjà un premier pas dans cette direction. Si l’on ajoute à cela que la servante évoquée plus haut est la délicieuse Déborah François, on en conclue que l’on tient donc un petit bijou de comédie ?

Emmanuel Mouret, Judith Godrèche et Déborah François

Emmanuel Mouret, Judith Godrèche et Déborah François

Malheureusement non… S’agit-il d’un problème de moyens de production mais cette plus grande ambition formelle a le plus grand mal à trouver sa traduction sur l’écran. D’un univers élargi on aboutit paradoxalement à un film étriqué.
Ainsi, s’en inspirant on ne peut plus clairement, la scène centrale de réception dans les appartements plus ou moins secrets de Godrèche apparaît davantage comme une pale resucée de The Party que comme un subtil hommage. Peut-être le choix de Mouret comédien était-il ici particulièrement inapproprié, car trop tautologique : ses personnages sont déjà verbalement maladroits, le voir en plus physiquement trébucher sur le moindre obstacle relève du pléonasme, parfois drôle, globalement longuet. On pense à Blake Edwards mais tout autant à Jacques Tati, dont le Playtime fut probablement trop contemporain pour avoir inspiré The Party, et pourtant, les similitudes sont nombreuses entre les deux films. Mais c’est aussi pour mesurer tout ce qu’il manque à Mouret au travers de cette fameuse scène de la réception. Chez Tati, l’enchaînement des catastrophes (pas forcément dues à Hulot lui-même, d’ailleurs) provoque la destruction, la tabula rasa ; rien de tout ça chez Mouret, qui reste trop gentil et sans aucun dessein politique (au sens le plus large du terme), limitant ainsi forcément la portée de ses films (notons quand même un autre joli hommage à Tati avec la scène de l’ascenseur très à cheval sur la politesse).

Déborah François et Emmanuel Mouret

Déborah François et Emmanuel Mouret

 

La fantaisie ne dispense pas non plus de rigueur d’écriture. Le personnage de Godrèche souffre de n’être qu’une espèce de Paris Hilton fofolle mais convenable, sans guère de subtilité. Dommage, car dans le rôle de son père, et donc de notre Président, Jacques Weber fait une jolie composition, ne rappelant volontairement aucun président connu ce qui, pour tout dire, nous fait quelques vacances bienvenues…
On a évoqué Edwards, Tati, on pourrait aussi invoquer le Scorsese d’After Hours, dans ce côté descente aux enfers d’un type ayant un peu trop suivi les instincts de son bas-ventre sans maîtriser aucune des péripéties qu’il traverse. Mais le cinéma de Mouret reste un peu trop bien peigné (et, il faut malheureusement bien le dire, laborieux) pour supporter positivement la comparaison.

A propos de Cyril COSSARDEAUX

Laisser un commentaire