Un huis-clos claustrophobe  ? C’est polanskien. Le couple du rez-de-chaussée qui provoque interrogation et angoisse ? C’est polanskien. La terreur d’une mère avec son nouveau né en évoque facilement une autre, c’est…  Dès que des voisins s’avèrent inquiétants ou pervers, dès que les murs des appartements se resserrent comme des étaux, il faut toujours qu’on cite à tout-va le réalisateur du Locataire, cliché lassant utilisé comme une formule magique. Détrompons d’emblée les attentes d’un spectateur nourri aux accroches mensongères : London House n’a rien d’un film polanskien, bien moins proche d’un Rosemary’s Baby que des thrillers d’intrusion flirtant avec l’horreur qui fleurirent dans les années 90, à l’instar du sympathique et un peu oublié Fenêtre sur le pacifique de John Schlesinger ou même de Jeune fille recherche appartement de Barbet Schroeder (qui pour le coup, avait des teintes déjà plus polanskiennes). Bref, ça ne serait pas rendre service London House que de le renvoyer à des modèles erronés.

londonhouse2De fait, l’Histoire de ce petit couple sans histoire attendant un enfant, confronté à la « folie » potentielle de leurs charmants compagnons d’immeuble, installe efficacement son climat de suspicion et de paranoïa et remplit son contrat : provoquer la tension et la peur.  Presque aussi intrigants qu’Helen Mirren / Christopher Walken dans Etrange Séduction le duo Stephen Campbell Moore / Laura Birn éveille un malaise qui ne s’éteint jamais, mais laissant toujours ce terrible bénéfice de l’incertitude et du scepticisme, la multiplicité des jugements allant de la compassion à la méfiance puis l’effroi. Et c’est là que London House s’avère le plus réussi, en ce va-et-vient qui épouse le chaos intérieur de son héroïne, beau personnage fragilisé, plongeant dans l’abîme.  David Farr s’attache au point de vue de la jeune maman, partagée entre les traumatismes de l’après naissance – le baby blues, irritation d’une jeune femme qui ne dort plus la nuit et supporte difficilement les pleurs répétés du bébé – et l’amour de la mère protectrice puis affolée. Les risques de la dérive dépressive, permettent au cinéaste d’utiliser à merveille les archétypes de construction d’une héroïne traquée, de plus en plus isolée, semant le doute de son mari sur sa santé mentale, dont le piège se referme lentement sur elle.

On pourra trouver la fin un brin explicative, mais elle reste dans une certaine tradition de révision – façon Usuals Suspectsa posteriori des erreurs de perception, qui privilégie à l’ambiguïté et au sens de l’interrogation, le twist final. David Farr vient du théâtre et son film est un pur film de scénariste, plus préoccupé par l’élaboration de sa mécanique narrative que par celle d’un univers singulier ou d’une atmosphère subtilement distillée. Aussi, London House s’avère peu stimulant esthétiquement, accroché à son réalisme terne que sert une direction photo assez plate, sans profondeur de champ, assez typique des textures HD actuelles. Visuellement parlant, le réalisateur déçoit, par manque d’ambition formelle, là où son sujet pouvait laisser libre court à un imaginaire ténébreux et labyrinthique, nous mener vers la subtile épouvante des frontières, de l’inquiétante étrangeté. A l’image de cette esthétique, l’omniprésente musique d’Adem Ilhan remplit un rôle purement fonctionnel et illustratif.

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Cependant David Carr déroule son scénario de manière suffisamment perverse et radicale pour captiver. En totale empathie avec Kate, on suit désemparés et impuissants sa descente aux enfers. Il faut dire que l’interprétation tout en nuance d’une Clémence Poésy, aspirée vers la tragédie y est pour beaucoup. London House demeure donc un agréable thriller horrifique avec ses trompes l’œil et ses ombres du doute, qui à défaut d’être révolutionnaire, a le mérite de tenir en haleine jusqu’au bout.

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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