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  Le cinéma Roumain a vu sa popularité grimper ces dernières années. Il a connu sa consécration avec la Palme d’Or 2007 : 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Christian Mungui qui après son puissant Au delà des Collines a obtenu avec Baccalauréat le prix de la mise en scène cette année. Si l’on devait réfléchir à une constante chez les cinéastes contemporains, ce serait sans doute cette réflexion autour des traumas d’un pays, entremêlant destin individuel et interrogations politiques, un cinéma à la fois en prise sur la réalité et métaphorique, hanté par le passé. Le film de Christian Mungiu, évoquait l’histoire d’un avortement illégal sous la dictature de Ceausescu, et cet acte clandestin sous dictature est aussi le point de départ que choisit Adrian Sitaru, révélant combien les blessures sont encore ouvertes aujourd’hui. Le jeu des comparaisons s’arrête là car les horizons esthétiques et thématiques des deux compatriotes sont radicalement opposés. Christian Mungiu n’hésitait pas à imprégner son drame d’une intensité plus proche du thriller, là où le film d’Adrian Sitaru tient davantage de la chronique familiale tourmentée.

La polémique surgit au cours d’un repas de famille. Un repas autour duquel sont réunis les jumeaux Sasha et Roméo, leurs aînés Cosma et Gilda, les partenaires de ces deux derniers ainsi que le père de la fratrie, un médecin retraité.

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Cette réunion routinière, dans un premier temps conviviale vire progressivement au règlement de comptes lorsque le père avoue sans honte ni remords sa position radicalement contre l’avortement en plus de son refus d’en pratiquer autant durant la dictature qu’après. Jolie fausse piste que ce lourd secret familial vite étalé qui n’est ni le sujet réel ni l’enjeu du film dont l’objectif n’est manifestement pas d’évoquer l’histoire du pays, ni même de traiter de ce droit des femmes.  Si Adrian Sitaru met en évidence, que certaines questions n’ont pas été réglées d’une génération à la suivante et que les pages sombres traversées par le pays n’ont pas été tournées ni digérées cette séquence inaugurale interroge moins les différents protagonistes sur leurs convictions qu’elle n’expose le procès arbitraire d’un personnage… en apparence, seulement que la suite du film cherchera à réhabiliter. Car tout n’est ici qu’apparence et faux-semblants dans Illégitime, jeu sur les vérités et sur les trompes l’œil, sur un arbre qui cache une forêt moins avouable encore.

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Cette induction en erreur jette les bases d’une construction pour le moins ambiguë, une mécanique dont le système emprisonne autant le spectateur que ses personnages.  Le leurre trahit donc d’office le but du cinéaste, à savoir l’observation de l’intimité d’une fratrie vivant quasiment en vase clos tout en allant chercher en son sein ses secrets refoulés. Du premier on passe rapidement à un second : la relation incestueuse qu’entretiennent les jumeaux Sasha et Roméo avant de réenvisager la question de l’avortement sous un angle beaucoup plus sulfureux.

Adrian Sitaru  sait incontestablement ce qu’il veut montrer, entraînant le spectateur jusqu’au bout dans son raisonnement en faisant fi de la bienséance et des interdits. Mais le revers de cette maîtrise tient à un regard très arbitraire jamais loin du voyeurisme au détriment d’une spontanéité feinte (encore une fausse piste !) héritée du documentaire et suggérée par les premières images du film.

Paradoxalement, alors que la mise en scène nous plonge dans l’intimité des protagonistes, il s’en dégage un sentiment de froideur et de distance. La faute à un dispositif étouffant qui finit par se limiter à enfermer les personnages dans divers intérieurs aux coloris ternes et dans des cadres étroits. La répétition se joint à l’étouffement en raison de choix consistants à les exclure presque totalement du monde extérieur : vie active reléguée en dehors du champs, interactions hors famille réduites au minimum… Ce dogmatisme annihile sur son passage les efforts de comédiens irréprochables, mais piégés par le procédé, réduits au rang de marionnettes : le courant de vie ne semble pas passer en ces héros anesthésiés, rendant ainsi toute empathie impossible.

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Le point de vue du cinéaste interpelle, plus encore lorsqu’il se livre à la mise en perspective embarrassante de sujets tabous tels que l’avortement et l’inceste, relativisant sur la controverse de la première notion à l’aune de la seconde. Si provoquer le malaise est un but, le défi est relevé, mais la comparaison reste douteuse .

Et ça n’est malheureusement pas l’épilogue optimiste qui viendra remettre en cause ces stratagèmes narratifs . Il ne fera que mettre en lumière un objectif dissociable du reste du film tout en déplaçant artificiellement le propos, délaissant ainsi délibérément les enjeux et ressorts psychologiques des personnages. Le cinéaste esquive donc la complexité des problématiques engagées, mais clôt sa démonstration comme on résout une équation. En refermant toutes les portes Illégitime peine à convaincre, anéantissent toute ambiguïté sur les zones d’ombres disséminées en route.

La fin justifie-t-elle vraiment les moyens ?

A propos de Vincent Nicolet

1 comment

  1. Au contraire de la conclusion de l’article, je pense que la fin du film est indécidable. Gilda, la soeur à l’écart de la photo de famille où tous sont vêtus de noir, est-elle morte de son accident ? ou pas. La collusion des temps entre ce que l’on voit (Saha enceinte) et le père qui parle de sa merveilleuse petite-fille, introduit un grand doute sur la réalité.
    Et quant aux « comédiens réduits au rang de marionnettes, au courant de vie qui ne passerait pas, à l’impossibilité d’empathie », et bien j’ai ressenti l’inverse exact. Des personnages plein d’épaisseur, sans le psychologisme obligé de bien des films ; une vie sourde et forte, prenante, et une empathie pour presque tous les personnages. Elle en est d’ailleurs troublante puisque faisant partager l’amour incestueux, du coup.
    De la diversité humaine !

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