Silent Hill – Revelation (USA, 2012) de Michael J.Bassett, blu ray 3D édité par Seven 7
Le premier opus réalisé par Gans en 2006 avait plutôt été une bonne surprise, mais tout de même, que peut-on attendre d’un combo « adaptation de jeu vidéo »/ »suite »/ »3D » (chacun pris isolément est souvent vecteur de déception) ? Nous n’avions, à vrai dire pas grand chose non plus à espérer de Michael J.Bassett, dont le Salomon Kane n’avait pas suscité l’enthousiasme, c’est moins que l’on puisse dire. Les idées préconçues ont la vie dure. Heureusement (vous me voyiez venir), certains films, par-ci par-là, vont faire mentir nos attentes, dont ce Silent Hill : révélation 3D. Peut-être même que cette image de « perdu d’avance » qu’on pourrait lui prêter le libère-t-il de toute ambition de s’en défaire, lui permettant ainsi de jouer sa carte à fond. Faut-il maintenant ne pas le rater !
Honnête, équilibré, efficace, Silent Hill : révélation 3D séduit en trois plans. Une esthétique offrant de bons mariages de couleurs, une 3D moelleuse – et la neige de tomber devant nos yeux – , on est plongé dans l’image très rapidement, et la fascination est maintenue grâce à une intrigue très sommaire qui nous épargne des fioritures narratives et s’attache bien plus à nous perdre dans les méandres de l’esprit de Heather (rescapée de Silent Hill), à nous y faire planer, entre rêve et veille, en suspens dans l’univers inquiétant et sensuel du jeu vidéo. Peu importe que cette suite soit un peu redondante par rapport au Gans, peu importe que de « révélation », il n’y en ait pas vraiment, on aurait tort de bouder son plaisir quand l’immersion fonctionne aussi efficacement.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, Silent Hill : révélation procure également un joli plaisir nostalgique, renvoyant à une mécanique – et une esthétique – du fantastique parfois très années 90, en particulier, celle qui voyait ces adolescents d’Elm Street hantés par le même croquemitaine aux griffes d’acier, errant dans des lieux déserts pour mieux basculer d’une scène à l’autre, d’un couloir de lycée aux labyrinthes de l’esprit. La perte de repère est de mise. On retrouve notamment cette succession de rencontres de pièce en pièce (propre au jeu d’arcade).  Comme souvent, lorsque le film-cauchemar qui devrait ne reposer jusqu’au bout que sur son fonctionnement narratif onirique, de « tableau en tableau » cherche à raconter une histoire, qu’il échoue et retombe dans la convention. Silent Hill : revelation n’échappe pas à la règle, mais malgré cela l’effet du rêve a perduré. La fin résout et l’état somnambule et une histoire que l’on aimait sans enjeu, et elle joue son rôle de fin malgré la déception de quitter l’état de suspens. Le réveil arrive un jour, au moins juste pour espérer s’endormir à nouveau le plus vite possible. (Gee Wee).
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Quitte à vous choquer, nous avouerons que les deux heures de bonus ne sont pas de la plus haute importance. Il y a bien un making of d’1 heure, le commentaire du réalisateur, des scènes coupées, mais à vrai dire, Silent Hill – revelation est une petite œuvre sympathique qui ne nécessite pas qu’on s’attarde tant que ça à toute l’éloge des suppléments, disproportionnelle. Mieux vaut se contenter de regarder le film, plaisir aussi indéniable que modeste. Superbe copie 3D, les quelques effets de jaillissements sont bluffant et les avancées dans les couloirs convaincantes à souhait.

Royal Affair (Danemark, 2012) de Nikolaj Arcel, Dvd et Blu ray édités par Jour2Fête
Mads Mikkelsen est loin d’être l’unique attrait du film danois A Royal Affair, qui sort à présent en DVD. Pourtant l’acteur, souvent affublé par le passé de rôles de méchants pour sa mâchoire carrée et la détermination de son regard, y excelle dans une interprétDation impeccablement sensible et débordante d’humanité qui se rapproche de celle qui lui a valu le prix du meilleur acteur à Cannes l’année dernière (dans le poignant La Chasse de l’ancien du Dogme Thomas Vinterberg). Ce n’est pas pour rien qu’à Berlin, où A Royal Affair a concouru en février 2012 avant de battre des records d’entrées dans le monde entier (il est notamment devenu le film danois le plus populaire de tous les temps en France, en Australie et au Royaume-Uni) et de se trouver nominé aux Oscars, il a valu l’Ours d’argent dans sa catégorie à l’acteur Mikkel Boe Følsgaard et celui du scénario au réalisateur Nikolaj Arcel et à son fidèle collègue Rasmus Heisterberg (avec lequel Arcel a également composé le scénario du film-phénomène Millénium). En effet, c’est assurément grâce au travail d’orfèvres de ces deux-là, travail qui déploie toute sa grâce dans le rôle qu’ils ont ciselé pour Boe Følsgaard, que le film transcende sans conteste le genre historique, avec son éventail d’écueils et de banalités vues et revues.
Il est vrai que l’histoire qu’il relate (telle qu’elle a été romancée par l’écrivain Bodil Steensen-Leth) est tout à fait fascinante : il s’agit du grand amour qu’ont partagé à la fin des années 1760 la parfaitement éduquée et digne reine du Danemark d’origine anglaise Caroline Mathilde (qui a ici la moue d’enfant et le regard pur de la Suédoise Alicia Vikander), mariée encore adolescente au cyclothymique et débauché roi Christian VII (incarné avec toute la facétie de circonstance par Boe Følsgaard), et le médecin personnel du roi, le progressiste Allemand Johann Friedrich Struensee (qui a ici les traits et l’assurance de Mikkelsen). Entre son classique début et sa conclusion pudique mais tragique, A Royal Affair raconte aussi comment Struensee, fort de son influence sur le roi fol, a libéré un temps le Danemark de ses cruels archaïsmes moyen-âgeux pour le faire entrer dans l’ère des Lumières.
Cependant, ce sont avant tout ses dialogues et situations audacieux et spirituels qui élèvent le film bien au-delà de ce que le cinéma en costumes propose à l’habitude, souvent à la faveur des excentricités du roi et de sa lubricité. Les lubies de Christian donnent en effet lieu à des scènes assez succulentes, comme l’échange de citations shakespeariennes entre le roi et Struensee et les inénarrables scènes de Conseil d’État où le roi ose de plus en plus intervenir (pour demander par exemple que son chien Gourmand soit fait membre honoraire ou qu’on fasse circuler le soir des attelages vides dans Copenhague pour ramener les ivrognes qui ne trouvent plus le chemin de chez eux – une idée étrangement moderne qui reflète bien les changements drastiques que Struensee le visionnaire est arrivé à mettre en place).
Aux coups de tête farfelus de Christian répond la finesse psychologique du médecin allemand, tout aussi délectable. On la retrouve autant dans la manière dont il se rapproche de la reine d’abord par les voies de l’esprit, et dans les regards échangés avec une discrétion infinie tout à fait nécessaire, que dans les biais dont il use pour convaincre le roi de tout, notamment de démentir ceux qui le jugent fou en faisant ce qu’il aime le plus, c’est-à-dire « jouer » son rôle de roi comme un acteur, à défaut d’en assumer réellement la responsabilité, un stratagème brillant qui ne manque pas pour autant de compassion.
Cette délicatesse psychologique et cette humanité profonde qui transpirent dans le film et inondent ses dialogues en font une oeuvre difficile à oublier. Jusqu’au bout, bien qu’il « usurpe » en quelques sortes son pouvoir et séduise sa reine, Struensee l’humaniste ne manque jamais à l’amitié protectrice qu’il nourrit pour le roi, de sorte qu’A Royal Affair n’est pas le récit d’un amour adultère bilatéral et de traîtrises qui trouvent leur apogée dans un complot à la Jules César, mais plutôt, comme on le voit quand nos trois protagonistes sont assis main dans la main, le portrait habile et touchant d’un triangle politico-sentimental moderne, sincère et paradoxalement exempt de déloyauté dans un monde de Brutus et de Caïns. (B.P)
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Les bonus de Royal Affair ne sont pour une fois pas anodins. En plus des interviews de Interviews de Nikolaj Arcel, Mads Mikkelsen et Alicia Vikander, on retiendra le passionnant interview de Pierre Serna, Professeur d’histoire de la Révolution française à la Sorbonne pour compléter cet excellent film historique intense, beaucoup plus que le son-et-lumière de Benoit Jacquot qu’était Les Adieux à la Reine.

Ennemis Jurés / Coriolanus (GB, 2011) de Ralph Fiennes, Blu Ray et DVD édités par Seven 7
En 1995, la sortie de Roméo + Juliette de Baz Luhrman rencontre un certain succès et lance une petite vague d’adaptations de William Shakespeare (voir de classiques tout court comme Crime + Punishment ou Cruel Intentions), modernisées et à la sauce ado… Hamlet y passe aussi dans le film de Michael Almeyrada avec Ethan Hawke. Julie Taymor se lance vers la même époque dans un Titus baroque, qui pousse plus loin le travail de Branagh dans les années 90… et elle récidive avec sa récente adaptation inédite de La Tempête. C’est un peu entre ces deux propositions que se situe Ralph Fiennes avec ce premier film en tant que metteur en scène, lui aussi inédit en salles : un ouvrage singulier et prometteur à défaut d’être à 100% convaincant.
Coriolan n’est pas la pièce la plus réputée de Shakespeare (deux précédentes adaptations existent toutefois), et cette absence de notoriété grand public peut être sans doute un plus pour la découverte de ce film, qui aurait tout pour apparaître tapageur. L’intrigue est en effet transposée dans des balkans contemporains très flous, sensés situer une Rome qui pourrait tout aussi bien être le futur immédiat si un gouvernement italien mettait un an à se constituer… Mais en lieu et place d’indignés en guerre contre les capitalistes et l’oligarchie, c’est une aristocratie militaire qui règne, laquelle s’oppose, arrogante, à la colère mais aussi à la versatilité et du peuple, et à la médiocrité de ses représentant. Ce qui paraît une véritable nausée généralisée d’une part et d’autre des deux « bords » (ici la représentation contemporaine du film pourra paraître assez ambiguë d’ailleurs, comme une vision de la démocratie peu reluisante qui reste assumée). La montée en puissance de ce général et sa chute particulièrement brutale pour cause de piètres qualités politiques prend pourtant une saveur véritable dans l’actualité et le contexte immédiat, dont on se demande toutefois si Fiennes en a véritablement saisi tout l’impact (le film a déjà deux ans). Peu importe, la curiosité est là et on s’en délectera au maximum.
Il faut cependant en passer par un petit temps d’adaptation, car le style de mise en scène de l’acteur se cherche encore. Plus que la sécheresse abstraite de Démineurs, son introduction guerrière et ses premiers conciliabules semblent s’appuyer sur le cinéma politique rentre-dedans de Paul Greengrass, voir de Fernando Mereilles (avec qui il tourna The Constant Gardener) : montage épileptique et géographie de l’espace aux oubliettes sont ainsi de prime abord au menu d’un programme visuellement un peu éculé, tout en étant chargé d’une narration forcément baroque qui peut assommer… Malgré tout, la force de certaines images est déjà là, comme ce Coriolan arborant un visage de sang saisissant. On apprécie quand même la bonne adaptation de John Logan, qui rend très fluide et naturelle l’utilisation du texte d’origine, en le tordant à bon escient.
Fiennes qui injecte également dans son film un grand nombre d’images d’archives et de faux « Breaking news » lorgne aussi un peu sur Starship Troopers et District 9, et finalement livre sa meilleure scène dans une parodie de Talk Show en guise de face à face avec le peuple, qui fera sourire si l’on se remémore sa prestation dans le Quizz Show de Redford… En tout cas Coriolanus ose généreusement tout un tas de choses… avant de devenir plus classique dans la forme et le récit dans sa seconde partie, paradoxalement plus apaisée et élégante niveau mise en scène. On est quand même nettement plus dans la performance d’acteur, rattrapés par la dimension mythologique et psychanalytique des personnages, même si l’ambiance générale de déflagration perdure. A ce niveau, et malgré le toujours excellent Brian Cox, il faut bien reconnaître que Fiennes et Vanessa Redgrave survolent largement la distribution dans un face à face correspondant à celui des deux personnages les plus forts. Jessica Chastain et surtout Gérard Butler (mis en avant comme un « Ennemi juré » de DTV d’action lambda par l’éditeur !) jouent les utilités et sont peu à l’aise, bien que leurs rôles appellent en quelque sorte ce caractère forcément lâche…
On attendra avec intérêt le second opus de Fiennes, morceau de biopic sur Charles Dickens dont le tournage vient de s’achever. (G.B)
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Zéro bonus pour un Coriolanus rebaptisé « Ennemis jurés », présenté comme un vulgaire dtv et sorti à la va-vite, l’ambitieux film de Ralph Fiennes mérite mieux, mais c’est en tout l’occasion enfin de le découvrir et le transfert est superbe.

L’épine dans le cœur (France, 2009) de Michel Gondry – DVD édité par les éditions Montparnasse
Alors que les premiers échos de L’Ecume des jours qui sort dans quelques semaines ne sont pas des plus engageants, la sortie aux éditions Montparnasse de L’Epine dans le cœur, documentaire autobiographique plongeant dans les délices trompeurs de l’enfance, rappelle combien Gondry est bien trop souvent réduit à sa mécanique de l’absurde burlesque et à ses délires visuels. Eternal Sunshine ou La Science des rêves témoignent en effet d’un dispositif formel singulier – puis parfaitement rôdé – donnant l’illusion de la légèreté, parfait camouflage pour ses obsessions et ses hantises : le temps qui passe, les regrets qui l’accompagnent et les rapports humains aussi complexes et torturés qu’ils ont l’air élémentaires. L’épine dans le cœur constitue à ce titre une inestimable clé pour comprendre ses œuvres de fiction et mesurer combien elles sont intimes. Ici, tout le bricolage amateur est authentique, les petits films insérés, les morceaux de pellicules de super 8, comme des collages visuels, sont des fragments de vraie vie, des films de vacances, d’été perdus. Point de dissimulation derrière l’imaginaire puisque Gondry fait face à sa propre réalité. Point de dissimulation, donc, mais une importance du trompe-l’œil des souvenirs heureux qui fait progressivement monter l’amertume. Finalement, Gondry fait le contraire de la machine à oublier utilisée par Joël dans Eternal Sunshine : il plonge la tête la première dans ses années passées et en autopsie l’image du bonheur parfait. Le thème apparaît tout simple. Gondry revient dans les terres de son enfance pour y suivre les traces de sa tante Suzette dans les Cévennes, ancienne institutrice, figure mythique familiale mise sur un piédestal, charismatique et adulée de tous… Mais cet argument si bien exposé n’est qu’un leurre, le sujet véritable, l’épine, se situant ailleurs. La tante Suzette est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt, la grande ombre d’énergie trompeuse qui, écrasant les autres, en dissimule les secrets et les douleurs. Cette souffrance est celle du cousin homosexuel de Michel Gondry, celui qui dans un tel contexte provincial et familial – quoiqu’on veuille bien l’avouer devant la caméra – reste la « gêne » inavouable de la famille, qui fut contraint de vivre sa différence en silence. Il est époustouflant (et assez désagréable par la sensation d’être le voyeur de cette émergence de la vérité) de voir à quel point la caméra subtile de Gondry, à coups d’entretiens et d’archive familiales, parvient à une forme d’accouchement socratique général. On a la sensation que le cinéaste a un peu trompé sa tante égocentrique, prétextant que tout le documentaire tournera autour d’elle alors que l’hommage familial implicite est destiné à une tout autre personne. Malgré cette sensation de traquenard, Gondry ne juge pas, se contente de montrer. L’épine dans le cœur est une belle œuvre sur le non-dit et les névroses, les failles de nos chères cellules familiales, sur les figures centrales qui deviennent des légendes échappant à leur propre réalité. On leur voue un culte sans se douter que derrière ce merveilleux autel sommeille des âmes qui n’ont pas fini d’en découdre avec leur désespoir. (O.R)
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Les suppléments présents dans cette édition sont du pur Gondry, du choix des petites séquences animées venant compléter celles du film (Animation collection) à son savoureux collage d’images d’objets filmés dans les écoles, calendriers, et autres pots à crayons (Calendar doodled) qui parvient à distiller sa poésie en 2 mn. Autre curiosité, la métamorphose en clip techno d’images filmées par sa tante (Techno Suzette), dispensable, mais fun. Le plus intéressant reste sans doute l’émouvant petit reportage sur les Harkis et le sort de tous ceux qui furent rapatriés dans les Cévennes il y a plus de cinquante ans.

A propos de Gee Wee

A propos de Bénédicte Prot

A propos de Olivier ROSSIGNOT

A propos de Guillaume BRYON

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