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Il est toujours réjouissant de découvrir un film de Noboruo Iguchi, tant il nous permet à chaque fois de constater qu’un certain esprit du « cinéma d’exploitation » n’est pas tout à fait mort. Si on peinerait à citer des séries Z européennes actuelles, on en trouve encore quelques traces aux États-Unis (avec des cinéastes comme Fred Olen Ray, David DeCoteau ou Jim Wynorski…) mais également, chose que j’ignorais, au Japon. Et au Japon, avec les « Sushi Typhoon », c’est tout de même une autre ivresse. Nous vous en avons déjà parlé ici même régulièrement et dit tout le bien que nous pensions de sa liberté ahurissante, et de cette trivialité élevée au rang des beaux-arts.

C’est en 2010 que naît dans le giron de la Nikkatsu le label « Sushi Typhoon », spécialisé dans le film d’horreur à petit budget et les outrances du plus mauvais goût imaginable. Et c’est sous ce titre que les éditions Elephant nous offrent un deuxième coffret DVD/Blu-ray regroupant cinq films relevant du genre même si certains n’ont pas été tournés pour la compagnie.

Noboru Iguchi, cinéaste totalement azimuté, débuta visiblement en tournant des vidéos pour « adultes » explorant tous les genres de ce type d’œuvre (fétichisme, bondage, sexualité de groupe…) avant de se faire connaître par la suite pour des œuvres comme The machine girl ou Robogeisha.

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Tomie Unlimited n’est pas un film « Sushi Typhoon » mais le neuvième épisode d’une grande saga adaptée d’un célèbre manga (du moins, pour les spécialistes du genre!) de Junji Ito – auteur notamment du magnifique Spirale – et produit par la Toei.

Alors qu’elle était photographiée par sa petite sœur Tsukiko dans la rue, Tomie meurt brutalement. Dévastée, la famille vit toujours avec le souvenir de la jeune fille jusqu’au jour de son anniversaire où la revenante frappe à la porte de la maison.

Comparé aux autres films d’Iguchi, Tomie unlimited débute de manière curieusement traditionnelle. Le cinéaste fait preuve d’une jolie maîtrise (particulièrement dans le cadre) et s’inscrit d’emblée dans la tradition fertile du film de fantômes comme les affectionnent les japonais.

Dans un premier temps, ce fantôme n’est pas une apparition « surnaturelle » et inquiétante mais bel et bien une présence matérielle qui reprend sa place au cœur du foyer (tout le monde se réjouit de la revoir sans vraiment se poser la question du pourquoi et comment elle est là!). Sauf que les intentions de Tomie ne sont pas pacifiques et qu’elle commence à être très cruelle avec sa petite sœur. Petit à petit, le film glisse vers le fantastique puis vers une horreur grand-guignolesque à la (dé)mesure de l’œuvre d’Iguchi.

Nous ne vous cacherons pas que le film est desservi par des effets-spéciaux numériques plutôt bon marché qui affaiblissent un peu le déploiement gore de la dernière partie – bien givrée- du film (tête tranchée, corps dépecés, excroissances monstrueuses sur les corps d’où sortent des langues visqueuses…). On pense parfois au cinéma de Brian Yuzna avec ces têtes juchées sur une espèce de magma sanguinolent ou encore au mythique Basket Case (lorsque Tomie se réincarne en une sorte de tumeur immonde sur l’épaule d’une jeune fille).

Mais là où Tomie unlimited captive, c’est peut-être dans la manière qu’a le cinéaste de s’accaparer le phénomène du fantôme qui ne symbolise pas ici l’absence ou les regrets du passé mais une sorte de projection de la culpabilité de Tsukiko. Tomie est l’image (elle n’existe que par les photos qu’en a prise sa jeune sœur) qui hante une famille. Si elle est chouchoutée par ses parents quand elle revient, c’est qu’ils essaient de se racheter envers cette image morte pour lui donner une nouvelle « matérialité ». La scène où le père caresse longuement les cheveux de sa fille jusqu’à les « manger » est assez caractéristique de cette volonté, née de la culpabilité, d’offrir un nouveau « corps » à ce défunt. Et le rachat passera d’ailleurs par des punitions très poussées contre Tsukiko tandis que cette image de va cesser d’être éclatée.

Tout le film pourrait se voir comme la projection mentale d’une adolescente dont la relation aux autres est déformée par le prisme de ce décès et de ce manque (relation à ses parents, à l’ancien petit ami de Tomie, à sa meilleure amie…). Dommage qu’Iguchi ne joue d’ailleurs pas plus sur l’ambiguïté de ces « visions », se contentant parfois des outrances potaches du gore. Mais parfois, il nous propose des tableaux surréalistes (des insectes géants avec le visage de Tomie en guise de carapace) assez surprenants et fascinants. Sans avoir l’intensité de Ring ou de certains Kurosawa, Tomie Unlimited reste un bon film d’horreur.

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Avec Zombie ass (The Toilet of the dead), toujours réalisé par Noboru Iguchi, on bascule dans une autre dimension. Film d’horreur, certes (on ne compte plus les décapitations, les énucléations, les corps transpercés, les membres arrachés et autres réjouissances), mais surtout film d’un mauvais goût exacerbé au-delà de l’imaginable. Même les pires excès de Peter Jackson à ses débuts, de John Waters ou du Street trash de Muro paraissent bien pâles comparés à la folie furieuse de ce film.

Qu’on en juge : une bande de jeunes part en week-end dans la campagne japonaise pour aller camper. A bord du van, un conducteur totalement défoncé et sa petite amie, la plantureuse Maki qui rêve d’avaler un ver solitaire pour pouvoir maigrir et devenir mannequin (sic!). A leurs côtés, deux jeunes lycéennes (dont la réservée Megumi qui porte l’uniforme de rigueur) et un jeune binoclard froussard et maladroit. Ils débarquent dans une campagne reculée mais les choses tournent mal lorsque Maki commence à souffrir atrocement du ventre après avoir avalé son ver. En voulant se soulager aux toilettes, elle attire des zombies pervers qui lui tripotent les fesses et cherchent à la croquer.

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La scène est hallucinante : après nous avoir gratifié de gros plans sur le postérieur de la donzelle avec force bruitages, voilà qu’une tête de zombie apparaît au centre des toilettes, dans des eaux usagées immondes et commence à tripoter les fesses de Maki en la barbouillant d’excréments ! Tout sera à l’avenant : gore, scatologie, flatulences, vomi et une pincée de fétichisme cher aux mâles japonais avec cette écolière qui montre sa culotte dès qu’elle se sert de son karaté.

Entre ce passage assez hilarant où les zombies attaquent à quatre pattes et à reculons, les fesses dressées vers leurs futures victimes avec une sorte d’alien qui leur sort du trou de balle et un final se déroulant dans les airs comme dans un épisode de Dragon Ball avec Megumi qui utilise ses pets comme réacteur (une belle fumée jaune sort à chaque fois) ; je crois qu’on tient là l’un des films les plus hallucinants qu’il m’ait été donné de voir.

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Le résultat est crade à souhait, totalement idiot mais, corollaire logique, totalement réjouissant par la même occasion. On peut seulement regretter que les effets-spéciaux assez pauvres n’aient plus ce côté « amateur » et bricolé qui rendaient les grands films d’horreur d’antan malsains à souhait. Là, on doit se contenter de pauvres incrustations numériques et le sang qui coule ressemble à s’y méprendre à celui que l’on peut voir dans les jeux vidéos violents. Cette déréliction de l’horreur nuit un peu au film mais c’est la manière dont il se vautre dans ce qu’il y a de plus « trash » qui fait passer – paradoxalement – un si bon moment.

On appréciera également les sous-entendus sexuels que recèle ce déferlement d’horreur : les zombies sont dotés d’immenses tentacules qui s’immiscent sous les chemisiers et sous les shorts des écolières ou qui les pénètrent par la bouche voire plus bas !

Ceux qui résument le Japon au pays raffiné d’Ozu ou de Mizoguchi, où règnent délicatesse et non-dit passeront leur chemin. En revanche, les adeptes d’OFNI seront aux anges et goûteront à ce plat délicieusement peu ragoûtant qu’est Zombie ass ravagé et d’un mauvais goût parfaitement assumé …

DVDs et Blu Ray édité par Elephant Films

A propos de Vincent ROUSSEL

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