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Sept nouveaux films de la collection Les maîtres italiens du SNC sont disponibles depuis début Octobre, avec pour commencer deux comédies que Comencini réalise à la veille des années 60, bien avant qu’il soit le génial cinéaste de l’enfance, celui de L’enfance de Casanova ou de L’incompris. Ces deux œuvres légères, placées sous le signe du marivaudage et du jeu amoureux, n’excluent pas pour autant une certaine gravité et une forme déjà élégante avec, au montage, le grand Nino Baragli, futur monteur de Leone, Pasolini ou Bolognini et toujours fidèle à Comencini. Réalisé en 1958, Femmes dangereuses adopte un point de vue exclusivement féminin à travers les relations de quatre amies et de leurs conceptions de l’amour. Elles se lancent le défi de mettre à l’épreuve la fidélité des hommes… Pari on ne peut plus risqué ! Certaines affirment que l’homme est infidèle, d’autres, persuadées du contraire, lui font aveuglément confiance. Sylva Koscina illumine le film de sa présence en donnant la réplique à Dorian Gray et Renato Salvatori. Comencini retrouvera Dorian Gray dans Les surprises de l’amour qui évoque ici comment les insatisfactions amoureuses de deux cousines les conduisent à vouloir échanger leurs amoureux respectifs. Bien que n’étant pas le meilleur Comencini, les quiproquos, l’utilisation des décors, le rythme alerte, le charme des actrices sont pour beaucoup dans le délicieux plaisir qu’il procure.

Avant de réaliser les impressionnants Wake up and kill et Requiescant, l’éternel révolté que fut Carlo Lizzani, plus apparenté au néo-réalisme qu’il le sera par la suite adapte en 1954 le roman de Vasco Pratolini, et est primé à Cannes pour ce qui restera peut être son œuvre la plus connue. A travers l’histoire de cette passion amoureuse contrariée par la montée du fascisme, Lizzani insuffle déjà sa vision sociale et politique à travers un intérêt marqué pour les classes populaires et le sort que leur accorde l’Histoire. Porté par la formidable interprétation de Marcello Mastroianni, Antonella Lualdi et Gabriele Tinti, La Chronique des Pauvres Amants entremêle avec puissance la manière dont interagissent intimité romanesque et tragédie de l’Histoire. Chaque cas individuel entre en magnifique résonance avec le destin collectif.

Réalisé par Alessandro Blasetti en 1955, La Chance d’être une femme est une sympathique comédie qui vaut plus pour son duo Sophia Loren/Marcello Mastroianni, futur tandem de Mariage à l’italienne et d’Une journée particulière, que pour son intrigue un peu anodine. Le film tourne autour des bienfaits du hasard, lorsqu’une jeune vendeuse rêvant d’être mannequin se retrouve prise en photo à son insu, faisant malgré elle la une d’un magazine. Tout s’enchaîne alors pour cette jeune ambitieuse, bien décidée à ne pas laisser passer l’occasion. La chance d’être une femme est suffisamment enlevé et alerte pour maintenir l’attention. Le charme de l’époque et des acteurs fait le reste.

Réalisé par Anton Giulio Majano (1953), Un Dimanche Romain se déroule sur une journée jusqu’au match de football Rome – Naples, l’intrigue tissant plusieurs intrigues à la fois avant de les rassembler en un même lieu. Le match devient le décor où, au-delà des inégalités, tous se rassemblent, toutes classes sociales confondues. Bien au-dessus de la légèreté du thème, Majano insuffle une certaine mélancolie à ce dimanche romain. Il attrape les destins au vol, les intrigues amoureuses, les jalousies, les espoirs, les ridicules de chacun, mais fait toujours preuve d’un vrai respect pour ses héros, plus émouvants encore lorsque Sophia Loren, Renato Salvatori ou Maria Fiore leur prêtent leur talent. Un dimanche Romain ne serait rien sans la musique de Nino Rota qui apporte son sens de l’enjoué, cette joie foraine bercée d’amertume qu’on lui connaît.

Nous ne quittons pas Nino Rota qui compose également la musique d’Un héros de notre temps (1955) de Mario Monicelli, avec le fabuleux Aberto Sordi en anti-héros pleutre, arriviste, antipathique, pris au piège de sa propre médiocrité. Même si Un héros de notre temps n’est pas encore aussi sombre que ses œuvres suivantes, le rire n’en est pas moins l’habit d’un sacré pessimisme, d’une vision acerbe de l’humain et de ses travers. Tout l’art de la comédie italienne, dont Monicelli fut le meilleur représentant avec Risi, est là, dans son portrait acide d’une société, cette capacité à faire rire de ses tares et à rendre presque attendrissant les personnages les plus sordides. On ne dira pas assez à quel point la comédie italienne est une héritière de la comedia dell’arte, à la fois burlesque, satirique et politique. Alberto Sordi y fait un indécrottable lâche, dont on espère vainement que ses déboires le fassent changer.

Après une œuvre de jeunesse de Monicelli voici un méconnu et immanquable Dino Risi, qui répond justement à Un héros de notre temps par cette vision commune d’un rire amer, désenchanté, d’une ironie coupante. Car si Pauvres mais beaux (1956) et son triangle amoureux (Renato Salvatori, Lorella De Luca, Ettore Manni) a tout d’un marivaudage léger, il distille bien d’autres subtilités, une émouvante étude du sentiment amoureux qui côtoie une certaine tristesse. Sa jeunesse a beau attendrir, elle n’est jamais édulcorée. De plus, Pauvres mais beaux fait preuve d’un très bel élan féministe dans la composition de son personnage féminin indompté et d’une terrible acuité concernant sa condition et la nature des hommes. Le monde de L’Amie prodigieuse de Ferrante n’est peut-être pas si loin. Par la suite, Risi terminera le tryptique avec Beaux mais pauvres et Pauvres millionnaires

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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