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Tourné en 1963, Le manoir de la terreur s’inscrit d’emblée dans cette tradition que le cinéma fantastique italien va illustrer avec brio pendant toutes les années 60 : le film d’épouvante gothique. Moins célébré que les classiques signés Bava, Margheriti ou Freda, l’œuvre d’Alberto de Martino ne démérite pourtant pas et possède de nombreux atouts pour les amateurs du genre.

Dès le générique, le spectateur est mis dans l’ambiance : château lugubre, orage, pluies torrentielles et hurlements mystérieux qui déchirent la nuit. Après ses études, Emily Blackford retourne dans son château familial et retrouve son frère qu’elle n’a pas vu depuis de nombreuses années. Leur père est mort dans un incendie mais une mystérieuse malédiction semble planer sur les lieux. Une ancienne prophétie veut, en effet, que pour éviter l’extinction de la lignée Blackford, la jeune Emily doive mourir avant d’avoir atteint sa majorité. Or son anniversaire approche et elle s’apprête à le fêter dans cinq jours…

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La première chose qui frappe en découvrant Le manoir de la terreur, c’est le soin accordé à la mise en scène : la photographie est superbe (louons une fois de plus les éditions Artus qui nous ont déniché une splendide copie du film) et le cinéaste joue de façon très habile avec les contrastes, les jeux d’ombre et de lumière. La scène où l’amie d’Emily s’égare dans une des tours du château pour découvrir la gouvernante des lieux en train de faire une piqûre à un homme monstrueux est de toute beauté. De Martino parvient à donner une teinte cauchemardesque à ce passage qui fait tout le sel de ce cinéma « gothique »où l’atmosphère prime souvent sur la narration.

J’ignore si l’on peut qualifier Alberto de Martino de « grand » cinéaste mais c’est un honnête artisan qui, comme la plupart de ses confrères transalpins, œuvra dans tous les genres, signant quelques péplums renommés (Persée l’invincible, La révolte de Sparte…) et rencontrant le succès avec le western 100.000 dollars pour Ringo. Au cours des années 70, il tournera des « gialli » avant de se tourner vers le fantastique et les relectures de grands succès américains de l’époque : L’antéchrist pour surfer sur la vague de L’exorciste et Holocauste 2000 qui reprend les recettes de The omen.

Pour Le manoir de la terreur, il s’inspire des romans de Poe, notamment La chute de la maison Usher (le personnage du frère, Roderick, porte le même prénom que dans la nouvelle). Mais ce sont surtout quelques motifs qui renvoient à l’univers de l’écrivain : la malédiction familiale et le risque d’extinction d’une lignée aristocratique, la demeure hantée, la psychose d’être enterré vivant…

Tout cela est assez brillamment mis en scène même s’il manque sans doute cet éclair de génie qui aurait pu donner au film sa singularité. En l’état, Le manoir de la terreur est avant tout un bon film classique, qui souffre peut-être d’une distribution sans relief (il manque une Barbara Steele ou un Christopher Lee!) et qui s’essouffle un peu en son milieu.

Ces réserves posées, on passe un excellent moment à découvrir ce récit macabre, rythmé par de sombres machinations. Les personnages sont solidement typés (le jeune premier amoureux, la gouvernante inquiétante – figure fructueuse depuis Rebecca d’Hitchcock-, le médecin au rôle ambigu, l’aristocrate décadent…) et les visions de ces jeunes filles errant en pleine nuit en chemise de nuit dans d’inquiétantes ruines ne pourront que réjouir les amateurs.

Petite curiosité : si le film est réalisé par un cinéaste italien et s’inscrit dans un courant fécond du cinéma de genre transalpin, il faut souligner qu’il a été tourné en Espagne avec des capitaux espagnols. Les décors évoquent d’ailleurs ceux de L’horrible docteur Orlof de Franco (ce qui n’est pas pour nous déplaire!) et les paysages tranchent avec ceux du traditionnel « gothique italien ».

Cette petite touche « d’exotisme » ne nuit en rien (au contraire !) au vrai charme qui se dégage de ce Manoir de la terreur.

Supplément : C’est l’incontournable Alain Petit qui analyse en détails le film de Martino. Comme toujours, on apprend beaucoup de choses et notre spécialiste revient notamment sur une pratique courante des distributeurs dans les années 80 : celle de reprendre un titre déjà existant pour sortir une œuvre inédite avec un ancien visa de censure et contourner ainsi l’institution. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas confondre le film d’Alberto de Martino avec le très « gore » Manoir de la terreur d’Andrea Bianchi !

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Le manoir de la terreur (1963) d’Alberto de Martino

Editions Artus films

Sortie le 3 mars 2015

A propos de Vincent ROUSSEL

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