L’œuvre de Pallardy est peuplé de seins, de fesses, mais plus rarement de ventres et d’embryons. Ce film semble, par son sujet plus engagé et sa finition plus léchée, être également plus personnel et intimiste. Un film qui tient aux tripes, à celles qui font tourner l’horloge biologique, qui font courir les hommes et les femmes vers des projets coup de poing, des actes de revendications libérateurs.

Réalisateur libertaire par excellence, le jeune trublion de l’amour chez les poids lourds s’engage ici dans un cinéma plus narratif, plus sérieux, et c’est une belle réussite… Le thème principal est en lui même une provocation. Il aborde le sujet alors tabou des mères porteuses, des « donneuses ». Interdit à sa sortie en salle, il porte bien d’autres éléments d’intérêt, comme son discours sur l’entreprise en filigrane, et ce plébiscite pour une nouvelle manière de vivre, sans contraintes et loin des préjugés…un film à son image finalement, où sa performance d’acteur se révèle étonnamment consistante, voire tout à fait brillante dans le rôle du mari tourmenté par un environnement oppressant ses convictions sous des carcans archaïques et conservateurs.

Si la critique de la bourgeoisie peut paraître un peu dépassée elle ne l’est finalement guère plus que les Chabrol de la même période. La forme a parfois un peu vieilli, et il faut probablement se remettre dans le contexte du moment vécu pour appréhender tout le discours de La donneuse. Pourtant, s’y dessine un portrait social des années 70 extrêmement juste dans ses interrogations, ses hantises, qui semble même anticiper sur les rapports conflictuels actuels au couple et à la sexualité. Sans atteindre le cynisme d’un Verhoeven, ce sens de la noirceur du destin n’est pas sans rappeler celle d’un Turkish Delices.
Le propos peut paraître un peu marqué, le budget étriqué visible, mais ce qui caractérise Pallardy, c’est cette sensation de spontanéité qui s’en dégage, l’intuition d’une réalité des personnages, tout particulièrement dans ce film qui est d’une sincérité surprenante, y compris dans sa naïveté et son sentimentalisme. Ajoutons qu’il est porté par la présence d’une Willeke Van Ammelroy très émouvante, en un lumineux portrait de femme en quête d’indépendance, décidée à vivre sa vie dans toute la liberté qu’elle lui offre et tombant progressivement amoureuse. D’un naturel confondant, elle dégage un sentiment de pureté qu’une telle œuvre n’aurait pas laissé soupçonner.

L’une des premières séquences du film, long pamphlet solitaire d’un bourgeois perdu au fin fond de la campagne, empli d’un désir d’enfant plus fort que tout, observant ceux des autres au travers de son rétroviseur, marque un poignant émotionnel qui perdurera tout du long sans jamais tomber dans le pathos. Voilà donc un film qui a peut-être échappé injustement à certains spectateurs par son étiquette étriquée de film érotique. Pourtant il y a une recherche visuelle, esthétique, parfois d’étonnants effets stylistiques, de vrais bons textes (souvent sous forme de monologues internes), une musique éloignée des sonorités traditionnelles à ce type de filmographie.

Film kitsch, film de poils (plus portés en fourrure que fourrures de femme), reprenant avec humour certain aspect des téléfilms des années 70 (Beba Loncar est à ce titre l’emblème du non jeu digne de certains passages des « Feux de l’amour », absolument irrésistible à condition que l’on possède le même sens de la dérision que l’auteur).
La donneuse, film de cul(te) et vrai film d’amour.

Pour les bonus, voir la chronique des comédies érotiques de Jean-Marie Pallardy ici.

La donneuse (France, 1975) de Jean-Marie Pallardy, avec Willeke Van Ammelroy, Beba Loncar, Jean-Marie Pallardy

Edité par Le Chat qui fume

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