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Les éditions Elephant, entament une nouvelle collection consacrée aux classiques du cinéma d’épouvante des années 30 avec 4 petites merveilles avec au programme : maisons mystérieuses, nuits d’orages, gorilles échappés, savants fous et autres morts-vivants.

  7128j8tkzel-_sl1000_On reste toujours étonné qu’aucun réalisateur ne soit vraiment arrivé à restituer la force subversive et – comme souvent chez Wells – visionnaire d’un roman aussi génial que L’île du Docteur Moreau. La version qu’offrait Erle C. Kenton en 1932 reste la meilleure adaptation à ce jour laissant loin derrière celle (sympathique au demeurant) de Don Taylor en 1977 ou le fiasco de 1996 de Frankenheimer avec un Brando en roue libre. Il faut dire que l’interprétation de Charles Laughton en docteur mégalomane prométhéen continue 75 ans après (et oui !) à en mettre plein la vue. Il parvient à la fois à être troublant et terrifiant, terrifiant parce que troublant. Le glissement dans l’île est celui vers une autre dimension qui abolit les espaces. L’atmosphère tient autant du gothique que de l’exotisme des jungles tel qu’il excellait dans Les Chasses du Comte Zaroff. Le réalisateur y privilégie autant l’ombre que chez Tourneur et les futures productions Val Newton. Bref sur une durée extrêmement courte il parvient à la fois à envoûter et à faire le message de Wells : l’homme s’arroge le droit d’être une race dominante tandis que les monstres (Freaks n’est pas loin) en effet, ne sont pas ceux qu’on croit.

71fwtxlpefl-_sl1000_Parmi les adaptations les plus connues d’Edgar Poe, outre celles d’Ulmer et de Corman, il y eût ce Double assassinat de la Rue Morgue (1932), avec son célèbre gorille assassin réalisé par Robert Florey. Bela Lugosi s’en donne à cœur joie pour incarner le Docteur Mirakle qui s’adonne à des expériences on ne peut plus douteuses dans le Paris des années 1845, s’interrogeant sur les rapports entre l’homme et le singe. On connaît surtout Florey pour son magnifique La Bête à Cinq Doigts (1946) – adaptation du roman de Harvey par Curt Siodmak – qui utilisera après Lugosi une des autres grandes figures du fantastique : Peter Lorre. Florey réalisa Double Assassinat… presque malgré lui, déçu de ne pas avoir pu réaliser Frankenstein, projet finalement confié à James Whale. Pourtant il s’acquitte de sa tache avec talent car Double Assassinat est un très beau moment d’atmosphère brumeuse dans un Paris plongé dans les ombres et la géométrie, encore très inspiré par l’expressionnisme allemand. La photographie de Karl Freund (La momie) y est sans doute pour beaucoup.

715rk2jxgsl-_sl1000_Le fantôme vivant (1933) (aka The Ghoul) va quant à lui profiter du succès de La Momie de Karl Freund pour de nouvelles aventures liées aux maléfices de l’égyptologie en remaquillant Karloff pour l’occasion. Il n’est plus ici un monstre à bandelettes marchant droit en tendant les bras, mais un vieux professeur ravagé par la maladie, croyant avoir trouvé à travers un médaillon le secret l’immortalité. Hélas rien ne se produira comme prévu … Si The Ghoul de T. Hayes Hunter ne s’élève pas au rang des classiques inoubliables, la faute à un manque d’originalité dans l’histoire et le traitement, il n’en demeure pas moins toujours distrayant et amusant.

71vcq71ljcl-_sl1000_Dans La maison de la mort (1932) (The Old Dark House / Une soirée étrange) James Whale, le père de Frankenstein nous enferme entre les quatre murs d’une imposante demeure isolée…Nous y retrouvons d’ailleurs Boris Karloff dans une interprétation emportée et crépusculaire. Des personnages réunis dans un même lieu lugubre menacés par les éléments déchainés, des maitres des lieux inquiétants accompagnés d’un majordome monstrueux, une ambiance déliquescente… tout concours à immerger dans atmosphère qui sans être tout à fait fantastique nous fait glisser lentement vers l’inexplicable et l’aliénation, l’immaîtrisable, la perte de pied. Le génie de Whale resplendit à chaque instant appuyé par la photo d’Arthur Edeson. N’oublions la distribution impeccable : Melvyn Douglas, Gloria Stuart, Lilian Bond, Ernest Thesiger et le toujours fabuleux Charles Laughton. Les ombres font des folies sur les murs, le climat devient de plus en plus oppressant. Et nous, spectateurs de rester ébahis devant ce joyau où le huis-clos névrotique trahit les résurgences du romantisme gothique : les sentiments apaisés, la tempête peut s’arrêter.

Pour des films des années 30, les copies sont souvent impressionnantes et malgré les ravages du temps leur restauration apporte les meilleures versions disponibles. Pour les suppléments, le grand habitué des éditions Elephant, Jean-Pierre Dionnet, comme à son habitude, apporte son indispensable contribution éclairée  On espère une suite de collection aussi pertinente que son formidable début.

 

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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