Sorties cinéma du 11 juillet 2012 : Culturopoing a déjà vu ça…

Qu’il est loin le temps où les cinéphiles citadins pouvaient partir tranquilles à la plage en juillet et en août alors que seules trois ou quatre nouvelles séries plus ou moins Z se battaient en duel sur les écrans chaque semaine… La France a définitivement adopté le rythme américain et fait rimer summer avec blockbuster.
Cela dit, pas de vrais blockbusters ce 11 juillet parmi les douze nouveaux films arrivant sur nos écrans mais quelques uns présentant de réels atouts pour le box office.

Gina Carano et Michael Fassbender dans "Piégée"
Gina Carano et Michael Fassbender dans "Piégée"

Ainsi le nouveau film de Steven Soderbergh, dont le rythme de travail a toujours été impressionnant mais qui semble n’avoir jamais été aussi frénétique que depuis qu’il a annoncé être lassé de tourner… Avec Piégée, il donne cette fois dans le "film de baston" et vise à faire de la championne de mixed martial arts Gina Carano le pendant féminin de Chuck Norris ou Jean-Claude Van Damme. A la différence près que ses homologues masculins n’ont jamais eu autant d’adversaires prestigieux à combattre dans le même film, à savoir ici Ewan McGregor, Channing Tatum, Michael Fassbender, Antonio Banderas, Bill Paxton ou Michael Douglas…
Ambiance virile aussi mais un peu moins glamour pour le nouveau polar de Pierre Jolivet, Mains armées, dans lequel il retrouve son vieux complice Roschdy Zem (cinquième film ensemble), qui prend ici un coup de vieux en se retrouvant père de Leïla Bekhti.
Dans un tout autre genre, Les Kaïra tente de transformer à l’écran le succès du programme court Kaïra Shopping, avec notamment le renfort de Ramzy Bédia. C’est l’un des trois comédiens du film qui passe pour l’occasion à la réalisation, Franck Gastambide. Comme la fin de son nom l’indique ?…
Le second film comme réalisatrice de la comédienne Anne Fassio, Ma bonne étoile, aurait tendance à nous faire regretter l’époque où Christophe Lambert tournait dans Mortal Kombat, Vercingétorix ou Beowulf. Et ça, c’est pas bien…
Après avoir voulu nous faire croire que John Travolta était le nouveau Divine dans son remake d’Hairspray, Adam Shankman déguise cette fois Tom Cruise en clone pour rire d’Axl Rose ou Vince Neil dans Rock Forever. Ce type est sous contrat avec l’Eglise de Scientologie ou quoi ?

Vanessa Paradis et Denis Ménochet dans "Je me suis fait tout petit"
Vanessa Paradis et Denis Ménochet dans "Je me suis fait tout petit"

Cécilia Rouaud place son premier long-métrage, Je me suis fait tout petit, sous le patronage de Georges Brassens (via son titre, en tout cas). Sa romance à l’écran avec Denis Ménochet relancera-t-elle la carrière cinématographique de Vanessa Paradis, en mal de succès depuis L’Arnacœur ?
Avec Chroniques de Tchernobyl, Oren "Paranormal Activity" Peli est le premier à avoir eu cette idée, pourtant toute bête, de faire un genre de Blair With Project en zone de contamination nucléaire. On parie combien qu’il va bientôt nous refaire le même coup avec les fantômes de Fukushima ?
On ne parle pas hébreu mais quelque chose nous dit que Hanotenet (son titre original) ne se traduit pas par La Femme qui aimait les hommes. Et une autre chose nous dit que ce premier long-métrage réalisé par la comédienne Hagar Ben Asher (qui s’est aussi donnée le premier rôle) ne vaut pas le film de Truffaut.
Le Bulgare Kamen Kalev avait plutôt séduit avec son premier film, Eastern Plays, il y a deux ans. Pour The Island, il s’offre un casting chic (Laetitia Casta) et choc (Alejandro Jodorowski dans un petit rôle) mais l’accueil du film à Cannes l’an dernier (à la quinzaine des réalisateurs) fut très loin d’être enthousiaste.

"La Nuit d'en face"
"La Nuit d’en face"

Nous n’avons pas encore pu voir le dernier film effectivement réalisé par Raúl Ruiz, La Nuit d’en face, présenté au dernier festival de Cannes et, il y a quelques jours, en avant-première, lors de la 10ème édition de Paris Cinéma. On va tâcher d’y revenir prochainement.
On reviendra en tout cas assurément sur deux des très bonnes sorties de la semaine : Kill List, thriller horrifique de Ben Wheatley (dont Sabine Garcia nous avait déjà vanté le précédent Down Terrace il y a deux ans, hélas resté inédit en France), et Les Enfants de Belle Ville, d’Asghar Farhadi, dont on n’arrête plus de découvrir (dans le désordre, malheureusement, mais c’est mieux que rien) les films depuis le grand succès surprise d’Une séparation. Les Enfants de Belle Ville est son deuxième long-métrage, tourné en 2004, et ne doit donc pas être confondu avec le film que le cinéaste iranien tourne ces temps-ci à Paris avec Marion Cotillard et Tahar Rahim.

Melina Mercouri et Alekos Alexandris dans "Stella, femme libre"
Melina Mercouri et Alekos Alexandris dans "Stella, femme libre"

Comme si tout cela ne suffisait pas, plusieurs reprises nous sont également proposées cette semaine.
On ne présente plus vraiment La Garçonnière (The Apartment, 1960), l’un des films les plus fameux de Billy Wilder (même si c’est loin d’être son meilleur), le duo Jack Lemmon / Shirley MacLaine (qui sera reconstitué quelques années plus tard dans Irma la douce), le toujours très bon et trop sous-estimé Fred Mac Murray, et les décors de bureau incroyables d’Alexandre Trauner.
On ne présente pas davantage le cinéma de John Cassavetes, dont plusieurs des principaux films (Shadows, Faces, Une femme sous influence, Meurtre d’un bookmaker chinois, Opening Night et Gloria) font l’objet d’une mini-rétrospective dans plusieurs salles. On se contentera juste de hurler : "Courez-y toutes affaires cessantes !", si ce n’est déjà fait.
La Colline des hommes perdus (The Hill, 1965), de Sidney Lumet, est analysé par ailleurs en long et en large par Guillaume Bryon avec le brio qu’on lui connaît.
On connaît moins ce Raoul Walsh millésime 1942 (un sacré cru, celui de Gentleman Jim, entre autres), Manpower. Ce n’est pas un film sur le drame du travail en intérim (le titre français, L’Entraîneuse fatale, pour le coup, évite toute confusion) et l’association de Marlene Dietrich (dans un rôle à la Lola Lola), Edward G. Robinson et George Raft, c’est quand même pas mal, non ?
La vraie curiosité de la semaine, c’est la reprise d’un film peu vu en France depuis sa sortie, en 1958. Tourné en 1955 et récompensé du Golden Globe du meilleur film étranger l’année suivante, Stella, femme libre marquait à la fois la reconnaissance du cinéma grec en dehors de ses propres frontières et les débuts au cinéma du réalisateur Michael Cacoyannis, mort il y aura bientôt un an dans une certaine indifférence (y compris chez nous, battons notre coulpe…), et de Melina Mercouri, déjà comédienne de théâtre reconnue, aussi bien en Grèce qu’en France, qui y fit sensation en chanteuse de rebetiko.

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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