Shane Black – "Iron Man 3"

Pour ce troisième volet, Marvel a choisi de confier les rênes à Shane Black au lieu de Jon Favreau, réalisateur des deux premiers opus. Et malgré la méfiance initiale, le choix se révèle judicieux, Black livrant peut-être le meilleur opus de la série. Le premier volet mettait en place le personnage charismatique et arrogant de Tony Stark qui se découvrait une âme de sauveur alors que son métier de fabricant d’armes ultra sophistiquées en faisait jusque là un destructeur. Un vrai héros à l’américaine dans toute sa splendeur qui tombait de son piédestal dans une suite aussi mésestimée que méchamment subversive où Stark se trouvait un peu ridiculisé. Shane Black se réapproprie ce matériau de base pour redorer les galons d’Iron Man tout en y injectant ses propres obsessions, dépeignant un personnage plus humain où transparaissent failles nées de blessures jamais cicatrisées, ces fractures de l’âme que l’on retrouvait de façon bien plus prononcée chez Martin Riggs dans L’Arme Fatale (basé sur le scénario « spec » de Black et qui lança une mode furieuse à Hollywood dans les années 90 où ces scénarii non commandés par les studios s’arrachèrent à coups de millions de dollars). Blockbuster oblige, Black ne pouvait pas se permettre d’avoir un héros autodestructeur au point de jouer avec une arme chargée dans la scène d’introduction. La face sombre de Stark se dévoilera donc progressivement, en particulier dans ses relations avec un petit garçon, qui le renvoie à son propre moi, à sa relation conflictuelle avec son père disparu. Stark a peur de se livrer, d’ouvrir son cœur aux autres – ce séducteur invétéré à l’intelligence supérieure se verra ainsi confronté à lui-même dans un miroir fait d’innocence et d’admiration mais Black choisit de jouer sur la subtilité, voire l’humour, pour illustrer ce combat intérieur d’un héros bien plus complexe qu’il n’y paraît. Et Iron Man de s’extirper enfin de ce procédé lassant qui faisait de lui un lanceur de blagues ironiques et décontractées, dont on attendait la prochaine saillie. Cette posture qui laissait à Downey Jr. l’occasion de laisser libre court à son cabotinage – lassant dans les Avengers – est ici partiellement mise de côté.
Face à notre protagoniste, il fallait des méchants d’envergure. Les deux antagonistes qui se partagent cet honneur sont Aldrich Killian (Guy Pearce), un scientifique maladivement obsessionnel, et Le Mandarin (Ben Kingsley), un terroriste ouvertement modelé d’après Ben Laden. Killian a développé un virus, EXTREMIS, qui permet de décupler la force et la résistance des êtres humains. Il s’en sert comme des armes quasi indestructibles, provocant des dégâts monstrueux et se rapprochant davantage de son ennemi juré, Tony Stark, qui l’avait éconduit quelques années auparavant. Très épris de Pepper (Gwyneth Paltrow), désormais compagne officielle de Stark, il en profite pour la séduire par son intelligence et ses inventions jusqu’à l’attirer dans ses filets aux desseins malfaisants. Quant au personnage du Mandarin, son destin réserve quelques surprises qu’il serait très dommage de dévoiler ici. Black n’hésite pas à forcer le trait allant jusqu’à se moquer ouvertement de ce statut de terroriste mondialement craint jusqu’à la caricature, sans pour autant que cela ne nuise à l’intrigue. De plus, bien que le Mandarin de Black semble trahir quelque peu le personnage du comic, il s’inscrit entièrement dans la réalité de ces terroristes ouvertement manipulateurs. Dosant savamment le sérieux et l’humour jusqu’à l’absurde et au grotesque, le réalisateur nous embarque dans son univers si facilement reconnaissable avec une aisance réjouissante.
Comme d’autres scénaristes avant lui, Shane Black s’est également essayé à la réalisation mais avant Iron Man 3, il n’a qu’un seul métrage à son actif, le très réussi Kiss Kiss Bang Bang (où il dirigeait déjà Robert Downey Jr.). Si la plupart des blockbusters se voient affublés d’une conversion 3D en post-production, Iron Man 3 a été filmé pour la moitié en 3D, bien employée et sachant se faire oublier. De toute évidence, Black a choisi de miser sur une réalisation solide et non sur les effets jaillissants gadgets. Le spectacle est immersif d’entrée de jeu jusqu’à un vertigineux final dans un port. Nous virevoltons, volons avec les personnages entre les grues gigantesques en une belle sensation d’apesanteur. Et malgré les accélérations des combats aériens, les explosions jusqu’à satiété, les scènes d’action hautement adrénalinées  restent toujours lisibles.
A chaque nouvelle sortie mettant en scène les super héros Marvel, les spéculations vont bon train. Est-ce que ce sera fidèle au comic ? Quel réalisateur sera à la hauteur ? Est-ce qu’il aura une certaine liberté ou est-ce qu’il se contentera de livrer un produit commercial qui mettra tout le monde d’accord ? In fine, beaucoup se contentent de produits aussi bien conçus que parfaitement anonymes, hypnotisés par les effets de grand huit et les prouesses technologiques – qui virent au plaisir de répétition. Il est fort à parier que ce Iron Man 3 déconcertera ceux dont les attentes sont proportionnelles à leur intérêt pour le personnage de base et qui préfèrent une adaptation fidèle en tous points de vue. Mais il ne suffit pas de retranscrire les cases d’une BD à l’écran pour lui donner âme et profondeur (voire la décevante adaptation de Sin City par Robert Rodriguez). Peu importe qu’un réalisateur trahisse le matériau d’origine s’il en fait sa propre matière, s’il lui impose sa patte, s’en servant pour traduire son propre univers. Dans l’univers des comics à chaque nouvelle arrivée de dessinateur, l’histoire et les personnages prenaient régulièrement une direction différente, un nouveau souffle. Espérons que cette lecture personnelle du genre par Shane Black incitera les producteurs de futurs projets à briser le moule déjà fatigué de festivals CGIs aux personnages insipides. Je ne sais pas si Shane Black a tué Tony Stark, mais une chose est sûre, il lui a offert une belle renaissance.

A propos de Marija NIELSEN

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