trueblood_poster1

Alan Ball – "True Blood", saison 1

Après Six Feet Under, True Blood est la « nouvelle » (déjà deux saisons diffusées aux USA) série d’Alan Ball. Bien que vus deux fois (parfois, il faut savoir s’obstiner), les douze épisodes de la saison 1 ne suffisent pas à faire émerger un fil conducteur. Ils laissent le spectateur en suspens, décontenancé par les multiples pistes ouvertes, et la juxtaposition de portraits de personnages intéressants et complexes. Si la saison 1 s’articule autour d’un suspense classique – qui est le tueur qui élimine, les unes après les autres, les femmes qui fricotent, d’une manière ou d’une autre, avec les vampires ? -, cette histoire de vengeance et de haine, qui trouve ses origines dans la passion délirante de la pureté des sangs (pour laquelle le mélange et le métissage sont une abomination qui excuse par avance les pires agissements), bien que symptomatique et symbolique, ne justifie pas qu’on regarde cette première saison.

Ce qui bien plutôt fascine et retient l’attention, c’est l’omniprésence des corps, et de leurs humeurs (sang, sexe), qui envahissent toutes les scènes et les images, dans une réalisation soignée qui ne cesse de les mettre en scène, dans tous les états et sous tous les angles. Avec un peu de recul, True Blood apparaît comme à mi-chemin entre le conte de fées (fées en enfer) et la série de vampires (comme dans ce qu’on appelle « le film de vampires », le vampire agissant ici comme un révélateur des pires passions humaines). C’est donc aussi un conte moral, bien qu’il soit impossible de distinguer de quelle morale il relève tant il résiste à toute interprétation univoque. Mais l’ensemble forme bien, comme tous les contes, une transposition outrée de notre monde comme monde de folies, où le mal et le bien livrent une lutte sans merci, et où la bêtise écrase l’espoir de tout son poids.

Deborah Ann Wool

Deborah Ann Wool

Soit donc une héroïne (la Princesse) innocente mais pas naïve, dotée d’un étrange pouvoir (elle entend les voix intérieures des autres), vierge répondant au nom de Sookie (dérivé du verbe sook, lui-même dérivé du verbe suck), qui découvre l’amour dans les bras d’un vampire, grâce auquel elle va connaître le septième ciel en acceptant de lui donner son sang (Sookie = Jésus-Christ ????). A toute princesse, il faut un Prince. Voici donc, aussi gris et froid que Sookie est rose et vivante, Bill le vampire qui voulait être un homme (un être humain), et qui tue par amour l’un de ses congénères, crime qui le met néanmoins au banc de sa société. Comme tout Prince, il aime sa Princesse d’amour et il est prêt à mourir de sa deuxième mort (celle de vampire) pour elle.

Autour d’eux, gravitent moult personnages hauts en couleur. Ainsi, Jason, frère de Sookie, Prince dégénéré. Il est aussi rempli de connerie (ses deux petits yeux rapprochés et son physique de cowboy, dont il se repaît, lui donne un faux air de G.W. Bush) que sa sœur est intelligente de bon sens. Tout entier dans le souci de son corps de rêve et rempli de fascination pour sa (forcément petite ?) bite, qu’il cherche par tous les moyens à satisfaire, il enchaîne les conquêtes auprès de femmes étrangement avides de sexe, ou plutôt vides de satisfaire les pulsions du mâle, persuadées d’y trouver leur satisfaction. Le bellâtre va finir par rencontrer bien plus retors que lui, une jeune et très belle femme, vaguement hippie, totalement new age, obsédée par l’harmonie, complètement junkie au vrai sang (le fameux True Blood) de vampire, et n’hésitant pas, pour satisfaire sa dépendance, à kidnapper, torturer et finalement achever, non sans lui avoir auparavant sniffer le sang, un malheureux vampire, ex humain hétéro, qui s’était enfin trouvé dans sa nouvelle condition de vampire homo assumé. De cette mésaventure, par laquelle il accède enfin à la notion de bien et de mal, Jason va ressortir plein de culpabilité, mais malheureusement pour immédiatement se tourner vers les délires d’un groupe religieux tout à la gloire du retour de Jésus et de la pureté de la race humaine, un de ces groupes qui pullulent en Amérique.

Anna Paquin et Stephen Moyer

Anna Paquin et Stephen Moyer

Il y a aussi Tara, meilleure amie de Sookie dont elle est le négatif dans l’innocence, orpheline d’une autre manière qu’elle : sa mère est une alcoolique finie. Cette belle fille émouvante (grâce à la qualité du jeu de son interprète) est une boule d’énergie et d’agressivité, qui foire tout ce qu’elle tente, ce qui dit l’ampleur de sa blessure. Et puis encore Lafayette, homosexuel spectaculaire, dealer de True Blood et prostitué, ce qui ne l’empêche pas de redresser les torts, et enfin Sam, patron du bar où Sookie est serveuse, chevalier au grand cœur, protecteur de tous les instants, capable de la transformation la plus étonnante (l’homme, cet animal ?).

Tous ces humains évoluent dans un climat moite, où la chaleur écrasante fait luire les corps, omniprésents à l’écran comme dans la vie, qu’ils soient nus ou (très légèrement, forcément) habillés. La peau est humide, les muscles sont saillants, on entend les souffles, souffles du sexe, de la peur, de l’excitation, de la cruauté. Monde de l’obsession, de l’hystérie, de la bêtise, le monde de True Blood (les Etats-Unis de George Bush ???) tourne sans s’arrêter autour du sang et du sexe, en même temps qu’autour du bien et du mal, mais sans imposer de vision tranchée. Quant aux vampires pourvoyeurs de True Blood, sont-ils plus humains d’être rejetés aux marges de Bon Temps ? Bien au contraire, la plupart, fidèles à leur réputation, se contentent de sucer le sang et de puer la mort, et sont finalement assez proches de ces êtres humains dont ils révèlent la folie par leur seule présence.

Kristin Bauer, Alexander Skarsgård et Patrick Gallagher

Kristin Bauer, Alexander Skarsgård et Patrick Gallagher

Rien n’est donc simple dans ce monde qu’Alan Ball filme avec soin, d’une manière qui le fait ressembler à plusieurs reprises à un Twin Peaks du Sud (même capacité à distordre les images en allongeant la durée des plans, à installer la lenteur, à exacerber l’étrange dans le banal), et qui nous laisse un drôle de goût (de sang) dans la bouche. La saison 2 (1) donnera peut-être un semblant de cohérence à cette première saison baroque. En attendant, on peut se passer en boucle l’extraordinaire générique de la série, et chanter avec Jace Ewerett « I wanna do bad things with you » (ou comment l’Amérique voit le mal partout, et surtout dans le plaisir).

(1) En diffusion sur Orange cinéma Séries en décembre 2009.

A propos de Florence SACCHETTINI

Laisser un commentaire