Sandrine Veysset – « Y’aura t’il de la neige à Noël ? »

Y’aura t’il de la neige à Noël ?, vingt après sa sortie en salles, fait partie des légendes du cinéma français, de ces petits films (on parle naturellement ici de petits budgets) qui ont connu un succès tant critique que commercial totalement inattendu et qui ont marqué, et marque encore, durablement l’histoire du cinéma. Un véritable conte de Noël en somme, à l’instar de ce que cherche à capter la caméra naturaliste de Sandrine Veysset, un conte à voir et à revoir en famille dans cette période de fêtes un peu troublée, à l’occasion de la sortie conjointe au cinéma et en DVD/Blue-ray/VOD de cette version restaurée très réussie.

NoelNeige2Pour ceux qui ne l’aurait pas encore vu, on rappellera que Y’aura t’il de la neige à Noël ? est avant tout une histoire d’amour et d’enfermement, vu à travers les yeux d’une femme et de ses sept enfants. C’est aussi une histoire de ruralité, de cette vie à la campagne, dans une ferme, dure, harassante, parfois joyeuse, souvent triste, une histoire rythmée par le ramassage du persil ou des navets, la préparation des poireaux ou le lavage des radis. Montrer, au plus juste, ce qu’est une petite exploitation agricole, mais aussi une vie de femme, mère de sept enfants, à la fois, dans une geste, amoureuse et enfermée, c’est la pari réussi avec talent que s’était lancé, il y a vingt de cela, dans des conditions de production et de tournage difficiles, la jeune Sandrine Veysset.
NoelNeige1Y’aura t’il de la neige à Noël ? suit cette famille sur trois saisons, de l’été à l’hiver, s’assombrissant au fur et à mesure du temps qui passe, passant d’un jaune/rouge flamboyant de l’été à une quasi-obscurité de l’hiver. L’automne sera ici le point de basculement du film. La pluie, le froid qui arrive et la violence d’un père absent, séducteur maladif au point de s’attaquer à sa propre fille et la dureté de la vie dans une ferme qui se fait encore plus sentir. L’évolution des couleurs du film est à l’image du moral de cette mère incroyablement forte, du chaud au froid, du clair à l’obscur. Le choix d’un naturalisme sec permet à Sandrine Veysset de ne pas tomber dans un mauvais mélo et donne à Dominique Reymond et ces sept enfants non professionnels une dimension particulièrement touchante. On peut que conseiller d’aller voir (ou revoir) cet ovni cinématographique, de se laisser prendre par cette histoire belle et touchante, d’accepter d’être profondément ému par l’humanité de tous les personnages (même le père, sobrement interprété par Daniel Duval, ce salaud attachant qu’a voulu décrire Sandrine Veysset) et d’appréhender, une fois encore, la terrifiante force de ce que l’on appelle l’amour.
Le support DVD/Bur-ray propose, en complément du film, deux entretiens. Le premier avec Sandrine Veysset et sa directrice de la photographie Hélène Louvart, qui reviennent, vingt ans après, sur la fabrication du film, aussi bien en ce qui concerne le sens du film que du point de vue technique. L’autre avec Dominique Reymond qui raconte comment elle a abordé ce rôle compliqué pour elle, dans la mesure où elle n’avait jamais fait de cinéma et où elle a toujours été une pure citadine.

A propos de Marc BOUSQUET

Laisser un commentaire