Ryhuei Kitamura – "Midnight Meat Train"

A lire les propos dithyrambiques de Clive Barker sur Midnight Meat Train, il y avait de quoi attendre avec impatience cette nouvelle adaptation du Jean Cocteau Britannique. Ce dernier comparait volontiers sa nouvelle production à Massacre à la Tronçonneuse en espérant un impact aussi fort qu’a connu le film de Tobe Hooper. Pourtant, le projet est né dans la douleur. Un temps annoncé, le Français Patrick Tatopoulos cède sa place au Japonais Ryuhei Kitamura (Versus et Godzilla : Final Wars) qui entame là une carrière américaine. Le film promettait d’être très violent et il l’est. A tel point qu’il connaît une sortie US dans un circuit très restreint tandis qu’en France, on peine à le sortir sur grand écran. Comme souvent dans les films d’horreur, Midnight Meat Train s’ouvre sur une scène choc qui annonce la couleur : une future victime isolée, un métro, une lumière bleue et beaucoup de sang. L’histoire peut commencer… Leon Kauffman est un jeune photographe new yorkais qui vit paisiblement avec la jolie Maya. Mais un jour, en montrant son travail à la propriétaire d’une galerie d’art, celle-ci lui reproche de ne pas capter le bon moment. Leon traîne alors la nuit dans le métro et prend en photo une femme qui sera bientôt portée disparue. Ses recherches vont le mener sur les traces de Mahogany, un mystérieux boucher qui décime ses victimes dans le métro. Commence alors une lente descente en enfer… Le scénario de Jeff Buhler exploite plutôt bien la courte histoire de Barker tout en développant la vie quotidienne du protagoniste ainsi que quelques meurtres. Le directeur photo Jonathan Sela (La Malédiction, le remake) livre ici un travail plus que convaincant. L’orange, couleur chaude, est associé au nid du couple. Le bleu grisâtre du train donne un aspect froid et glauque qui rappelle l’abattoir dans lequel travaille le tueur. Il permet également de mettre en valeur sur l’écran le rouge profond du sang des victimes. A contrario, les extérieurs sont en majorité dénués de couleurs dominantes.

La mise en scène de Ryuhei Kitamura se fait relativement moins tape à l’œil. Connu pour ses délires visuels, le réalisateur manque pourtant de créativité lorsqu’il s’agit de retranscrire le moment-clé d’une prise de photo. En montrant la vue subjective du viseur, le cinéaste ne résout pas l’éternel problème qui existe entre la photo (une image fixe) et le cinéma (vingt-quatre images par seconde, c’est-à-dire le mouvement). Ceci dit, Kitamura croit en son film et ça se voit. Les meurtres se succèdent mais ne se ressemblent pas. La partie n’était pas gagnée d’avance vu l’unité du lieu et l’étroitesse du décor. Il sait également exploiter les atouts d’une bande sonore efficace qui renforce le climat malsain du train de l’abattoir. Autre atout majeur, la prestation glaciale de Vinnie Jones en boucher sapé style 50’s. L’ex-footballeur sanguin qu’on a vu chez Guy Ritchie et dans X-Men 3 donne corps et crédibilité à Mahogany. Kitamura ne manque pas d’éloges pour son personnage : « … il nous fallait une arme qui devienne une icône. On m’a montré tout un tas de marteaux, mais aucun n’avait cette qualité. Comme les griffes de Freddy ou la machette de Jason, il lui faut du caractère. Nous avons fini par créer notre propre marteau, et c’est avec cela qu’il tue. Mahogany est très angoissant, étrange et malsain, mais en même temps, super cool. C’est un équilibre précaire car s’il devient trop cool, cela ne fonctionne pas. »*

Il est clair que le film beigne dans les 80’s en essayant, notamment, de créer une nouvelle figure de l’horreur. On ne peut que saluer la démarche en ces temps de remakes intempestifs. Mais pour ceux qui font la fine bouche, ils trouveront que du coup, l’utilisation de CGI passe d’autant moins bien… Reste que Midnight Meat Train n’est pas une imposture et remplit pleinement la promesse du titre. Il est également un très bon slasher qui ne passe pas par la case « teen movie » à la manière de Candyman, autre adaptation de l’univers de Barker réalisé par Bernard Rose. D’ailleurs, les deux films offrent certaines ressemblances : intro choc, cadre urbain, le crochet, un protagoniste obsédé par un étrange personnage, une fin "bip" et une victime commune en la personne de Ted Raimi. En fait, rien d’étonnant là-dedans puisque la nouvelle Midnight Meat Train avait été un temps choisie comme support pour la suite de Candyman, avant que le projet ne tombe dans les mains de Bill Condon.

Le film de Ryuhei Kitamura est donc une réussite même si on ne retrouve pas entièrement la poésie barkerienne. Allez Clive, reviens au cinéma ! En attendant, John Harrison (Dune version TV mais aussi les BO de certains Romero) s’apprête à sortir sa version du Livre de Sang… Wait and see. *L’Ecran Fantastique #285, mars 2008

A propos de Lionel Grenier

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