Retour des premiers films de Nanni Moretti sur les écrans français

C’est une heureuse initiative du distributeur Le Pacte que de reprendre les trois premiers longs-métrages réalisés par Nanni Moretti au tournant des années 70-80. Années ô combien politiquement plombées en Italie et son cinéma s’en faisait à l’époque très largement l’écho. Plus que cela, il était même (au moins pour Je suis un autarcique et Ecce bombo) caractéristique d’un cinéma "engagé" mais pas vraiment dans le sens où pouvait l’entendre un Ettore Scola (avec Nous nous sommes tant aimés ou, un peu plus tard, La Terrasse). Au contraire, alors jeune chien fou en guerre contre tous (et peut-être d’abord contre lui-même, tant son cinéma est déjà marqué par la psychanalyse, surtout Sogni d’oro), Moretti n’a de cesse de railler le cinéma de gauche bien pensant et "petit bourgeois" des cinéastes installés, ceux où le personnage principal a toujours, dépassant de sa poche, un journal dont le titre se finit par "tà" (comprendre L’Unità, le quotidien communiste de l’époque).

Ecce bombo
Ecce bombo

Je suis un autarcique a la particularité d’avoir été tourné en super-8, ce qui n’avait pourtant pas empêché sa sortie sur grand écran en France peu après sa distribution italienne. Initiative sans suite, puisqu’il faudra attendre plus d’une demi-douzaine d’années pour que Bianca ait à nouveau les honneurs d’une sortie française. Film à la mise en scène évidemment encore balbutiante mais qui parlera aux amateurs de Subbuteo…
Ecce bombo est déjà plus maîtrisé, assez peu drôle, pour le coup, plus communautaire, ce qui est assez étonnant chez ce grand misanthrope qu’était alors Moretti (au moins dans ses films, mais, dans la vie réelle, sa réputation n’était déjà pas des meilleures…).
Sogni d’oro est son premier chef d’œuvre, un film d’une noirceur probablement inégalée dans sa filmographie, qui mériterait vraiment une sortie dvd.

Sogni d'oro
Sogni d’oro

Ces trois films seront accompagnés d’un programme bienvenus de courts-métrages et documentaires, souvent très peu vus, comme le documentaire d’une heure qu’il avait consacré, presque en direct live, à la révolution culturelle interne au PCI (Parti Communiste Italien) en totale crise identitaire au lendemain de la chute du Mur. Son titre, La Cosa, faisant directement référence à l’un des enjeux des réunions filmées par Moretti : comment renommer cette "chose" nouvelle qu’était en train de devenir le communisme italien ? Question que Moretti avait déjà traitée, plus métaphoriquement, juste avant dans son plus grand film, Palombella rossa.

Immanquable pour les amateurs de Moretti qui n’auraient jamais eu l’occasion de voir ces films-ci ; probablement un peu aride pour ceux qui ne connaissent pas encore le cinéaste (commencer alors plutôt par Sogni d’oro…).

Dans Sogni d’oro, Moretti imagine une émission de télé où son alter ego réalisateur Michele Apicella serait obligé de se livrer à ce genre d’exercice pour un peu de visibilité cathodique (nous sommes en 1981, la berlusconisation n’est pourtant qu’à peine balbutiante…) :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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