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William Friedkin – « Police Fédérale Los Angeles » (To Live And Die In L.A)

William Friedkin ; un nom que l’imaginaire collectif associe à L’Exorciste ou à French Connection mais qui résonne aussi dans les esprits cinéphiles comme celui du réalisateur de Police Fédérale, Los Angeles, sorte de variation de French Connection aux accents de Big Heat (Fritz Lang) gonflée aux pixels télévisuels et aux drogues nouvelles qui palpitent comme le botox dans le corps d’une époque en proie asservie à l’ultralibéralisme. Un film qui ressemble à ses sujets, nerveux, sensibles et désabusés mais qui se voudrait aussi en lutte permanente contre tout ce qui les entoure, à l’image du cinéaste jetant ses poings dans le vent.

C’est autour d’une structure libre (parfois même déroutante) que s’articule le récit. Un enchaînement d’actions en chutes et remontées incessantes comme le héros plonge littéralement (à plusieurs reprises il saute à l’élastique) vers le vide substantiel de son existence bien plus tenue par l’insondable goût du risque que par quelconques idéaux, limites, repères, par l’amour de soi ou l’amour lui-même. Un trait souligné par le titre original – bien plus beau et porteur – To Live And Die In L.A. Le film est alors à envisager comme bien plus pessimiste et représentant la quête effrénée, mais un peu veine, d’un héros dans une ville portant en berne tout ce que Friedkin exècre de la société moderne. (Trente ans plus tard, rien n’a changé…) En pleine lumière et dans un florilège de couleurs saturées de néons, ce sont les abysses des structures immorales (sociétales, humaines…) qui forment le monde que le film et les héros embrassent et auxquels ils finiront par ressembler quitte à en devenir détestables.

A l’an zéro de ce projet cinématographique, il y a un livre (Gerald Petievich) qui aurait stimulé l’intérêt de Friedkin spécifiquement pour ces mouvements permanents entre l’intime ombrageux de ses personnages et le caractère colossal et quasi documentaire de son discours. (Impossible de ne pas penser au cinéma de Michael Mann qui fonctionne avec tant de génie par ce même systématisme). Bien loin de la commande (auxquelles le réalisateur est plutôt habitué), To Live And Die In L.A. conte la traque d’un faussaire par deux agents fédéraux que rien ne rassemble sinon cette chasse qui deviendra pour l’un d’eux une question de vengeance menant aux actions les plus immorales et aux plantages sans limites. Point alors une forme de nihilisme souvent présente chez Friedkin et faisant du film un anti-modèle de thriller américain, qui pourtant en utilise – et en détourne – très régulièrement les codes. (Cf. la brillante scène de course poursuite à contre-sens des autoroutes dédaléennes de la cité des anges, ici, calcinée, la magnifique lumière de Robby Müller réinterprétant son travaille sur les lumières vénéneuses de L’Ami Américain de Wenders ou la musique pop de Wang Chung que Friedkin parvient à intégrer dans le corps même de son sujet…)

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Tous les intervenants carburent à la passion (jusqu’à l’obsession) et le film s’en ressent jusque dans sa forme, dans son rythme virevoltant mais surtout dans les interprétations privées de retenues de ses acteurs. William Petersen, insondable et manipulateur, ne laisse que la profondeur de son regard pour être jugé, John Pankow, sans charisme, incarne à lui seul le désintérêt intermittent qu’ont les personnages entre eux, Willem Dafoe, infernal, rend sa folie et son dévouement à l’anéantissement le plus obscur presque touchant, John Turturro semble aussi perdu dans ses actes que détestable pour cette même raison… Toutes ces choses amènent le film à un point culminant de violence froide et directe, peut être l’unique manière de représenter sans cérémonie le profond pessimisme de ce cinéma de l’adéquation que de très rares artistes oseraient encore mettre en images dans le Hollywood moderne affublé de manichéisme et d’une éternellement nouvelle forme de censure. Chez Friedkin les limites sont ténues et de manichéisme il n’y a guère, c’est donc de cette façon que les personnages finissent pas se ressembler, pourris mais compréhensibles, réels mais intangibles, irraisonnables mais méticuleux…

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To Live And Die In L.A. est donc une œuvre importante et l’un des plus beaux films de son réalisateur, une œuvre qui naît et meurt dans les flammes et brûlera en route les éphémères qu’elle aura frôlé, une œuvre qui embrasse – les lèvres barbouillées de venin – toute une imagerie du cinéma américain et jusqu’au coeur d’une structure fondée par et pour le profit financier et contre toute humanité, une oeuvre qui semblerait se demander à quoi bon ? Puisque par le feu peuvent périr : art, monnaie et quelconque forme de vie…

A propos de Lucien Halflants

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