Belle période pour le décidément dynamique studio Folimage qui, après nous avoir régalé en fin d’année dernière d’un best-of Wallace&Gromitien (notre chronique par ici), nous offre aujourd’hui un nouveau programme court, accessible dès 4 ans : « Les petits explorateurs ».

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Que le titre –avouons-le tout de go, à la limite d’être rentré au chausse-pied- ne vous induise toutefois pas en erreur : si les jeunes héros découvrent, ce n’est pas tant le vaste monde que leur propre voisin.

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Passé le premier court, «Chemin d’eau pour un poisson », de Mercedes Morra, sympathique mais finalement plutôt anecdotico-didactique mise en bouche qui voit un jeune garçon tenter de sauver un poisson dans un village sud américain en pénurie d’eau, jolie variation sur le thème de la sauvegarde des ressources qui finit dans une grande séquence musicale où le poisson passe de broc en broc dans le village avant de récompenser le jeune garçon, on rentre dans le vif du sujet avec « Le renard minuscule ».

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C’est peu dire que cette création de Sylwia Szkiladz et Aline Quertain lors de la résidence jeune public de folimage est une petite perle, tableaux en papiers découpés où une jeune fille sortie de nos contes rencontre au fond du jardin un renard minuscule, et qu’ils réalisent tous deux qu’ils peuvent, en les enterrant, faire pousser des objets autant que leurs imaginaires : belle variation entièrement muette, musicale et poétique sur la nature et les déchets.

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Petite bulle d’air, aussi, avec « La cage », de Loic Bruyère, ou l’histoire d’un ours grognon et tristement enfermé dans sa cage, dont le chant d’un oisillon tombé du nid va réveiller doucement les envies de crooner et de jazz. Trouver sa voix, trouver sa voie : seule la musique adoucit les mœurs et permet de s’échapper, par la joie, semble dire ce film qui tient la gageure d’un unique plan fixe, un sens inné du swing, du rythme et des éclats de rire.

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Car voila enfin le tendre gros morceau du programme : « Clé à molette et Jo », de Stéphane Piera. Prenant pour base un postulat finalement assez classique (un petit robot mecano s’écrase sur terre et est recueilli par un jeune garçon), il y ajoute une dimension qui pourrait être larmoyante : Jo est sourd muet.

Et ce handicap le met à l’écart des autres garçons, avec qui il adorerait jouer. Mais c’est sans compter le bouleversement que Clé à molette va apporter à toute cette petite bande…

C’est la belle idée du film, que de ne jamais montrer Jo comme un handicapé –et tant pis s’il ne peut faire la voix off, on découvrira alors que c’est une amie à lui qui s’en charge. Mieux : la langue des signes elle-même n’est plus un frein, un pis-aller, mais un moyen de rentrer en contact avec une culture différente (ce pays des sourds qu’évoquait Nicolas Philibert), et un moyen de se faire de nouveaux amis.

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C’est d’ailleurs le beau programme, terriblement actuel, qui court à travers toute cette petite heure tendre. Un poisson rouge qui meurt de soif, un oiseau qui chante qui permet à un ours grognon de s’évader, un renard minuscule qui ouvre l’imaginaire ou un robot qui parle en langue des signes : la plus belle découverte, c’est l’aventure de l’Autre.

Celui qui, lorsqu’on s’ouvre à lui, nous ouvre au monde et nous sensibilise au réel.

 

A propos de Jean-Nicolas Schoeser

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