Phil Lord & Chris Miller – "Tempête de boulettes géantes"

Cela fait pas mal d’années maintenant que la production des longs-métrages d’animation programmés pour devenir des blockbusters n’est plus l’apanage de Disney, ni même du génial maverick Pixar, depuis avalé (avec des conséquences artistiques hélas non négligeables). Le plus bruyant (et ambitieux ?) est probablement Dreamworks, légitimé par le succès de Shrek et sa franchise interminable. Fox, via Blue Sky, s’est également taillé une belle part de mammouth avec la trilogie L’Age de glace (avant d’inévitables nouveaux épisodes, déjà en chantier…) et s’apprête à franchir un cap décisif (ça passe ou ça casse) avec deux nouveaux films très ambitieux dans des styles bien différents, le Fantastique maître Renard de Wes Anderson et l’Avatar de James Cameron.

Et puis il y a Sony Pictures Animation, qui fait moins de bruit. Entré tardivement dans la danse en 2006 avec le peu folichon Les Rebelles de la forêt, Sony nous avait déjà offert depuis un très réussi Les Rois de la glisse (auquel on préfère définitivement le très Beach Boys titre original, Surf’s up) et pas seulement parce que Zooey Deschanel prêtait sa voix au personnage féminin principal, juré !
Mais son dernier Tempête de boulettes géantes est encore bien plus réjouissant et constitue d’ailleurs le plus beau succès commercial du studio à ce jour aux Etats-Unis. Alors que, en France, le film est parti pour faire un semi-bide, d’où en partie le pourquoi de cette critique de rattrapage.

Tempête de boulettes géantes

La première vertu d’un film dont le titre original est encore cent fois supérieur (Cloudy with a Chance of Meatballs : Nuageux avec un risque de boulettes de viande, métaphore météorologique beaucoup plus explicitement et finement filée) est de prendre un peu la surenchère technologique à rebrousse-poils. Un peu seulement, car il n’est évidemment plus question d’animation cellulo traditionnelle depuis belle lurette dans le monde des blockbusters et parce que le recours à la 3D s’avère ici aussi inévitable (mais plutôt pertinent compte tenu du sujet). Mais un peu quand même car l’esthétique du film est résolument cartoonesque, avec des personnages évoquant les Mii de la Wii, et mon dieu que ça fait du bien, surtout quand c’est aussi bien fait.

Par le style de son animation, par ses thèmes (le savant foufou Flint Lockwood pourrait être le grand frère de Dexter, pas le serial killer mais le rat de laboratoire binoclard à la voix suraiguë), par son humour assez ravageur et s’adressant aussi bien aux enfants qu’à leurs parents (mais sans jouer les uns contre les autres, comme c’est souvent devenu la désagréable tendance), Cloudy… évoque inévitablement les plus belles réussites de la chaîne Cartoon Network : Le Laboratoire de Dexter, déjà cité, Foster, la maison des amis imaginaires et surtout Les Super nanas.
En commun un côté très pop, un timing des gags très particuliers, un côté gentiment sale gosse évitant toujours de verser dans les trop bons sentiments, pour aboutir à un petit bijou d’humour parfois même joliment poétique (la scène dans la maison en jello), derrière lequel il ne faut pas trop chercher de grand message, même si le contexte économico-social du récit est assez subtilement rendu également. Ce rapprochement avec les dessins animés de Cartoon Network n’est pas économique, la chaîne étant dans le giron de Time Warner et aucun des créateurs de ses séries n’ayant apparemment travaillé sur Cloudy… (en tout cas à notre connaissance).

Tempête de boulettes géantes

Courez-y tant qu’il en est encore temps, même si vous n’avez pas d’enfant, pas besoin de ce genre de prétexte, et posez-vous à l’occasion la question de la richesse des films hollywoodiens mettant en scène des présentateurs/trices météo (Un jour sans fin, Prête à tout…) quand, en France, on doit se contenter de la très désagréable Fille de Monaco (le film, pas Louise Bourgoin)…

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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