Paco Plaza – "[REC]3 : Genesis"

L’Espagne est devenue un terreau fertile où poussent régulièrement de très belles additions au genre fantastico-horreur, plantées et amoureusement amenées à fleurir par des réalisateurs tels qu’Alejandro Amenabar (Les Autres), Jaume Balaguero (Darkness, La Secte sans nom) ou Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat). Paco Plaza ne s’était pas encore autant distingué que ses collègues, ses premiers films étant passé plutôt inaperçus (Les Enfants d’Abraham et L’Enfer des loups). Il s’est ensuite associé avec Balaguero pour co-réaliser [REC] et [REC]² et le voici tout seul aux commandes pour le troisième volet de la saga.
 
Au lieu d’une deuxième suite au film d’origine qui ne fait que reprendre la même histoire, Plaza a décidé d’en faire une préquelle. Choix judicieux s’il en est puisque le spectateur est assuré d’avoir un spectacle différent tout en restant dans l’univers qu’il connaît. Le deuxième grand point positif du film est que Plaza se débarrasse de façon crédible de la caméra à l’épaule après une quinzaine de minutes. On n’a plus l’impression d’être « embarqué » dans l’action mais au moins, on n’a plus envie de rendre son précédent repas. Le résultat est un très bon film d’horreur drôle, gore, bien rythmé et bien réalisé avec un côté « rock’n roll déjanté » à la Braindead de Peter Jackson sans pour autant égaler ce dernier.

 
Le film se déroule durant le mariage de Clara et Koldo. L’ambiance est festive, joyeuse et romantique quand soudain, un oncle de la famille se met à mordre tous ceux qui passent à sa portée. L’infection se déploie à vitesse grand V et c’est parti pour une nuit de fête autrement plus sanglante et délirante que prévue. Nos deux tourtereaux vont être rapidement séparés et bien sûr, le plus important sera de se retrouver.

 
L’origine du mal n’est pas clairement expliquée mais en avons-nous vraiment besoin ? Tout ce que l’on voit, c’est que les infectés sont reflétés dans les miroirs sous forme de démons et que des récitations de la Bible les tiennent à distance. Un peu de mystère fait toujours fonctionner l’imaginaire du spectateur et Plaza nous fait vite oublier les questions que nous pourrions avoir en se concentrant sur le destin de ses personnages. La seule option est de survivre et la seule solution est de tuer les infectés qui, ici, sont forcément des gens qui nous sont chers puisque les invités sont des membres de la famille. Mais les personnages eux-mêmes n’ont pas le temps de se poser de vraies questions tant la menace est omniprésente et provenant d’infectés plus rapides que leur ombre. Les morsures se multiplient, les arrachages de membres éclaboussent les environs et très vite, les survivants se transforment en guerriers sauvages pour qui tous les moyens sont bons pour éliminer l’ennemi qui ne cesse de croître.

 
Les films d’horreur en général manquent de personnages féminins forts. Plaza y remédie un petit peu avec sa belle mariée devenue une véritable amazone toute de blanc vêtue et qui, en porte-jarretelle et tronçonneuse à la main, se fraie un chemin jusqu’à son homme. Aussi drôle que touchante (et un peu sexy !), la jeune Leticia Dolera incarne son rôle avec ce qu’il faut d’humanité et de « girl power » sans verser dans la bêtise et l’hystérie habituelle des héroïnes horrifiques. A ses côtés, son nouveau mari (Diego Martin), n’est pas en reste, combattant la meute d’infectés avec bravoure et créativité jusqu’à un final qui nous tirerait presque une larme.
 
Afin de davantage personnaliser son film et rompre avec l’esthétique « télé réalité » des deux opus précédents, Plaza a donc choisi de laisser la caméra portée de côté et se concentrer sur une réelle mise en scène. Visuellement très soigné, le réalisateur tire profit des décors naturels de la grande demeure où se déroule la fête ainsi que de la petite chapelle attenante. Et encore une fois, la brève durée du métrage (1h20) oblige à un découpage soigneux tout en lui conférant un rythme effréné où Plaza se réserve toutefois quelques moments de calme et d’émotions avant de repartir de plus belle.
 
La mode cinématographique étant aux suites, aux remakes et autres reboots et conversions 3D, il n’est jamais très excitant pour le spectateur de repartir sur le même terrain. Mais pour une fois qu’un troisième volet d’une saga peu engageante est réussie, il serait dommage de le bouder.

A propos de Marija NIELSEN

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