Richard D. Zanuck était ce qu’il convenu d’appeler un enfant de la balle. Mais si, dans le milieu du cinéma, c’est surtout le virus de la comédie qui se transmet de génération en génération, chez les Zanuck-Fox, c’était celui de la production. Richard Zanuck était en effet le fils de Darryl Zanuck (le D. de son deuxième prénom était d’ailleurs celui du Darryl), légendaire producteur aux trois Oscars (Qu’elle était verte ma vallée, Le Mur invisible, Eve) et de la comédienne Virginia Fox, partenaire de Buster Keaton dans de nombreux courts-métrages. En dépit de son patronyme, Virginia Fox n’avait aucun lien de parenté avec William Fox, le fondateur de la 20th Century Fox, dont Richard Zanuck "héritera" pourtant de son père, dans les années 60, qui dirigeait le studio, avec quelques éclipses, depuis les années 40.
Zanuck fils débuta dans la carrière en produisant un film de Richard Fleischer, Le Génie du mal, en 1959, avec Orson Welles, puis une assez audacieuse adaptation de Faulkner deux ans plus tard, Sanctuaire, signée Tony Richardson, avec Lee Remick et… Yves Montand, lorsque celui-ci tenta une carrière hollywoodienne qui tourna assez court.

Darrylin Zanuck, Richard D. Zanuck, Virginia Fox et Darryl F. Zanuck
Richard D. Zanuck entouré de sa soeur Darrylin, de sa mère Virginia Fox et de son père Darryl F.

Son premier succès de producteur fut presque "anonyme" puisqu’il n’est pas crédité comme au générique de La Mélodie du bonheur, énorme triomphe du box-office de 1965 (et au-delà), dont il dit d’ailleurs plus tard qu’il "fit plus de mal à l’industrie cinématographique que n’importe quel autre film", tant nombre de producteurs tentèrent d’en recopier la recette (1). Mais le grave échec commercial d’une autre production familiale de prestige, le Doctor Doolittle de Richard Fleischer, lui sera fatal quelques années plus tard (alors qu’il n’en était pas directement le producteur) et Zanuck se fera virer de la Fox par son propre père ("Je m’en suis remis. Mon père, je ne crois pas…").
C’était peut-être ce qui pouvait lui arriver de mieux, puisque, en 1972, il s’associa avec David Brown pour fonder la Zanuck/Brown Productions, ce qu’il n’aura pas à regretter.

Steven Spielberg et Richard D. Zanuck
Avec Steven Spielberg

Le temps de se faire la main avec un petit film d’horreur (SSSSnake, 1973) et le duo décroche un premier jackpot en reconstituant le trio de Butch Cassidy et le Kid Paul Newman, Robert Redford (devant la caméra) et George Roy Hill (derrière) pour L’Arnaque (19373), qui remporta près de trente fois sa mise et sept Oscars, dont celui du meilleur film (que Zanuck n’alla pas chercher, n’étant, là non plus, pas crédité au générique comme producteur exécutif).
L’année suivante, la Zanuck/Brown mise sur un jeune talent issu de la télévision, Steven Spielberg, dont elle produit le premier film réalisé pour le grand écran (2), The Sugarland Express. Le film marche gentiment mais son succès est évidemment sans comparaison avec le premier blockbuster de l’histoire, Les Dents de la mer, en 1975. Pour autant, cela ne fit jamais de leur compagnie une nouvelle major et la Zanuck/Brown ne produira même ensuite plus que cinq films seulement : L’Ile sanglante (1980), choix assez curieux qui ne fut pas vraiment un triomphe, The Verdict (1982), film de procès signé Sidney Lumet, Cocoon (1985), improbable énorme succès gérontophile SF qui appela une suite, bien moins lucrative, en 1988, et enfin, alors que le "couple" Zanuck/Brown était pourtant séparé depuis une dizaine d’années, Deep Impact (1998), qui présenta finalement un rapport coût/recettes plus intéressant que son "concurrent" Armageddon.

Richard D. Zanuck et David Brown
Avec David Brown

Mais l’activité de producteur de Richard Zanuck ne se limita pas à la Zanuck/Brown Productions. Dans les années 70-80, il travailla pour d’autres majors : la Universal pour Contre une poignée de diamants (1974, Don Siegel), La Sanction (1975, Clint Eastwood), la suite des Dents de la mer (1978, Jeannot Szwarc), la Columbia pour Les Voisins (1981, John G. Avildsen, le dernier film de Jim Belushi), ou même la CBS, pour le triste Target (1985), d’Arthur Penn.
En 1988, après la séparation (qui ne fut donc pas totale) avec David Brown, Richard Zanuck créa sa propre société, la Zanuck Company, qui démarra très fort avec le succès assez inattendu d’une petite production, Miss Daisy et son chauffeur, réalisée par Bruce Beresford, vainqueur de quatre Oscars, dont celui du meilleur film que, cette fois-ci, Zanuck alla chercher avec sa troisième épouse, Lili Fini, coproductrice exécutive (3). Cette dernière réalisera elle-même la deuxième production de la Zanuck Company, Rush (1991), pour ce qui sera son seul long-métrage de cinéma.

Stephen Sondheim, Steven Spielberg, Richard D. Zanuck et Tim Burton
Au milieu de Stephen Sondheim, Steven Spielberg et Tim Burton à l’époque de "Sweeney Todd", dont Sondheim est le compositeur

Les années 90 de Zanuck furent artistiquement et commercialement plus difficiles. Même quand il produisit à nouveau Eastwood, ce fut pour l’un de ses plus mauvais films, l’assez indigne Jugé coupable (1999). Tout allait changer avec la rencontre avec Tim Burton. Leur partenariat à partir du début du XXIème siècle fut plus que celui d’un producteur et d’un réalisateur, puisque, via sa propre société, Burton fut l’alter ego de Zanuck sur les six films qu’ils produisirent ensemble (seul Les Noces funèbres ne fut pas coproduit par Zanuck). Est-ce tout à fait un hasard si cette collaboration débuta avec le remake (franchement raté) de 2001 de La Planète des singes, alors que la seconde épouse de Zanuck (et mère de ses deux fils, dont l’un, Dean, a repris le flambeau de la production avec son père) n’était autre que la ravissante Linda Harrison, la Nova du film d’origine de Schaffner (et qui fait d’ailleurs un cameo dans la version Burton) ?…
Il reste sans doute beaucoup à dire que cette association Zanuck/Burton, de la possible influence que le premier a pu avoir sur le cinéma du second (en tout cas jusqu’à Dark Shadows y compris, leur dernière production commune). Il est en tout cas assez paradoxal que ce soit dans le cadre d’une aussi totale harmonie avec son principal producteur que Burton a peut-être réalisé ses films les moins intéressants.
La seule "infidélité" de Zanuck pour Burton ces dix dernières années aura été pour l’amusant Yes Man de Peyton Reed en 2008, avec Jim Carrey et Zooey Deschanel.

Richard D. Zanuck est mort d’une attaque cardiaque dans sa villa de Beverly Hills le 13 juillet 2012 à soixante-dix-sept ans. L’âge auquel son père Darryl est lui-même décédé…

(1) Par exemple le Finian’s Rainbow produit par la Warner en 1968 avec Petula Clark (!) et Fred Astaire, confié au tout jeune Francis Coppola (!!), que son distributeur français avait plus honnêtement (ou maladroitement ?) renommé La Vallée du bonheur
(2) Puisque
Duel était produit pour le petit.
(3) Le film fit même l’objet d’une nouvelle version TV en 1992, toujours produite par Zanuck, mais sans Beresford, Jessica Tandy et Morgan Freeman.

Richard D. et Lili Fini Zanuck recevant leur Academy Award pour Miss Daisy et son chauffeur :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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